La bonne direction #2

Montre-moi comment tu bouges, je te dirai si j’ai compris quelque chose.

Car oui, la gestique du chef d’orchestre, le sujet du jour,  est sans conteste un des plus grands mystères de l’univers. A l’heure qu’il est, même nous, les musiciens pratiquant avec assiduité et régularité la lecture (ou le déchiffrement) de cette étrange chorégraphie, ne sommes pas en mesure de décrire avec précision les raisons pour lesquelles elle est – ou n’est pas- efficace.

Il est des faits indéniables : j’ai déjà évoqué quelques codes de base (le premier temps se bat en bas, le dernier en haut, on se rappelle le probable flou artistique entre les deux), en général, s’ils sont respectés, nous y retrouvons nos petits. Mais là où ça devient bizarre, c’est qu’un chef peut être techniquement correct et s’avérer complètement inefficace. On dira en ce cas qu’il n’a pas de bras,  et  donc pas de chocolat, c’est bien fait pour lui. À l’inverse (attention c’est la minute frime parce que c’est du vécu) il est des maîtres dont on comprend que la réputation n’est pas vaine grâce à des détails époustouflants : quand Carlo Maria Giulini décide de se jouer des codes et de diriger une salve de pizzicati très précis en esquissant tout simplement la vague lente du phrasé, et que le résultat est juste parfait, aussi bien d’un point de vue technique que artistique (la note du juré syldave ce jour mythique avait atteint 6.0 – 6.0), voilà qui n’aide pas à comprendre à quel mince fil se raccroche la réussite d’un concert.

J’en suis personnellement arrivée à la conclusion qui botte un peu en touche que beaucoup repose sur les capacités du chef à gérer sa communication non verbale : respiration, inspiration, certitudes et autres assurances tous risques d’égarement dans la partition, si il sait transpirer ces choses là avec son engagement, en général une bonne partie du travail est faite. Si on ajoute à ça une dose de charisme, et un phénomène de bonne accoutumance (eh oui, la relation orchestre – chef se construit comme une autre : mieux on se connait, mieux on se comprend), normalement ça doit fonctionner.

Est-ce la somme de tous ces éléments qui peut expliquer ce début de 5ème symphonie de Beethoven, que je continue à considérer comme un miracle * ?

* Un miracle et un grand moment d’hilare-attitude, aussi