Après le traditionnel troupeau de phoques et autres jurons, j’ai enfin bouclé le bagage maudit. Enfin non, mais dans environ 56h je pourrai envisager d’aller dormir l’esprit tranquille en étant sûre de n’avoir rien oublié. Donc on y est presque. Après ça je ne serai plus ni tout à fait la même, ni complètement une autre. Une tournée, c’est un concentré de la vie en groupe déjà si présente dans le métier de musicien d’orchestre. Pour s’y sentir à l’aise, il faut mettre un peu de soi de côté, au profit de cette collectivité là. Et forcément, à certains moments elle peut être pesante, mais j’avoue que le côté troupeau est parfois très confortable et très rassurant. En plus, on est très très bien gardés, et surtout surtout on part pour des moments privilégiés et là présentement je suis excitée comme une puce.
Dans mon sac, comme tous mes collègues, j’aurai la bible : le livret de tournée, qui évite de mémoriser quoi que ce soit. C’est génial, tout est dedans ou presque, tu peux laisser ta mémoire à la maison (tiens, un truc de moins dans la valoche !) et te transformer en poisson rouge : l’opuscule en question c’est vraiment le recueil des FAQ, avec les horaires de répétition, les plans, les adresses, les numéros si tu es perdu et tout le tintouin. On sent avec ce carnet de route que la régie d’orchestre a parfaitement saisi notre âge mental moyen. Il n’empêche cependant pas quelques précautions de base, du type toujours garder son numéro de chambre d’hôtel avec soi, histoire d’éviter le moment de honte de 03h00 du matin à la réception (vécu, assorti d’un laisser de clef dans la chambre)(facteurs d’oubli aggravants : la longueur de l’addition au bar, ou tout simplement le fait que tu es dans ton 5ème hôtel en 6 nuits, voire les deux). Voilà, dans quelques heures, je serai l’autre Nekko : une abominable fêtarde parfaite recrue qui marche très bien au pas, youpi youpi, Petrograd me voilà !
J’espère pouvoir vous faire le coup des bons baisers de Russie, ciao bye bye tschüss До свидания !!


Le hic, c’est que la dernière fois que je l’ai sorti, c’était à Odessa, ça a provoqué une panique, un mouvement de foule, des coups de feu et il y a un pitchou qui a eu un accident en skate board… ça pue, à tous les coups ils vont me confisquer le véhicule et le permis de conduire !
Un peu de concentration, c’est bientôt le moment du sondage. Soudain, le paon dit à la fée : “Tu sais ce qui me fait carrément craquer, moi ? Les jolies Troubadourettes qui ont du vécu et de l’expérience… en ces cas là, je fonds complètement !”. À ce moment, l’oiseau est happé par ses amis les coqs. La femme-fée rigole et esquisse un haussement de sourcils. Et nous y voilà :