Prenez une belle dinde un peu givrée.
Plongez-la dans un environnement inhabituel compte-tenu des circonstances, mais laissez malgré tout quelques repères dans son environnement. Préservez sa saveur en la coupant du réseau de toile qu’elle tisse en général avec assiduité : forcée de courir dans la nature profonde à la quête d’un contact, elle n’en sera que plus ferme et piquante à la conversation.
Si en plus la bête court en Ardèche en ce frileux 5ème jour de Nivôse , réjouissez-vous : vous êtes en train de contempler une dinde glacée aux marrons grillés !
Avec les vœux du chef pour que votre Noël soit chaud et beau !
Vous êtes sans doute quelques uns à vous être posé la question, à vous demander ce qui m’arrive. À avoir constaté qu’un des tags phares de cette page n’a pas été utilisé depuis fort fort longtemps, si on considère mon taux de grande gourderie. Oui, voilà un bail que le chapitre BGAEF (Barabara Gourde A Encore Frappé) est en rade. Était en rade, donc, jusqu’à ce qu’hier soir, après une journée de dur labeur en compagnie de mon ami Gustav Mahler, je me rappelle l’existence d’un certains bocal.
Et qu’à ce moment là me prenne l’envie de deux fruits en guise de dessert.
Viens de renverser des cerises à l'eau de vie. Beaucoup. Ça sent bon mais ça colle aux pieds— Ed (@NekkoNezumi) December 06, 2010
Le téléphone a la pomme est passé tout près (1,5 cm) de sa deuxième noyade (plus noble, celle-ci) en 5 mois, je m’avoue assez fière de mes réflexes sur ce coup là. J’ai aussi tenté de limiter les pertes au maximum.
@SusanVegan j'ai rien gâché: j'ai bouffé les cerises. Maintenant je suis bourrée et obligée de laver par terre #fail#hips— Ed (@NekkoNezumi) December 06, 2010
Et nous voilà au cœur du problème.
En effet, j’étais déjà traumatisée depuis dimanche par une expérience que je me sens pas prête à renouveler de sitôt, car être soudain propulsée au beau milieu d’un car de Bree (Van De Kamp) lors d’une réunion Tupperware, crois-moi : ça achève de refouler aux antipodes la Desperate Housewife qui refuse de sommeiller en toi. Et je me retrouve depuis hier soir face à un genre de mythe de Sisyphe du récurage : après au moins 5 passages de serpillère high-tech (oui, j’ai ça parce que c’est censé être moins fatiguant), je continue à rester collée de la chaussette, gluée du pied nu, et schgniquée du chausson sur le lieu du crime. Alcool, alcool, pourquoi fallait il en plus que tu colles ?
Et avec tout ça, en plus, va falloir que je me dévoue pour avaler vite fait toutes les pauvres choses qui ne nagent plus dans leur précieux liquide…
À cet instant, tout ce que m’inspire le souvenir de cette belle odeur transformée en cauchemar gluant est donc un passage du kirsch au kitsch, une resucée nirvanesque par The Moog Cookbook (oui, souviens-toi).
On fait tous ça, je crois : prendre des conseils ou des phrases volées ça ou là au pied de la lettre parce que ça nous arrange… et surtout de la manière qui nous arrange. Il y aura bientôt un mois de ça, en déambulant dans Saint-Pétersbourg, je me suis arrêtée sous ce panneau.
En lisant be happy, il semblerait donc que j’aie plutôt compris lâche les chevaux, cherche où sont tes limites, sois fête du matin au soir et déborde ! Amen. Les vœux de l’enseigne furent exaucés : je fus heureuse et eus beaucoup de migraines (et peut être d’enfants aussi, va savoir ?). Ce très beau feu d’artifices devrait quand même se décider à s’éteindre, un jour… oui, un jour je devrais me décider à démasquer ce bal.
Sauf que, à part mon corps qui proteste, je me sens plutôt bien, moi, dans le rôle léger et inconséquent de l’allégorie de la fiesta. Bah, parti comme c’est, la seule façon d’en sortir sera d’appuyer sur le bouton d’arrêt d’urgence… le seul problème, c’est qu’à part Poussez-moi, je me demande bien ce qu’il y a d’écrit sur celui-ci. Oui, je me demande surtout s’il est compatible avec le be happy, que je ne suis pas prête de vouloir laisser tomber…
Peut-être est-ce la fréquentation (enfin !) des Mad Men, mais voilà t’y pas quand feuilletant mon merveilleux exemplaire de “Nous Deux” – encore lui – j’ai eu l’œil irrésistiblement attiré par les pubs. La seule qui est en couleur est celle de la couverture, elle est assez immonde : on dirait une soirée en boîte de nuit chez les vers blancs.
Bon, les macaronis n’étant pas des vraies pâtes, ma religion n’est pas en danger, qu’on se rassure. Nouille dégueulasse à part, on voit donc qu’en général le lectorat féminin visé par les réclames de cette époque est supposé être aux fourneaux, coincé entre une poule au pot et une truite meunière…
Et puis surtout, la fille doit être bêêêle comme un agneau.
Heureusement, elle a le droit de savoir lire pour se taper l’horoscope, et écrire pour pouvoir faire les mots croisés à la fin du magazine. Un dessin de Jean Eiffel, quand même (avec un joli chat-chat-minet kikinou, hiiii ! euh pardon)
Voilà, si vous avez lancé la musique, vous avez pu profiter d’extraits d’un album qui fait partie d’une grande série de compilations bien drôles et assez cultes aussi. Le player Deezer faisait la gueule, donc voici les titres et les zinterprètes de la playlist qui vient, sauf handicap inquiétant, de faire bouger vos petons :
- Dean Martin : Cha Cha Cha D’amour
- Rolley Polley : Blue Rhumba (qui est assez lol, quand même)
- Julie London : Sway
- Pérez Prado : Zelda’s Theme
- 80 Drums Around The World : Dark Eyes/It Happened In Monterey
- Les Baxter : Whatever Lola Wants
- Martin Denny : The Carioca
- Jack Costanzo, Don Swan : Bei Mir Bist Du Schon ((Means That You’re Grand)
Lui : Ah mais, sinon… on pourrait aller voir L’Illusionniste, j’ai vu une belle critique, ça te dit pas ?
Elle : Eh nan, surtout pas : c’est un dessin animé, tu te rends pas compte, c’est la honte, ça craint trop grave. Grave trop. Craint. Trop.
Lui : Mmmmfh… ( soupir )
Moi, très trop fort, à la madame de la billetterie : Bonjour, je voudrais 3 places pour L’Illusionniste… la séance de 22h00, s’il vous plait . ( non mais ! )
Ce couple, composé d’un mignon tourtereau et d’une maxi-dinde géante, ne sait donc pas aujourd’hui de quel superbe moment mademoiselle les a privé, mais m’est avis qu’elle s’en contrefiche…Bref.
Car donc oui, veni, vidi et éblouie par cetrès beau film je suis. L’Illusionnistede Sylvain Chomet narre tout en finesse une histoire écrite par Jacques Tati. Quelques clins d’œil cinématographiques donc, des références à des contes aussi ( un lapin blanc, une Alice, et des souliers rouges… je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il ne s’agit pas de coïncidences ), une vision bien à lui du rock des sixties ( ah… “The Britoons” ! )…
En vérité, l’ambiance de L’Illusionniste m’a tout simplement happée en moins de deux minutes. Tout y sonne juste, les paysages des champs, des mers et des villes sont superbes, la galerie de portraits est assez tordante, et terriblement touchante. Le film nous propose du rêve, mais pas du rêve nunuche pour naïf ébahi : il y a toujours en filigrane la conscience que ce qu’on a ( est ? ), vit ou montre est voué à disparaître un jour. Le sourire est donc souvent nostalgique, mais on s’en fiche : la tendresse et la poésie qu’on ressent en voyant ce merveilleux hommage à un temps révolu l’emportent haut la main. Peau de lapin.
Juste vois-le, donc.
[ edit : le vénérable avis de Funambuline, qui n'adhère pas vraiment à mon enthousiasme écarquillé est à lire ici, voilà donc de quoi vous faire une opinion ! ]
Voyons voir : environ 50 musiciens participants, plus de 30 œuvres abordées, probablement plus de 10 heures de musique cumulées, et un nombre astronomique de salves d’applaudissements ( eh oui, on a du talent, ou on en n’a pas ! ). Des troupeaux de petits yeux écarquillés, probablement quelques doudous perdus, pas mal de vieilles dames émues, et une quantité gastronomique de fort bonne nourriture servie aux artistes ( histoire d’éviter que la concentration ne s’émousse, mais pas rien que pour ça ).
Vous ne me croyez pas ? Demandez à l’éléphant, il a tout vu !
Sinon, il y a eu pas mal de poussées d’adrénaline, quelques litres de sueurs froides, des molécules de stress partout dans l’air, et les t-shirts “uniformes” de cet anniversaire ne sont pas restés secs. On a aussi croisé quelques inévitables imprévus, et puis surtout, surtout des sourires. Partout, les rides étaient belles, heureuses, et les regards étaient lumineux, ceux du public comme ceux des musiciens, on voyait et ressentait le plaisir à chaque performance.
Vous ne me croyez pas ? Pourtant, de là haut, je vous jure, on a tout vu !
Et comme tout anniversaire digne de ce nom se termine avec un gâteau et pas mal de bulles, de préférence dans la bonne humeur et un peu loin dans la nuit, on peut finir le marathon, épuisé par 12 heures de présence plus ou moins active, en gloussant sottement de bien-être sur le trottoir.
Vous ne me croyez pas ? Demandez-moi : je crois bien que c’est moi qui ai tout bu…
Voilà, maintenant il va falloir remiser dans la boîte à souvenirs la fièvre de la scène, le plaisir d’avoir joué ensemble, le pop du champagne… et laisser le corps récupérer un peu : il a dépensé environ 568,23 fois plus d’énergie pendant ces prestations là que le jeune Damon Albarn aus Blur quand il se prenait pour un petit pois sauteur.
Car oui, mes muscles sont tout moulus, tout courbatus, et moque-toi, tiens, tu verras quand tu auras leur âge !