La montagne, ça vous bat à plate couture


Je me doutais bien que ça ne serait pas le moyen le plus pantouflard  de passer la frontière espagnole, c’était couru… mais pas à ce point-là. Quoi, c’était où exactement ? Au Port de Venasque, tout est expliqué plutôt bien . Figure-toi qu’aujourd’hui, les 1350 m de grimpette que représentent ce circuit se rappellent violemment à moi. Partout partout, bobo là, ouin ouin (la douleur fait régresser, c’est bien connu).

Je me demandait hier en marchant douloureusement comment il était possible de sentir à ce point des choses que l’on n’a pas, à savoir (sueur et tremblement) :

- le fennec (je n’en ai pas, non, je l’ai laissé au zoo), car être trempée de la tête au pieds pendant 8 heures ne sent vraiment pas la rose. Même quand on est magnifiquement belle et propre sur soi à la base, suer pue.

- les muscles, ceux que je néglige, ceux que j’ai si peu malmené cet été en ne faisant que deux promenades légèrement plus conséquentes au milieu d’une flopée de sorties bien tranquilles. Et bien ces petits salopiauds me font payer aujourd’hui ma flemme générale et corporelle sous chaque millimètre de peau : nuque, bras, dos, abdos, hanches, fesses, cuisses, genoux, mollets, pieds, tous et toutes sans exception se prennent d’une furieuse envie d’exister dans la souffrance, et tous se vengent des crampes que je leur ai infligées hier parce que je ne sais pas boire d’eau pendant l’effort.

Je ne me doutais pas qu’en j’en chierais baverais à ce point, certes. Mais pas non plus que les couleurs de fin d’été étaient si belles, même sans arbres pour les feuilles, même sur de l’herbe qui meurt doucement, mais ça devait être dans la dorure du soleil plus roux de l’automne… Que les mélanges entre la terre, le ciel et l’eau pourraient encore et toujours me rendre béate et souriante (aïe, encore des crampes). Comment avais-je pu oublier que quand tu touches au but, l’air d’en haut qui te saoule et te brûle les naseaux parce que tu souffles comme un phoque est la plus merveilleuse des drogues ? C’était mon tout premier coup de Pyrénées (j’avais déjà pris un certain nombre de coup d’Alpes, maison familiale oblige) et j’ai été frappée par la spécificité de cette nouvelle montagne-là.

Et tu sais quoi ? Ça sent la récidive à plein nez.