La rançon de la glande

J’en appelle aux chèvres, escargots, mouflons, orignaux, aurochs, vikings, walkyries, à Belzébuth et à tous les démons cornus de l’univers :

Rendez-moi ma corne, vite !

Ma mienne à moi, celle des doigts de ma main gauche, qui s’est fait la malle pendant ma semaine de vacances, et qui me fait furieusement défaut quand j’ai besoin d’ empiler des heures de travail par dessus celles passées en répétition au bureau. Parce que, sache-le, le violon, ça adoucit peut-être les mœurs (même si je pense que c’est une légende urbaine) mais phoque de phoque, qu’est-ce que ça peut faire mal aussi ! Je comprends maintenant pourquoi le diable ne quitte jamais les siennes…

(toujours pas le temps de partager quelques souvenirs ensoleillés de Santo Antão, donc voilà juste un petit n’importe quoi assez plaisant en passant : à défaut de corne, un peu de Cheveu et de Robert Mitchum is dead, Quattro Staggioni.)

A Bisounours Method

Achtung spoilung !!

J’aurais dû me douter qu’aller digérer le merveilleux pâté de boudin que j’ai dégusté avec Armalite et M. Tout-le-Monde devant un film avec Keira Knightley aurait un petit quelque chose de bizarre… Non que dans A Dangerous Method je la trouve merveilleuse, hein. La demoiselle a dans ce film axé toute son expression dans l’avancée de son menton, ce qui fait qu’au bout de cinq minutes à peine, la seule image qui m’est venue à l’esprit en la voyant pédaler dans le rösti (l’action se passe à Zürich) était celle-là :

Comme on était dans un film d’un des réalisateurs qui, au fil des années, m’a souvent remuée, choquée, effrayée ou émoustillée, j’ai longtemps attendu le coup de la mâchoire gigogne qui m’aurait un peu réveillée de la digestion de mes délices de Chez Navarre. Peine perdue. Pas un poil dressé d’émotion, pas un cheveu décoiffé par la moindre scène dérangeante ; David, qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de Monsieur Cronenberg ?

Cette bluette interdite (même pas malsaine) entre la patiente prognathe à mi-temps et Carl Jung s’emmêle complètement les pinceaux dans le combat de coqs livré entre le même Jung et son maître spirituel Sigmund Freud (“je suis ton père, kchhhh”). C’est fastidieux, le chocolat viennois colle au palais tellement il est sucré, et je cherche encore ce que cherche à démontrer ce scénario poussif. À part qu’on vendrait toutes notre âme et notre mère pour aller jouer au docteur avec Viggo Mortensen.

Rions un peu en guise de cerise sur le Schwarzwald Kuchen : la prétendue musique d’Howard Shore est (sauf pour le générique) allègrement inspirée aspirée pompée sur le Siegfried Idyll de Wagner. Et devine quoi, ça tombe rudement bien dis donc, vu qu’en discutant sur c’est quoi ton mp3 préféré en ce moment, Carl et Sabina découvrent qu’ils sont tous les deux grave fans de Wagner, et de la légende de Siegfried en particulier. C’est après qu’ils commencent à s’envoyer des SMS en gloussant avec des <3 <3 <3 partout et qu’elle finit par mettre sa langue dans sa bouche, histoire d’être sûre de se faire punir un peu.

La formule chimique de ce film est donc C6 H12 O6, j’ai même été déçue de ne pas y voir passer une licorne arc-en-ciel entre deux pâles fessées et un verbiage rasoir sur la psychanalyse. Pour moi c’est un grand non, mais je l’avais bien cherché. Fouettez-moi.

Un de ces jours

Un de ces jours j’apprendrai à mieux juger dans quoi je mets les pieds quand je propose mon aide.

Un de ces jours je saurai dire non, refuser d’être débordée et mieux gérer ma fatigue physique et morale.

Un de ces jours je serai capable de ne pas terminer ce que j’ai à faire à la dernière minute, je serai capable de ne pas me rendre malade d’inquiétude parce que je cherche à me rapprocher de ce que je pense être la perfection, et d’avoir la tête plate en dormant sur mes deux oreilles. Un jour je serai contente de moi au fur et à mesure, et pas juste à la fin, quand je suis morte d’épuisement.

Un de ces jours je saurai apprécier la valeur du vide et ne pas le remplir coûte que coûte avec du travail, même s’il me plait énormément, qu’il m’amuse et que je le vaux/veux bien.

Ouais, tu as compris : c’est un de ces jours où je ne m’aime pas trop. Tiens, passe moi le fouet, tu frappes pas assez fort.

Amalgame mineur

Je viens d’aller voir le dernier Peter Spielberg, Le crabe aux pinces de licorne contre les aventuriers pirates des Caraïbes perdues. Je ne suis pas très convaincue par ce film-conglomérat, je le trouve un peu aussi stérile que d’acheter une bonne bouteille de bon single malt écossais de 15 ou 20 ans d’âge pour la noyer dans 3 litres de cacacola. Mais c’est pas grave, j’ai un peu assouvi mon envie de salle obscure et d’images qui bougent (je crois même avoir réussi une légère échappée dans une sieste vers la fin).

Au milieu d’un paquet de sacrilèges, il y a quand même (et là c’est franchement pas possible) l’apparition de la Castafiore. Elle a été amincie, d’ailleurs, la Bianca, histoire de mieux coller aux canons de beauté du moment, sans doute. Mais qui dit Rossignol milanais dit forcément Air des bijoux de Faust, non ? Or là, accroche-toi au pinceau, là aussi on nous a fait de la volaille agglomérée. Car après l’introduction de Una voce poco fa de Rossini (c’est dans Le barbier de Séville, c’est vraiment des tintinophiles de mes deux, ils auraient pu choper un air de la Gazza ladra, au moins !), on zappe subitement sur… ah oui, du Gounod. Sauf que c’est un extrait de Roméo et Juliette (Je veux vivre dans ce rêve) et pas la Marguerite de Faust tant espérée. J’ai failli me réveiller pour crier au scandale, mais finalement j’ai préféré retourner rêvasser dans mes vieux souvenirs qui craquent (oui, alors là, attention trouvaille).

Bon sinon, faut pas être trop vache avec ce film : le générique du début est assez chouette.

Adieu Pineau, pistaches, houblon, cuvées…

Cette semaine de démarrage d’opéra va être rude. J’aurais voulu être une artiste et te parler de dramaturgie, de Tosca, de Puccini (ça va viendre, hein, c’est obligé). Mais aujourd’hui, quand je constate qu’on va passer toutes nos soirées à bosser dans la fosse d’orchestre au théâtre, je me dis que c’est une fois de plus à Plonk & Replonk que je dois la meilleure illustration possible d’une mise en bière d’un deuil vraiment difficile. Je t’ai dit que j’aimais boire l’apéro avec mes amis, déjà ?

RIP chers demis et chères cacahuètes…

Primaires et autres bas instincts

Je n’aime pas qu’on marche sur mon territoire, je n’aime pas qu’on touche à l’organisation de mon travail, je n’aime pas qu’on se permette de faire trimer plein de gens qui ont un boulot fatiguant alors qu’avec un peu d’organisation ça pourrait être évité.

Je sais que j’irai voter pour les primaires socialistes, histoire de ne pas laisser passer une chance de soutenir mon cheval favori (le mode d’emploi, c’est par là). Oui alors non, je ne viens pas de traiter François Hollande de coursier, mais il se trouve que j’étais déjà plutôt batavophile, comme dirait Nicolas. Donc quand Martine Aubry débarque pour un meeting et qu’elle squatte mon bureau, foutant ainsi en l’air notre journée de boulot, ça m’énerve un peu, en fait. Parce que c’est bien brave de la part de la mairie de décider qu’on peut déménager un orchestre de plus de cent gugusses dans une salle vraiment pourrie où il ne fait que détruire tout son son juste pour la journée/les beaux yeux d’une personnalité politique ; ils expliqueront ça à nos pauvres (mais charmants) garçons qui trimballent autant de chaises, de pupitres, des contrebasses et autres machins peu encombrants du genre… et puis le quartier ressemble à une forteresse depuis tout à l’heure, j’ai l’impression de vivre au San Theodoros.

Et si notre disque, il est pas bon parce qu’il lui manque du travail, hein ? Oui, je suis une ourse, une primate des cavernes, une machine à grogne. Mais fallait pas toucher à mon Sacre du Printemps !

Surtout si c’est Marie-Claude Pietragalla qui se colle à la Danse Sacrale. Je me suis consolée avec cette vision pendant toute la répétition, une merveille de sauvagerie musclée et brute, toujours sur la chorégraphie originale de Nijinsky (dont la reconstruction est joliment expliquée ici en anglais).