Jambon et promotion

Sans vouloir me vanter du haut de ma grandeur, il me semble qu’hier soir j’ai réussi en un rien de temps  un grand écart stylistique et chaussuresque de toute beauté. Et pourquoi avais-je donc délaissé ma sueur en godillots pour me transformer, le temps d’un passage au karcher, en reine du cocktail à talons hauts ?

Nous avons célébré avec la nouvelle année  la naissance de notre dernier opus chez Naïve, dont j’aurais pu vous dévoiler la pochette en avant-première et en VO il y a deux bons mois déjà (on nous l’avait offert à Saint-Petersbourg). Comme à chaque sortie d’un de nos CD, j’avoue que je ne me sens pas peu fière : ce post, c’est un peu une chronique de l’orgueil ordinaire. Attention, tadaaa !

Bon, je suis toujours aussi inapte au cyrillique, heureusement que je sais ce qu’il y a dedans… en cliquant sur l’image, on accède à la traduction ainsi qu’à deux extraits à écouter.  Régale-toi bien !

Télé-Faune

Hier soir nous avons débuté notre dernier concert de la semaine par le Prélude à l’après-midi d’un faune. Cette merveille (à laquelle j’ai déjà ici déclaré ma flamme) a pris pour moi il y a quelques jours une dimension supplémentaire grâce à un twitt de Bulles d’infos. Avec son lien vers une vidéo (que j’ai insérée là-dessous) elle m’a en effet permis d’aller un peu plus loin dans ma connaissance du beau voyage inter-artistique qu’à occasionné cette œuvre. Petit flashback : en premier était le verbe, celui de Stéphane Mallarmé en 1876, illustré par Édouard Manet. S’y est ensuite ajoutée en 1894 la musique de Claude Debussy, avec son mythique et sublime solo de flûte, et son ambiance floue, dolente et pastorale.

En 1912, Nijinski apporte du mouvement à l’image, et crée sur cette pièce une chorégraphie pour les Ballets Russes (encore une merveille ), chorégraphie habillée et décorée par Léon Bakst. Moi qui suis tellement friande de l’esthétique et des créations de cette époque, j’ai donc quasiment grimpé au plafond de plaisir en découvrant (enfin ! ) le ballet original, celui qui avait germé dans l’imagination du danseur quasiment à l’époque de la composition du morceau. Presque douze minutes pour découvrir une conception terriblement harmonieuse, bien qu’assez inédite, du mouvement et du geste, et pour être transporté par la beauté d’un grand tout artistique, le sacrifice en vaut largement la chandelle.

En plus, cette tiédeur et cette douceur atmosphérique conviennent parfaitement à mon après-midi aphone : moi aussi je suis vautrée, moi aussi je hume… non, en fait, je renifle et je tousse. Moi aussi je me meus avec délicatesse, mais c’est parce que j’ai tant donné de mon corps pour ces concerts que j’en ai des courbatures dans les guiboles (oui, je suis une grande sportive). Moi aussi j’ai un joli costume : j’ai décidé de ne pas braver la pluie, de me soigner , de rester au chaud, justifiant ainsi le fait de garder des vieilles fringues parce que les belles matières c’est agréable pour mettre à la maison. J’ai donc échoué dans un vieux twin-set en cachemire beigeasse mémère qui me fait ressembler à une Bernadette Chirac ringarde en retraite pas glamour, mais en pire.

Et surtout, moi aussi je traîne, je baille et je m’étire. Et tu sais quoi ? J’en suis fière, parce qu’après cette semaine folle, je l’ai bien mérité.

De toute façon, la taille ça compte pas

Hier, j’ai attrapé le froid d’un collègue (et néanmoins ami) qui m’avait juré ses grands dieux en me faisant la bise entre deux gouttes à son nez que "c’est pas contagieux". Mon c… œil, oui ! J’ai frissonné, mouché, et surtout grommelé et grogné toute l’après-midi. J’ai essayé de me faire plaindre à peu près partout tant qu’il me restait de l’énergie, puis je me suis effondrée comme une bouse. Réalisant que ce comportement était la preuve que j’étais en train de me transformer en homme, j’ai vaguement réagi en ingérant le minimum vital (une soupe toute légère avec plein de crème dedans, deux trois sortes de fromage,du pain, une pomme, du chocolat, et deux grogs aussi), avant d’aller m’échouer dans un bain et de ramper jusqu’à mon lit en râlant comme une morte-vivante.

Cet épisode geignard m’a heureusement servi de diversion à une information que j’ai prise en pleine poitrine lors d’un essayage compulsif de lingerie il y a deux jours : je rétrécis (ou alors ma marque fétiche a changé de jument étalon). Je suis un peu contrariée, tout de même, car bien que je n’ai jamais souhaité faire du bonnet M, j’avoue que ce modeste mais sublime C là me convenait très bien…. En plus, c’est pas pour dire, mais quand on rétrécit, en général ça finit plutôt mal.

Orgueil tout court

Je l’aime ambigu. Je l’aime dense et intense, même si je ne le déteste pas un peu frais. Et j’apprécie essentiellement chez lui le mélange de douceur et d’acidité, de salé et de sucré, et puis de piquant… oui, le petit zeste de piquant, c’est indispensable. Bref, c’est pas pour dire, mais celui-là, c’est moi qui l’ai fait et il était tout simplement divin (en toute modestie). Il vous est ici présenté coiffé d’un coulis myrtilles-fruits rouges maison. Sir Cheesecake, this way please… (applause)

Je suis tellement fière de mon œuvre que j’ai décidé

1 – de retourner aux fourneaux dès demain pour pouvoir amener l’après-midi de quoi célébrer comme il se doit la dernière de l’opéra. Quoi de mieux qu’un violent chocorgasme pour bien faire la fête ?

2 – de chorégraphier ma vanité regonflée à bloc pour danser nue de joie dans mon salon. Mais j’hésite entre deux solutions parce que je n’arrive pas à savoir laquelle est la plus kitsch. Debra Paget chez Fritz Lang, ou Raquel Welch chez personne ?

Certains l’aiment amer

La crise de fascination pour les années 50 et 60 continue, sous sa forme cinématographique cette fois : j’ai exhumé hier soir  un fort joli dinosaure de ma DVD-thèque, Boulevard du Crépuscule.

Crépuscule d’une idole du cinéma muet qui confond la reconnaissance et les feux de la rampe avec l’amour, lente résignation d’un futur-ex jeune loup d’Hollywood à s’enfoncer dans un rôle qui le frustre, relations sentimentales axées sur la domination et la souffrance… j’avais oublié combien l’atmosphère de ce film de Billy Wilder est merveilleusement étouffante.

L’œuvre est truffée de moments courts mais fulgurants : la partie de bridge entre les vieilles stars muettes, dont Buster Keaton ; l’orgue du salon qui gémit avec le vent, Cecil B. DeMille expliquant avec compassion les ravages que peut occasionner la célébrité sur l’équilibre mental ; un tango tout aussi étonnant que celui de "Certains l’aiment chaud" mais pas vraiment dans le même registre ; Erich Von Stroheim en larbin dévoué, Gloria Swanson régnant sur son manoir fantôme et baroque tout de dorures et de panthère tapissé, et le chimpanzé aussi… dans la galerie, aucun personnage n’est naïf (à part peut-être une fille, un peu), tout le monde fait semblant avec brio, et le film est plus imbibé de cynisme qu’un baba de rhum.

On y retrouve, comme pour "Fenêtre sur cour", Franz Waxman derrière une musique qui s’impose dès le générique : trépidante, grinçante, et tout aussi grimaçante que le personnage de Norma Desmond avec ses mimiques caricaturales. Et bien mieux que tout mon baratin, en guise de teaser, le générique et la première scène.

Binaire

Enfin le grand retour des basiques de saison au pays de la saucisse !

Soit tu subis le vent qui rend fou, soit tu optes pour le déguisement de femme-grenouille dans lequel tu t’emmitoufles jusqu’au cou (car aujourd’hui les précipitations refusent de rester au même niveau que les rimes). Soit l’un soit l’autre, donc : tapez 0 pour la migraine et 1 pour la crève (pourvu que personne ne vote pour le 101010 !). Quant à moi je n’ai pas le choix, je suis obligée d’opter pour le primaire d’une marche militaire à la fin du deuxième acte cet après-midi.

Et toi alors, tu es plutôt binaire ou plutôt 8bits ?