La rançon de la glande

J’en appelle aux chèvres, escargots, mouflons, orignaux, aurochs, vikings, walkyries, à Belzébuth et à tous les démons cornus de l’univers :

Rendez-moi ma corne, vite !

Ma mienne à moi, celle des doigts de ma main gauche, qui s’est fait la malle pendant ma semaine de vacances, et qui me fait furieusement défaut quand j’ai besoin d’ empiler des heures de travail par dessus celles passées en répétition au bureau. Parce que, sache-le, le violon, ça adoucit peut-être les mœurs (même si je pense que c’est une légende urbaine) mais phoque de phoque, qu’est-ce que ça peut faire mal aussi ! Je comprends maintenant pourquoi le diable ne quitte jamais les siennes…

(toujours pas le temps de partager quelques souvenirs ensoleillés de Santo Antão, donc voilà juste un petit n’importe quoi assez plaisant en passant : à défaut de corne, un peu de Cheveu et de Robert Mitchum is dead, Quattro Staggioni.)

Rhume Express

Il ne faut jamais vendre la peau de l’œuf avant de l’avoir roulé dans la mousse.

Il y a quelques jours, je me vantais stupidement d’avoir réussi à assassiner mon rhume dans sa coquille. C’était sans compter sans la loi quasi universelle qui veut que des bonnes vacances sont des vacances malades. Mais fichtre bougre, on m’expliquera comment cette saloperie de phoque de microbe a réussi a me (re)contaminer alors que je n’ai pas mis le museau dehors hier ! (ben oui, forcément, vu que j’avais un violent besoin de jouer les femmes des cavernes dolentes et lascives pour fêter mes vacances).

Alors malade pas beaucoup beaucoup, hein, j’ai juste le mal de gorge qui fait déglutir intensément toute la nuit (du coup, j’ai eu la sensation de produire autant de salive qu’une limace, j’ai failli en faire un malaise). Suis surtout assez incontinente du nez pour le voir rougir de minute en bidute. En bref, me voilà assez perturbée vocalement et mouchoirement pour en arriver à m’identifier à un barrissement d’éléphant permanent ce magnifique solo de trombone trouvé dans la bande-son de Maudite Aphrodite de Woody Allen, quoi… Allez, cette belle version de I Found A New Baby par Wilbur De Paris est mon cadeau énergétique aux travailleurs du jour.

Happy lundi ! Moi, je retourne me moucher…

Françaises, Français, Belges, Belges, et surtout public chéri, mon amour…

Où trouver encore aujourd’hui de l’énergie pour redonner le concert d’hier* (partiellement, certes, mais un jour on m’expliquera comment ne jouer qu’à moitié, moi je n’ai jamais su), et demain encore à Pleyel ? Comment rebondir aussi rapidement sur un accueil si chaleureux et triomphal qui a tant coûté en stress, don de soi, plaisir et émotion ? Il fait un temps à se prendre pour une marmotte, mon corps crie fatigue musculaire, et quant à mon neurone survivant, il dort toujours… Bon, on va tenter le truc binaire bruyant que j’ai entendu l’autre matin dans le poste. Curry & Coco, Who’s next ?

*Pour ceux qui avaient poney, tricot ou piscine, c’est pour quelques temps encore.

Un chouïa de @Chouyo

Dure journée : je crois que subis un assaut de concentré de gourderie. D’abord, ça commence à se voir que je me suis envoyé ma commode dans l’arcade sourcilière il y a deux nuits (jusque là c’était juste enflé, mais je trouve que ça bleuit). Puis il y a eu le placard refermé sur l’ongle qui pissait du sang dans mes tartines matinales, gâchant ma gelée de framboise des montagnes/de môman. Et puis ce matin, impossible d’ouvrir la boîte à violon. Serrure bloquée… il m’a fallu 5 minutes pour en venir à bout !

La raison ? Oh, je me suis soudain rappelé ce demi de rousse irlandaise qui a atterri dessus dimanche à l’apéro (oui, du coup on comprend que j’ai rien foutu hier mais c’était une question de survie). Sur le moment mon seul souci a été de vérifier l’étanchéité de l’étui, parce que le carbone, ça s’essuie et qu’un biniou qui sent la binouze, c’est pas d’un glamour fou. Aujourd’hui, à la presque veille d’un départ en tournée, je me retrouve donc oxydée, et dans le presque caca (je cherche une bonne excuse pour changer de boîte parce que la mienne est mal équilibrée et me bousille le dos, mais je jure que la bière c’est pas moi). C’est du tracas, ma bonne dame. Et c’est quoi le truc pour rester zen ?

Ben c’est avoir la chance d’avoir croisé par deux fois quelqu’un qui connait ton goût en matière de japoniaiseries terriblement kawaï, inutiles, et par conséquent irrésistibles. Quelqu’un que le pouvoir du gloussement ne laisse pas indifférent, et qui maîtrise l’art de la petite intention qui fait mouche. Car Chouyo était son nom (amen), et que même du fin fond de la Thaïlande elle sait penser à tes zygomatiques.

Comment a-t-elle su ? Comment a-t-elle deviné que depuis le jour où je lui ai acheté ces merveilleux moule à œufs durs que je possède moi-même, je résiste dans la même boutique toulousaine à ce genre d’adorables petites piques à tête de cochon/tomate/tigre/neko ?

Et comment savait-elle que Monchouchou aurait beau être rose, il me ferait craquer ?

Je crois que Chouyo sait qu’un jour Saint-Kawaï sauvera le monde. En attendant il me fait rire et sourire, et c’est déjà beaucoup.

La montagne, ça vous bat à plate couture


Je me doutais bien que ça ne serait pas le moyen le plus pantouflard  de passer la frontière espagnole, c’était couru… mais pas à ce point-là. Quoi, c’était où exactement ? Au Port de Venasque, tout est expliqué plutôt bien . Figure-toi qu’aujourd’hui, les 1350 m de grimpette que représentent ce circuit se rappellent violemment à moi. Partout partout, bobo là, ouin ouin (la douleur fait régresser, c’est bien connu).

Je me demandait hier en marchant douloureusement comment il était possible de sentir à ce point des choses que l’on n’a pas, à savoir (sueur et tremblement) :

- le fennec (je n’en ai pas, non, je l’ai laissé au zoo), car être trempée de la tête au pieds pendant 8 heures ne sent vraiment pas la rose. Même quand on est magnifiquement belle et propre sur soi à la base, suer pue.

- les muscles, ceux que je néglige, ceux que j’ai si peu malmené cet été en ne faisant que deux promenades légèrement plus conséquentes au milieu d’une flopée de sorties bien tranquilles. Et bien ces petits salopiauds me font payer aujourd’hui ma flemme générale et corporelle sous chaque millimètre de peau : nuque, bras, dos, abdos, hanches, fesses, cuisses, genoux, mollets, pieds, tous et toutes sans exception se prennent d’une furieuse envie d’exister dans la souffrance, et tous se vengent des crampes que je leur ai infligées hier parce que je ne sais pas boire d’eau pendant l’effort.

Je ne me doutais pas qu’en j’en chierais baverais à ce point, certes. Mais pas non plus que les couleurs de fin d’été étaient si belles, même sans arbres pour les feuilles, même sur de l’herbe qui meurt doucement, mais ça devait être dans la dorure du soleil plus roux de l’automne… Que les mélanges entre la terre, le ciel et l’eau pourraient encore et toujours me rendre béate et souriante (aïe, encore des crampes). Comment avais-je pu oublier que quand tu touches au but, l’air d’en haut qui te saoule et te brûle les naseaux parce que tu souffles comme un phoque est la plus merveilleuse des drogues ? C’était mon tout premier coup de Pyrénées (j’avais déjà pris un certain nombre de coup d’Alpes, maison familiale oblige) et j’ai été frappée par la spécificité de cette nouvelle montagne-là.

Et tu sais quoi ? Ça sent la récidive à plein nez.

 

Dessine-moi un mouton noir

Dans un orchestre, il y a des gens devant lesquels personne n’a spécialement envie d’être assis. Non qu’ils négligent leur hygiène corporelle, ou qu’ils soient spécialement antipathiques, au contraire. Ce n’est pas non plus parce que comme ils sont habitués au fond de la classe, ils ont l’habitude de chuchoter à haute voix et que parfois, comme ils sont bavards, ça brouille carrément l’écoute, enfin quoique mais non. Le problème c’est l’avalanche de décibels douloureux qui s’échappe de leur instrument de (heavy) métal.

Tu veux un indice ? C’est aigu, ça a une embouchure, des pistons, ça commence par trom et ça finit par pouêt. Autant mon oreille de violoneuse s’est habituée à être parfois un peu vrillée par la densité du son du hautbois ou par les octaves ultrasonnesques du piccolo, autant je pense que personne ne peut supporter les attaques d’une trompette à moins de trois mètres sans grimacer de douleur. Ceci n’est pas une réflexion méchante ou méprisante : c’est un constat matériel, un simple problème de volume et de fréquence intolérable.

Et devine qui cette fois-ci a perdu à la grande loterie du Kissékissicolle ? Bon, j’en prends mon parti, il faut bien les caser quelque part, nos gars, et ils ne sont pas responsables du fait que nos bouchons soit-disant adaptés sont nuls : j’ai beau tenter, je n’arrive pas à jouer sans entendre correctement ni les sons que je produis ni l’orchestre, donc fatalement, je grogne un peu dans mon absence de barbe.

Non, ce qui m’embête le plus (à part que je sens venir une facture de Doliprane énorme, à part la crispation que je ressens dans ma nuque et mes épaules à force de vouloir malgré moi planquer mes oreilles sous mes seins) c’est que dès que les quatre Jéricho qui sont derrière ma voisine d’infortune et moi-même se mettent à jouer, la Tosca de Puccini disparait sous eux.

MA Tosca d’amour à moi que je rêve de rejouer depuis plus de dix ans devient donc un moment qu’il va falloir rendre privilégié à tout prix en faisant du tri sélectif auditif, mais j’y arriverai, je te le jure, au nom du sacro-sain(t) plaisir de faire de la musique. Surtout qu’avec des chanteurs pareils ça promet d’être une sacrée cuvée…

Et puis… il y a les moments où peu de gens jouent, des moments magiques comme ce début du troisième acte avec ce somptueux solo de quatre violoncelles qui s’élève derrière un récitatif. Des instants suspendus au jeu d’une musicienne dont tu es tellement fière d’être l’amie quand au bout de trois de ses notes tu sens ton nez rougir et tes yeux s’illuminer d’émotion incontrôlable. Quelques minutes de grâce infinie pendant lesquelles tu te dis que tu as peut-être perdu au loto, mais gagné le gros lot au quarté.