Revenons à Petrograd quelques minutes, voulez-vous ?
“Ceci dit, dans le cas contraire, vous me voyez fort marrie mais ça sera ça ou rien.”(formule de politesse soviétique)
Si tu vas à Saint-Petersbourg avant d’aller à Rio, n’oublie pas de te racheter des pieds tous neufs avant de partir : le russe voit grand et fastueux bien au-delà de l’imagination de tes guiboles. Pour faire le tour du pâté de maison afin de trouver la porte de derrière, ou chercher désespérément un passage piéton pour traverser une ruelle à 15 voies, il faut compter environ 15 à 20 minutes. D’où, dans les endroits les plus dégagés une certaine impression de lenteur et d’écrasement. Presque partout dans les îles du centre, l’architecture XIXème impose sa patte chic et majestueuse, un peu comme à Vienne, mais en plus grand et en plus crado pollué. Îles ? Ah oui, entre les nombreux canaux et la Neva, large à certains endroits comme un bras de mer (traverser un petit pont sur la Neva : 15 minutes), la ville se retrouve découpée en îles. Une promenade sur les bords du fleuve le dimanche matin devient une splendeur déserte, écrasante, fascinante et sombre, on se sent exactement comme les corbeaux locaux : grisée et grise, mais avec la tête noire.
Autre constat : tout ce bel emballage n’a jamais réellement été entretenu depuis les grandes heures du pays. Ou alors ça ne se voit pas, ça se cache derrière un magnifique délabrement. Le progrès, lui, s’insère dans l’histoire et dans l’histoire du progrès en se rajoutant comme une vilaine verrue, ça et là : les cieux petrogradois sont des toiles d’araignées tissées par la fée du courant alternatif, on casse et refait les rues sans souci esthétique, le parc automobile crache sa crasse dans ton sens de l’odorat à chaque seconde, et les autochtones sont volontiers fiers, moqueurs, peu souriants et connaissent moins de formules de politesse que toi.
Et pourtant… pourtant, avec seulement deux pauvres demi-journées de vadrouille en extérieur, l’hypnose est là : avoir vu dehors ne me suffit pas. Je veux maintenant aller découvrir les trésors enfermés dans ces mastodontes. Je veux retourner user mes semelles dans cette fascination-là, pour aller approfondir mes sensations. Aller pousser des portes pour intensifier les couleurs des souvenirs.
Et si le jour les façades semblent parfois mortes, la nuit, elle, vit pour de vrai. Que ça soit dans des lieux où te faire renverser par terre te transforme illico en escalope panée de mégots-bière-crasse (mais ça m’apprendra à plonger profond dans les coutumes locales et à m’amuser comme une folle) (ceci dit, j’ai quand même envisagé de jeter mes fringues), ou dans un pub irlandais, The Shamrock, le soir d’Halloween : le groupe joue un genre de folk celtico-soviétique crépusculaire, l’ambiance est chaleureuse, on mange et on danse… c’est inattendu et délicieux !
(le premier épisode de la visite est là)












ça m’a l’air très sympathique le Fidel dis donc !
La vidéo est tournée au Shamrock, et c’était live impromptu.
Le Fidel, c’est plus folklorique, mais c’est vraiment un bar/club pour danser et se rendre sourd. Et la musique y est bonne
Il est agréable d’entendre parler du monde par quelqu’un qui sait le faire.
Spaciba, faribolette !
J’essaye de un peu de partager mes impressions, et en même temps, tout ça est tellement succinct, à l’image du temps dont on dispose en tournée pour jouer les touristes…
Mais merci beaucoup
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Comme j’aurais voulu t’accompagner dans cette escapade !!
Va plutôt là-bas sans le troupeau de 120 que nous sommes en tournée, va
J’aime quand tu décris, my friend, j’aime.
Tu m’entends ronronner sous les fleurs que tu m’envoies, là ?