Il est fou, ce Double-Ixième siècle !
Cette semaine, nous avons en répétant littéralement baigné, que dis-je infusé dans la musique des années 1900. Avec, comme certains antibiotiques, un ratissage décibelesque et stylistique à large spectre.
Car oui, au menu du concert de ce soir : en entrée, une œuvre composée par Györgi Kurtág en 1994, Stele (un extrait ici, pendant lequel on comprendra qu’il vaut mieux avoir le neurone en éveil pour pouvoir essayer de dresser la chimère).
Le plat de résistance du programme sera la 1ère symphonie de Chostakovitch, mais lui et ses fabuleux grincements de génie grimaçant, je les ai déjà évoqués sur cette page. Bon, quand même, j’avoue que je suis spécialement bluffée parce qu’on voit qu’à 18 ans, en 1924, le compositeur est déjà capable de tous les excès sonores et émotionnels. C’est sûr, on va probablement vriller quelques tympans : la pièce contient une flopée de thèmes quasi militaires et tonitruants joués par des cuivres, et quelques danses macabres acides déjà si typiques. Et au milieu de tout ce bruit, de ces trépignements de rage et de tout ce tumulte, de la tendresse amoureuse dans une plainte, avec un solo de hautbois à faire chialer un dirigeant nord-coréen.
Mais ce n’est pas le cocon de douceur que je voulais mettre en avant aujourd’hui. Je voulais plutôt parler de l’antipasti de Benjamin Britten, écrit entre les deux autres en 1945. Parce que si les Quatre interludes marins extraits de l’opéra Peter Grimes sont chers à mon cœur, tous spéciaux (car insulaires ?) qu’ils sont, c’est qu’ils condensent toute l’atmosphère de l’opéra : sombre, glauque, rêche, noyée, même… et néanmoins pleins de tentatives de fête, de fraîcheur et de romance. Le troisième interlude, Moonlight, sera donc la sucrerie du jour, car il est d’abord pudique, puis prend progressivement une ampleur surprenante, malgré l’accompagnement rythmique obsessionnel. Une caresse retenue et un peu dérangée, en somme…
Ouh, mais c’est que malgré les difficultés techniques, c’est un concert avec un potentiel de régal terrible, ça ! Je m’en lèche les babines rien que d’y penser…