Hier soir nous avons débuté notre dernier concert de la semaine par le Prélude à l’après-midi d’un faune. Cette merveille (à laquelle j’ai déjà ici déclaré ma flamme) a pris pour moi il y a quelques jours une dimension supplémentaire grâce à un twitt de Bulles d’infos. Avec son lien vers une vidéo (que j’ai insérée là-dessous) elle m’a en effet permis d’aller un peu plus loin dans ma connaissance du beau voyage inter-artistique qu’à occasionné cette œuvre. Petit flashback : en premier était le verbe, celui de Stéphane Mallarmé en 1876, illustré par Édouard Manet. S’y est ensuite ajoutée en 1894 la musique de Claude Debussy, avec son mythique et sublime solo de flûte, et son ambiance floue, dolente et pastorale.
En 1912, Nijinski apporte du mouvement à l’image, et crée sur cette pièce une chorégraphie pour les Ballets Russes (encore une merveille ), chorégraphie habillée et décorée par Léon Bakst. Moi qui suis tellement friande de l’esthétique et des créations de cette époque, j’ai donc quasiment grimpé au plafond de plaisir en découvrant (enfin ! ) le ballet original, celui qui avait germé dans l’imagination du danseur quasiment à l’époque de la composition du morceau. Presque douze minutes pour découvrir une conception terriblement harmonieuse, bien qu’assez inédite, du mouvement et du geste, et pour être transporté par la beauté d’un grand tout artistique, le sacrifice en vaut largement la chandelle.
En plus, cette tiédeur et cette douceur atmosphérique conviennent parfaitement à mon après-midi aphone : moi aussi je suis vautrée, moi aussi je hume… non, en fait, je renifle et je tousse. Moi aussi je me meus avec délicatesse, mais c’est parce que j’ai tant donné de mon corps pour ces concerts que j’en ai des courbatures dans les guiboles (oui, je suis une grande sportive). Moi aussi j’ai un joli costume : j’ai décidé de ne pas braver la pluie, de me soigner , de rester au chaud, justifiant ainsi le fait de garder des vieilles fringues parce que les belles matières c’est agréable pour mettre à la maison. J’ai donc échoué dans un vieux twin-set en cachemire beigeasse mémère qui me fait ressembler à une Bernadette Chirac ringarde en retraite pas glamour, mais en pire.
Et surtout, moi aussi je traîne, je baille et je m’étire. Et tu sais quoi ? J’en suis fière, parce qu’après cette semaine folle, je l’ai bien mérité.