C’est l’histoire d’un film qui au départ s’appelle Made in Dagenham.
Pour le distribuer en France, pays réputé pour sa population polyglotte, on l’a rebaptisé We want sex equality : c’est bien plus gaulois dans tous les sens de terme, vu que c’est du bon françois et qu’il y a sex dedans (quand tu annonces autour de toi le titre du film que tu vas voir, les gens ne te laissent pas terminer et t’interrompent à coup de "ça m’étonne pas de toi", c’est parfait, en fait). Sans compter que sur un malentendu ça pourrait attirer un public plus large, sait on jamais.
Je ne me plains pas plus longtemps : en Italie et en Allemagne, ils ont zappé le dernier mot qui devait leur sembler totalement superflu, spécialement pour un film qui parle d’un pan de l’histoire du combat féministe.
Quoi, je fais du mauvais esprit ? C’est vrai : tout le monde sait parfaitement où est Dagenham, ce qui faisait du titre original un merveilleux argument commercial.
Oui oui, je m’en vais quand même te dire quelques mots sur le film, qui raconte l’histoire vraie d’ouvrières de l’usine Ford de Dagenham, ville située (donc) en haut gauche de la France, chez la reine d’Angleterre. L’action se passe en 1968 et décrit le combat mené par ces femmes pour obtenir un salaire égal à celui des hommes pour leur travail. Le ton est léger, on pourrait presque se dire avec un petit soupir qu’on se retrouve face à une de ces énièmes tragi-comédies anglaises qui ont pour décor un environnement ouvrier, et pour but de peindre un combat social (mais pour une fois, pas néo-thatcherien).
Oui mais non : certes, je n’y ai pas versé ma larme comme je l’ai si fréquemment fait dans des films de Ken Loach. Mais réussir de manière souriante, et sur un rythme narratif sans creux, à rappeler que mine de rien il y a 40 ans (c’est à dire rien) la société reléguait volontiers la femme au rang de moins que pas grand chose, c’est toujours bien. Ça fait d’ailleurs partie à mes yeux des qualités de la série Mad Men (oui, l’autre qualité c’est Don Draper) (mais non je plaisante).
Pas d’hystérie "chiennedegardiste", juste une peinture pleine de chaleur et d’humanité, et surtout une belle soif de justice : les ingrédients sont vraiment bien dosés. Mais surtout surtout, parce qu’elle crève l’écran et que c’est la deuxième fois qu’elle m’épate et me séduit sans aucune réserve par sa performance d’actrice (la première c’était dans Be Happy de Mike Leigh), un énorme bravo à la lumineuse Sally Hawkins.

