Et maintenant on va où ?

Quand Nadine Labaki allège les poids lourds de la vie quotidienne d’un village libanais, ça donne un moment de cinéma des plus réjouissants. Et maintenant on va où ? est une histoire de femmes dans un monde d’hommes, des femmes dont la vie est calibrée “à l’ancienne” (je mets les guillemets parce qu’autour de moi, souvent parfois souvent…) avec cuisine-ménage-torchage-lessivage etc etc. Donc non, on n’est pas dans la description d’une révolution moderne au fin fond du Proche-Orient.

L’apologie (qu’on pourra trouver naïve, mais que moi je préfère trouver belle) faite dans ce film est celle de la force de la communauté. Quitte à marcher sur la tête de la religion (au passage, notons la modération et la sympathique coopération du curé et de l’imam) et celle de la sacro-sainte communication. Grosso modo : si tu aimes et connais ton voisin, pourquoi aurais-tu subitement envie de lui taper dessus parce qu’il a “un annuaire sous son oreiller” (traduction : une bible) ou un tapis de prière ? Pourquoi le zigouiller sous prétexte qu’ils font pareil dans la ville d’à côté ?

Lasses de pleurer leurs morts, lasses que leur malheur n’émeuve pas leurs gros bourrins d’hommes, les femmes du village unissent leurs forces, s’assoient sur leurs convictions et sont prêtes à tout pour maintenir la paix chez elles. Dans ce film, on chante dès la scène d’ouverture (ah, en plus, la musique est très belle !). On gueule comme des putois, on se marre comme des baleines, on a une chèvre qui s’appelle Brigitte et puis… ben c’est un peu Sexe drogue et rock’n roll, en fait. Quant à Nadine Labaki, elle crève l’écran en plus de la caméra tellement qu’elle est juste et belle.

Je suis donc ressortie de cette séance complètement euphorique. Et pas juste à cause des pâtisseries, hein. Allez, juste vas-y.

La montagne, ça vous bat à plate couture


Je me doutais bien que ça ne serait pas le moyen le plus pantouflard  de passer la frontière espagnole, c’était couru… mais pas à ce point-là. Quoi, c’était où exactement ? Au Port de Venasque, tout est expliqué plutôt bien . Figure-toi qu’aujourd’hui, les 1350 m de grimpette que représentent ce circuit se rappellent violemment à moi. Partout partout, bobo là, ouin ouin (la douleur fait régresser, c’est bien connu).

Je me demandait hier en marchant douloureusement comment il était possible de sentir à ce point des choses que l’on n’a pas, à savoir (sueur et tremblement) :

- le fennec (je n’en ai pas, non, je l’ai laissé au zoo), car être trempée de la tête au pieds pendant 8 heures ne sent vraiment pas la rose. Même quand on est magnifiquement belle et propre sur soi à la base, suer pue.

- les muscles, ceux que je néglige, ceux que j’ai si peu malmené cet été en ne faisant que deux promenades légèrement plus conséquentes au milieu d’une flopée de sorties bien tranquilles. Et bien ces petits salopiauds me font payer aujourd’hui ma flemme générale et corporelle sous chaque millimètre de peau : nuque, bras, dos, abdos, hanches, fesses, cuisses, genoux, mollets, pieds, tous et toutes sans exception se prennent d’une furieuse envie d’exister dans la souffrance, et tous se vengent des crampes que je leur ai infligées hier parce que je ne sais pas boire d’eau pendant l’effort.

Je ne me doutais pas qu’en j’en chierais baverais à ce point, certes. Mais pas non plus que les couleurs de fin d’été étaient si belles, même sans arbres pour les feuilles, même sur de l’herbe qui meurt doucement, mais ça devait être dans la dorure du soleil plus roux de l’automne… Que les mélanges entre la terre, le ciel et l’eau pourraient encore et toujours me rendre béate et souriante (aïe, encore des crampes). Comment avais-je pu oublier que quand tu touches au but, l’air d’en haut qui te saoule et te brûle les naseaux parce que tu souffles comme un phoque est la plus merveilleuse des drogues ? C’était mon tout premier coup de Pyrénées (j’avais déjà pris un certain nombre de coup d’Alpes, maison familiale oblige) et j’ai été frappée par la spécificité de cette nouvelle montagne-là.

Et tu sais quoi ? Ça sent la récidive à plein nez.

 

Mes années trente

Euh, alors non, quand même, je ne suis pas si vieille, hein. Mais c’est vrai qu’à force de venir chaque été en Savoie en famille, j’en oublie un peu le temps qui passe. Et pourtant… Ça fait trente ans que quand l’odeur de jambon fumé de l’usine Carbone Savoie de Notre Dame De Briançon me saute aux narines, je souris car je sais que je suis bientôt arrivée.

Ça fait trente ans que je regarde les fissures dans les murs de cette vieille ferme avec un genre de vénération admirative : ça tient toujours, et les trous que j’ai un jour colmatés par lassitude de voir le grenier à travers le plafond de la cuisine ne se sont pas agrandis.

Ça fait trente ans que pour la nuit j’éloigne mon lit des murs crépis version sado-maso par la mère-grand en son temps parce que je ne veux plus me réveiller avec les coudes en sang. Et puis que j’ai beau préférer les araignées aux limaces, celles d’ici sont un peu trop transgéniques et trop chez elles pour que je les laisse venir me chatouiller le museau la nuit (même si la féline chasseresse, qui s’est mise cette fois-ci à chasser le moucheron et le moustique avec ardeur, est là pour me défendre).

Ça fait trente ans que dans cette baraque on se demande qui de nous s’éclatera le crâne dans un encadrement de porte le premier. Eh oui, c’est ça aussi, les vieilles pierres : autres temps, autres tailles standards.

Ça fait trente ans qu’on se demande si, cette année le meilleur beaufort est à la Coopé ou chez le fromager.

Ça fait trente ans que j’arpente les chemins du coin en ouvrant l’oeil et les naseaux. Car j’aime beaucoup voir des animaux, certes. Mais j’aime aussi énormément me régaler d’une poêlée de girolles ou de cèpes et me dire que décidément, la gelée qu’on fait avec les framboises d’altitude est d’une saveur intense quasiment inégalable.

Ça fait trente ans que j’oublie de m’étirer après ma première balade de l’année et que le lendemain je me retrouve toute moulue du mollet.

Ça fait trente ans que je viens me perdre dans mon coin paumé et que j’aime ça, et qu’en arrivant ici je me jette systématiquement sur le balcon pour savourer cette vue sur le Mont Jovet et sur les glaciers de la Vanoise, là-bas au fond.

Et de tout ça, franchement, comment veux-tu que je m’en lasse ?

Compte à rebours

2012 sera une année bissextile.

Donc si on compte le 29 février prochain (tiens, Chouyo pourra fêter son quart-de-versaire, elle grandit lentement, la bougresse !), et sauf erreur de calcul de ma part*, il ne nous reste plus que 364 jours avant le 6 mai 2012. 364 jours pour se secouer les miches et au final avoir le bonheur de voir  nikɔla saʁkɔzi (c’est mon Voldemort à moi, je ne le prononce ni ne l’écris) bouté hors du trône. Chaque minute qui passe met le bouton Eject de plus en plus à portée de nos mains !

Quand j’ai réalisé que la délivrance était proche, ça m’a mis d’une humeur si guillerette que j’ai eu subitement envie de monter au mât de misaine avec une fausse barbe et un os sur la tête, puis de rouler des pelles à une  mouette avant de la jeter sur la foule en délire (création inspirée par ceci). Mais ça n’a aucun rapport avec mon dos coincé et la concentration de Myolastan dans mon sang, non non…

* Je rappelle que je souffre d’allergie numéraire. Par conséquent, si j’ai compté deux fois le dimanche et tout ça machin, et que je m’avère aussi peu capable de compter à l’envers qu’à l’endroit, au lieu de te moquer, fais-moi plutôt un widget Final Countdown pour mettre sur ma page, par exemple, merci.

Train (-train) quotidien

(oui, je blogue dans le train, mais vu qu’en ce moment j’y vis à moitié je n’arrive même pas à prendre ça pour un signe d’addiction!)
En farfouillant dans mes 12 ans de retard sur le web j’ai fatalement mis le nez sur la bête, Ze Simon’s Cat. Cet opus me ramène définitivement à des souvenirs datant de l’âge de pierre, à toutes mes tentatives d’humaniser nos pauvres félins familiaux, entre autres en leur mettant des chaussettes. D’ailleurs, si tu n’as pas de projets ce weekend (et une bête docile), et que tu n’as jamais essayé l’emballage animalier, lance-toi : c’est rire niais garanti.

Frère chimique

Ode à l’acétone

J’aime l’acétone parce que ça va plus vite pour dissoudre le gras incrusté qui est derrière ma cuisinière. Que c’est drogue et poison mais que mes coudes sont très mauvais pour produire de l’huile. Que au départ, la gazinière, je l’ai  juste bougée pour changer mon tuyau de gaz. Mais qu’en fait elle risque fort de se payer un aller simple au cimetière parce que l’embout il était tout corrodé, que j’ai eu la clef à mollette un peu lourde , que le machin a fait “crouiiic” ; et que maintenant je pense qu’en plus de voir des renards avec moi à cause de la drogue il n’est plus étanche. Que j’ai peur d’exploser, que je dois fissa racheter un machin et que je me dis que pour ce prix là, j’aurais pu m’offrir au moins 5 bikinis à me mettre sur les fesses en Martinique. Ou ramener deux tonneaux de Ti-Punch. Et donc que ça m’agace au plus au point.

Sur ce j’y vais : je change de banque, et je vais leur expliquer que je suis une cliente sérieuse et crédible, bien que de moins en moins solvable.