Ludwig Van Ciccone

Le baromètre de la niaiserie est formel : ça sent la fin de saison et la fatigue de fond. Ça sent aussi la dernière ligne droite en forme de grande tournée intercommunale interdépartementale du coin. Et puis j’ai mal dormi, hier soir pendant la répétition j’avais faim, faut que j’aille chez le coiffeur et le chat a vomi sur ma copie.

Je dis tout ça parce que je sens bien qu’il me faut des excuses piteuses et lamentables au raccourci que je m’apprête à faire, au sacrilège (à chacun d’en déterminer la victime selon ses goûts) que je suis sur le point de commettre.

On est bien d’accord qu’il ne s’agit pas d’une affaire de style, car même dans le final de sa 3ème Symphonie (qui est bien plus fou-fou que la magnifique Marche Funèbre de l’Adagio), on ne saurait qualifier Ludwig de sulfureux. Badin, éventuellement, allez (c’est les soldes, derniers jours et promotions sur des tas d’adjectifs sympas).

Mais on n’y peut rien, c’est comme ça, ça n’est qu’un constat : entre Ludwig Van et Madonna, il n’y a qu’une lettre.

Et ne vas pas dire que je suis vraiment très nulle au Scrabble (de toute façon c’est vrai et je m’en fous car je joue pour jouer, moi, madame) parce que tu ne vois pas le rapport. C’est pourtant évident (surtout pour ceux qui lisent de travers, suivez mon regard louche) : il n’y a qu’un T entre la 3ème symphonie, dite Eroica de Beethoven, et un tube qui figurait en 1992 sur un album (qui ne me fascine pas trop) de Madame Ciccone.

Après cette intervention minute totalement capillotractée et dispensable, je retourne essayer de me réveiller. Pardon, hein, et bonne journée quand même.

L’armée des ombres

De la zombitude des choses…

J’avais oublié que revenir jouer aux Chorégies d’Orange revenait à signer à ce point un pacte avec la nuit. Que ici pendant ce festival c’est elle qui décide de tout, et qu’elle te fait commencer tes journées au plus tôt à 18h30 pour les achever au plus tard vers 1h00 du matin, travail sur les éclairages oblige. Sur le papier, c’est un peu comme les machins que tu signes avec ton sang, ça a l’air sympa, tu te dis que ça te laisse la journée pour batifoler avec les cigales dans la piscine tout en descendant du muscat dans lequel tu trempes tes maquereaux grillés avec délectation. Fatale erreur 404 !

La vérité, c’est que la musique demande un peu plus d’investissement qu’un vautrage canapé et que nous autres saltimbanques, quand nous posons nos fesses devant notre pupitre, sommes soumis à une velléité de perfection qui puise violemment dans les réserves d’énergie. C’est toujours pire pendant un opéra parce que le chanteur est une espèce volage et inconstante, et que pour coller à son envie musicale du moment il faut avoir en permanence l’œil scotché au chef et des oreilles de 25 km de diamètre.

Et quand c’est l’Égypte qui déferle avec Aïda sur la scène du théâtre antique, ça signifie qu’il faut faire face à 3h de concentration aux sourcils froncés, dont il est impensable de sortir pour aller directement sous la couette. Conséquence inévitable : coucher chaque jour entre 2 et 4h00 du matin, lever pâteux en fin de matinée et décalage décalqué pour tout le monde. Notre maison est peuplée de plus ou moins zombies plus ou moins incapables de s’adapter vraiment à un sommeil de jour. Et comme le téléphone n’y sonne jamais pour nous sortir de notre torpeur (la petite maison dans la pinède est technologiquement coupée du monde moderne), le temps y passe mollement et chaudement tout en douceur et en glanderie aphasique.

D’où quelques dégâts collatéraux. Par exemple l’incapacité à mémoriser le fait que la plomberie a été arrangée par un facétieux qui a systématiquement mis l’eau froide à gauche et l’eau bouillante à droite. Ou que le mûrier devant la maison a une branche basse qui se jette facilement sur ton crâne quand tu vas chercher le café, le fourbe. Donc aujourd’hui, la larve que je suis a en plus mal aux cheveux, et ça n’est pas du tout ce qu’on croit, le comble !

Sinon, notre Aïda est diffusé ce soir sur France 2 (bande annonce de JT ici). Moi je ne suis pas du tout convaincue par le casting vocal, mais soyons fiers et égoïstes : les critiques (clic clic) trouvent que l’orchestre assure, si c’est pas l’essentiel !

C’est Diana Ross qui va être contente !

Car aujourd’hui j’ai un peu le upside down parce que “boy you turn me inside out and round and round”, tu vois. C’est fou : c’est toujours quand tu es certaine d’avoir bien verrouillé la porte du placard au passé, et que tu te frottes les mains en regardant devant toi, que la serrure pète et que tu te prends tout dans le nez. Bon là, malgré tout c’est resté léger.

Mais c’est surtout le fait de voir ressurgir deux fantômes le même jour qui m’a un peu retournée. C’est qu’ils s’étaient donné le mot, les bougres. Donc ne sortez plus le 22 juin, non seulement il fait un temps de merde, mais en plus il y a des spectres qui flottent dans l’air. Ceux des bons souvenirs côtoient ceux des illusions envolées dans un grand bal sponsorisé par Radio Nostalgie, où  la mémoire des sens danse avec la culpabilité, le bonheur aveugle drague la belle inconscience, et la réalité traîne déjà ses guêtres avec la subjectivité… mais quel cirque ! Comme si j’avais que ça à faire aujourd’hui que d’avancer comme un zombie ?

Non, non non, ça va pas se passer comme ça. Ce soir je dois jouer baroque en concert enregistré sous le nez du chef, et rien ne me gâchera ce beau moment (moi aussi je rêve d’avoir mon Bach !). Alors un bon coup de pied aux fesses de mon énergie en forme de bande annonce de nanar. Et hop, au boulot, non mais ! (je viens de mettre les Ghostbusters définitivement en retraite)

The Black Keys, Howlin’ For You (entendu dans Limitless, Funambuline en cause , même que grâce à elle j’ai aussi passé une plutôt bonne soirée).

Lady Gaga mérite des gifs

J’aurais dû me méfier et ne pas prononcer son nom hier soir, même à la légère, car on dit de certaines harpies que leur ouïe est fine et que leur vengeance frappe sans pitié…

À ma décharge, comment aurais-je pu prévoir que celle que je n’avais jusque là entrevue qu’en photo (déguisée en entrecôte), ou peut être 30 secondes en vidéo, allait me tomber dessus violemment au moment où j’ai arrêté mon lecteur DVD, me faisant ainsi choir brutalement du paradis cinématographique dans l’enfer façon Meuh 6 ? J’ai pris peur, j’ai été vilaine et la sorcière m’a punie à coup de GMI (Grande Méchante Insomnie). Après trois pauvres heures de sommeil, et par peur de ne pas tenir le choc si la chose se reproduit cette semaine (qui ne contient rien qu’un dîner où il faut se maîtriser un peu et trois concerts) , j’ai donc décidé de demander à la lune pardon à la dame.

Chère Miss Neuneu Lady Gaga, je te prie de m’excuser pour mes propos d’hier. Non, tu n’es pas effrayante, j’admire même ton goût vestimentaire très sûr. Il est même probable que je te demande où tu t’es procuré ce jus de schtroumpf que tu as utilisé pour teindre ta perruque. On te dit vulgaire et trop dénudée, mais tu as bien raison : quoi de plus naturel que de montrer ses fesses pour vendre de la bouse ? Et puis c’est très ingénieux et du meilleur goût de porter un string par dessus son collant pour l’empêcher de descendre, moi je n’y aurais jamais pensé.

Mais ce qui chez toi m’a touchée hier plus encore que le reste, ce sont la grâce de ton absence de graisse (tu as des très beaux os bien saillants), et tes talents de danseuse adaptés à tes chorégraphies sublimes et délicates.


(oui, en ce moment, je tricote des gifs)

Lost, septième saison exclusive

Foirer mes grasses matinées de lendemain d’opéra en me réveillant de manière inexplicable toujours aux mêmes heures (07:49 et 08:04) depuis plusieurs jours m’a amenée à une conclusion logique : le destin me parle, je vois des symboles partout, j’en suis maintenant persuadée, il ne s’agit pas d’une simple obsession numéraire qui pourrit mon sommeil.


La vérité, c’est que le vol 815 d’Oceanic Airlines a atterri chez moi, que je vais bientôt jouer au loto et vivre en marcel au soleil toute la journée sans jamais attraper le moindre coup de soleil ni me faire bouffer par les moustiques. Je suis parfois poursuivie par un ours blanc, et je surveille d’un œil angoissé le cube maudit sur lequel défilent des chiffres mystérieux. Le grand ordinateur maîtrise pour l’instant les attaques de la fumée noire (encore heureux, elle est neuve, cette chaudière) mais au cas où je peux toujours essayer de me cacher derrière mon bonsaï. Après un bain, je me prends aussi à méditer sur le poids du destin en contemplant les mouettes, je me rappelle que dans une autre dimension  j’ai été grand gourou mystique de l’ordre de l’initiative Dharma. Les Autres ont un chef qui a l’air un peu bizarre, je n’arrive pas à cerner si c’est un gentil ou un méchant et si je peux lui faire confiance.

Je ne sais pas, je ne suis plus, je suis perdue, je joue à Instagram (pic et pic et colegram), je me fais un film, je divague juste un peu. Je crois bien que j’ai chopé la crève que mes collègues me crachent dessus depuis dix jours…

Game Over

Eh oui, fini de jouer : tout à l’heure, après le dernier clap de main vers 23h00 , sonnera l’heure du début de la retraite de Russie Paris. Ce séjour fut rude, mais je ne pourrais pas dire que je n’avais pas été prévenue dès le départ.

J’aurais donc totalement succombé aux charme persistant des “Fiançailles au couvent” : après avoir passé un bon mois passé à bosser, apprécier et jouer l’œuvre, je l’ai maintenant si bien incrustée dans ma tête que je me la rengaine  en boucle involontairement 24/24. Je me suis probablement déjà donné au moins 20 représentations privées à moi-même (satanée mémoire d’éléphant !)…

En revanche, malgré les pressions exercées par Zakaria le Ténia et la femme bien-dépensante que je suis, mon porte-monnaie a su rester de marbre devant le Saint-Supplice infligé par certaines associations de malfaiteurs (enfin presque, mais on a dit que le renouvellement de mon shampoing et de mon baume pour les lèvres favori ça comptait pas).

Ce séjour eut beau être glacialerie, insomnification, microbage et grisure, moi je m’en fiche : je m’étais trouvé un très joli et douillet coin de bleu.

Et puis en plus je commence d’ores et déjà à sentir le soleil des Antilles me caresser le dos, alors je souris, c’est dingue comme je souris… Et sinon, en parlant de visage pâle et de tout blanc, les White Stripes se séparent, ça nous fera du joli bruit en moins et c’est dommage…