Dimanche soir, après avoir terminé ce cycle de semaines de travail source de lassitude, j’avoue avoir été prise de frayeur : et si la sauce était retombée ? Et si l’heure de la fraîcheur d’âme était révolue, et si le bonheur de jouer c’était du passé ? Et si j’avais soudain pris 25 ans de carrière de musicienne dans mes lobes cérébraux, et que le neurone du plaisir de l’art était mort ? (ceci dit, du coup ça me ferait 40 ans de cotisation dans la caisse, et me donnerait l’espoir de laisser ma chaise en étant encore en état de bouger les doigts pour un playback correct…). Et si plus jamais les frissons, les poils de la nuque qui frémissent et le sourire en écoutant la musique pour laquelle je me suis tant battue ? Et si, comme il existe une rigidité cadavérique, il était venu le temps que je refuse chaque jour, celui de la frigidité artistique ?
Eh bien non, bonne nouvelle : j’ai retrouvé mon patron permanent, mes collègues, mon violon et mon sourire. Le vrai, celui du dedans. Mais ceci dit depuis hier soir, grâce à Brahms, je me savais déjà plus ou moins sauvée : il n’a fallu que quelques pianissimo murmurés, que quelques harmonies tendues et caressantes, et que quelques pizzicati tendrement déposés ça et là pour que mon corps et mon cœur se réveillent.
C’est le goût des larmes d’émotion, comme un sel de l’âme, qui m’a ramenée à la vraie vie, celle de l’irréel.




