C’est fou comme 7h20 de voyage et de balancement ferroviaire ça peut faire planer les pensées…
Je regardais filer la voie derrière moi comme la page d’une année qu’on tourne (car les saisons musicales, interrompues par la pause estivale rythment plus ma vie que le calendrier). Et je la trouvais plutôt jolie, cette voie, soit dit en passant.
Je pensais aussi aux habitudes qu’on prend dans une maison de famille et aux choses qu’on en attend quand on y va de manière récurrente. À cet instant, mon ventre gargouillant rêve de framboises et de cèpes. Mes mains se réjouissent de patouiller dans les poils du félin. Mes zygomatiques attendent ma nièce rieuse de pied ferme. Mon crâne se prépare à rencontrer pendant quelques jours le haut des portes, trop bas placé, de notre vieille ferme. Mes oreilles attendent dès ce soir des hululements de chouettes, ou même quelques glapissements de renards. Mes pieds auront sûrement envie de shooter dans l’horrible cabot agressif des voisins, aussi. Mais ils se consoleront de cette inavouable pulsion en se promenant sur des chemins déserts.
En arrivant j’embrasserai tout le monde, et puis j’irai sur le balcon respirer la vue sur la Vanoise. De plaisir, de soirée, de fatigue ou de fraîcheur, je sais déjà qu’un frisson viendra me chatouiller la nuque et que j’en sourirai.
