Songe d’une nuit d’hiver

Le Regnator Omnipotens se frotta les yeux et se posta devant la fenêtre pour finir de boire son café. Il était d’humeur guillerette ce matin : il était certain d’arriver une fois de plus à enfumer tout le monde avec son idée de déjeuner. Vraiment, il n’y a pas mieux pour faire croire aux gens qu’on a envie de les écouter, ça ressemble à un moment convivial, quand on ne sait pas quoi répondre parce qu’on n’y connait rien, il suffit d’avoir la bouche pleine et d’esquisser un geste de la tête à mi-chemin entre le oui et le non. Il n’avait jamais entendu parler des gens qui allaient venir à ce repas avant que son Factotum En Chef lui fournisse la liste. Il avait juste été prévenu d’un danger : le laillevetouitte. C’était quoi ce truc ? Encore un coup des rouges, ou quoi ?

Qu’à cela ne tienne, la journée s’annonçait belle. Oui, le froid, la neige… il s’en contrefichait, vu qu’il était assuré de vivre au chaud au moins jusqu’en 2012.  Et il était certain d’avoir au moins une dinde pour le réveillon. C’est alors que le F.E.C. entra en rampant (l’article n°1 stipulait qu’il fallait toujours être plus bas que Lui, et Il venait de se baisser pour refaire son lacet) ; il déposa un dossier sur son bureau en annonçant : "Culture". Le Regnator gloussa car il avait cru à un moment à quelque chose d’important.

C’était vrai, à la fin, toutes ces réclamations de tous ces saltimbanques (dont certains en plus étaient salariés), mais quelle purge ! Franchement… il s’en tamponnait complètement, même s’il s’était essayé aux grands classiques hollywoodiens (mais il avait trouvé les acteurs principaux de La grande vadrouille et La chèvre mous comme des chiques et s’était endormi à chaque tentative). Le théâtre, la peinture et la sculpture lui parlaient autant qu’une moissonneuse-batteuse, et la musique, pfff… Oui, alors il avait bien tenté de convaincre sa compagne d’enregistrer un disque, mais aucun micro n’était assez puissant pour capter son filet de voix. Mais ça n’aurait été grave que si elle avait été vilaine, or elle ne présentait pas trop mal et savait sourire. Et puis un jour la technique ferait des progrès, et elle pourrait enfin se produire dans une des multiples salles à l’acoustique déplorable dont regorgeait le pays. La qualité, en ce domaine, et c’était bien connu, importait peu, puisque la majorité se contentait de voir et d’écouter de la daube. Seul comptait le fait de rendre les lieux et les artistes le moins coûteux possible.

Il se demanda alors s’il ne devrait pas organiser un déjeuner pour parler des cultures traditionnelles avec Franck Dubosc, Jean-Marc Morandini, Christophe Maé et André Rieu, par exemple… une idée à creuser. En attendant, c’était l’heure de l’apéritif et il décida , pour se détendre, de se servir un petit verre de mauvais whisky.

Et quand il ouvrit la bouteille, le bouchon fit "plouc".

Ceci est un conte de Noël totalement fictionneux. Toute ressemblance avec une gamberge de nuit sans sommeil la veille d’un concert dans une salle nichée au cœur d’un centre commercial de m… es deux (entre deux rouleaux de papier toilette) qui sonne au moins aussi bien qu’une boîte à godasses serait purement fortuite.

Consolons-nous : là-bas en Islande est Hjaltalin, un groupe dont j’avais déjà aimé l’album et oui, la-bas en Islande on donne visiblement les moyens aux musiciens de s’esbaudir à coup d’expériences artistiques. Ils seront en tournée en France en mars, je recommande parce que je sens que le show en vaut la peine. Et pas juste quand ils la jouent symphonique !