L’intérieur du décor

Pour commencer mon petit aperçu de l’île de Santo Antão, j’ai choisi le tout petit bout de la lorgnette, le kitsch le moche et le foireux (que je trouve personnellement plutôt poilant), à savoir la conception locale de la décoration.

Un peu comme ce héros grec, là au-dessus, qui au lieu de chanter Carmen en décrassant nos carrelages, trône au milieu de rien déguisé en extincteur. Ou comme cette lampe de chevet, résultat de l’union contre-nature d’une méduse amatrice de dentelles et d’un lustre vénitien.

Dans la série des beaux amalgames (majeurs, évidemment, arf arf), ce merveilleux et authentique Déjeuner sur l’herbe arrêtant Louis XVI à Varennes devant la Tour Montparnasse.

Au rayon régressif, des “images qui bougent” en grand format (j’étais restée aux vignettes qu’on pouvait collectionner sur les pots des yaourts Mamie Nova). Impossible de capter les chutes du Niagara à cause des reflets, mais donc voilà deux spécialités locales : les ours polaires et la Tour Eiffel. Si quelqu’un me les trouve et me les envoie il gagne un truc (je sais pas encore quoi) et ma reconnaissance éternelle parce que je veux les mêmes ou je pleure.

Bon, quand même au Cap Vert ils sont un peu geek parce que eux aussi ils fabriquent des vidéos de chatons, sauf qu’elles sont tricotées à la main.

Et puis et puis… la moquette moche frappe toujours là où on ne l’attend pas. Là, elle s’étale, colorée, synthétique et à poils bien longs et électriques sous les pare-brise d’un nombre effrayant d’aluguer (taxi collectif). Rouge, verte, rarement blanche ou bleue mais souvent or-moutarde, la pelure en polyester règne en maître dans les véhicules. Je n’ai pas eu le réflexe de commencer la collection d’images assez tôt (les ânes sont épargnés par le phénomène, et ce sont eux que nous avons rapidement croisés le plus souvent sur les chemins), mais donc, tadaa :

Et oui, c’est promis, la prochaine fois je t’emmène dehors.

Les aventuriers de la moquette moche perdue

Oui, je ne fais que passer, car cette semaine, mon troupeau en petite tournée et moi-même passons un certain temps (voire un temps un peu trop certain) dans les transports divers (avion, train, bus, char à bœufs). Voilà qui laisse peu de place aux batifolages virtuels et qui mange bien mon carburant. Je n’ai même pas réussi, lors de cette courte escapade de moins de 24 heures au pays des vaches Cailler, à aller dans une Coop acheter du chocolat, c’est dire ! J’en suis encore toute retournée de dépit, car être magnifiquement splendide sur scène comme à la vie selon l’expression con-sacrée ne console pas de tout (ma modestie me perdra).

Mais je n’ai pas pu attendre le retour tout prochain à la maison : je suis venue exhiber un trophée polyestéro-laineux qui se fait rare en ces temps où les parquets et les poils neutres sont devenus tendance sous nos petons de voyageurs. Eh oui, il est loin, le temps des moissons généreuses, ma collection de mondiales moquettes moches d’hôtels déprime. Donc ce soir, en guise d’histoire à dormir debout pieds nus, je suis fière de vous présenter celle-ci, actuellement en direct live sous mes chaussettes. Plus kitsch que vraiment moche (quoique) mais en tout cas douloureuse pour les yeux. Bon sang, avec cet Arlequin sous le nez, je vais finir par rêver de la Compagnie Créole, moi…

L’insoutenable légèreté du hérisson

[Intérieur nuit. Une voix dans un haut parleur lointain annonce "Dijon, Dijon : stationnement réduit !"]

Rester peu de temps dans un cercle familial récemment agrandi est, je le découvre, un genre de voyage dans le temps : on perd à la fois un temps fou en gâtisme profond, en bonheur facile et sans questions, en contemplation ébahie et en gazouillis. On s’attend des siècles aussi. Et soudain, de rien en rien, viendra très vite le moment où je pleurerai que ces précieux instants ne se sont pas suffisamment distendus à mon goût… mais il me reste encore un jour et demi ici, que je boirai jusqu’à la lie, foi de tata alcoolique épicurienne !

Et si le temps a ici et maintenant acquis une drôle d’élasticité, que dire des lois élémentaires de la physique. Voilà 6 ans que je n’avais mis les pieds chez Edward Needlehands, ce sont les insomnies des contractures qui ont songé à l’appeler à la rescousse. Avant lui, au siècle dernier, pour moi l’acupuncture c’était ça :

Cet homme… j’avais oublié son pouvoir sur mes sensations, et tout spécialement celles de la pesanteur. Quand, après m’avoir transformée en pelote d’épingles (je l’ai entendu déchirer au moins 5 ou 6 sachets d’aiguilles pour jouer à pique et pique et colegram un peu partout), l’homme m’a laissée mariner dans mon hérisson-attitude pendant une demi-heure, les poids ont étrangement perdu toute leurs mesure.

Pas un bruit à part le chant du merle et la cloche de Notre-Dame, pas d’autre température que celle de du sang que je sentais bizarrement chaud et actif les piqûres… et soudain, de manière inexorable,  le corps a molli, d’abord par à-coups. Puis chaque respiration l’a rendu plus lourd, les points de contact avec la table de massage se sont multipliés, étalés. Et pendant que le corps gagnait en détente pesante, l’esprit, lui, s’envolait, aspiré par le blanc du plafond, et disparaissait dans une espèce de néant lumineux et irréel. J’ai vu une quantité incroyable de trucs bizarres, et je ne suis pas sûre d’avoir dormi pour autant. Et quand j’ai vu le temps qu’il me fallait pour retrouver la vraie conscience du poids de mon corps sur mes pieds, je n’ai pas pu m’empêcher de repenser aux histoires de champignons narrées par Martin Suter dans La face cachée de la lune.

Je me demande de quoi seront faits les rêves cette nuit…

A pumpkin is born

En vrac, je dirais que voilà bien longtemps que je n’avais vu Paris aussi gris et mou. Est-ce parce que pour la première fois en… ouh… (6 ou 7 ans ?) je ne ferai pas qu’y passer en courant d’air ? Est-ce parce que mon corps et ma tête crient “vacances !” si fort que je n’entends que le cri de la langouste sur la plage à l’ombre des cocotiers (J-11) ?

Je n’ai rien prévu de voir ou de visiter, pas encore, et ça me ressemble peu. J’ai rien à faire, chais pas quoi faire, et je bouge moins vite qu’un paresseux qui sieste. Alors si, je suis installée dans mon studio aux Citadines. J’ai pris grand plaisir à faire mon nid : il est si rare de bouger pour l’orchestre sans la perspective de devoir remballer chaque jour la valise maudite pour changer d’hôtel ! Du  coup, je me sens un peu paisible, méditative et casanière, comme le félin familial si joliment saisi par môman…

(oui, quand on ne peut pas emmener sa déco et que c’est dommage, on se rappelle des choses qu’on aime…)

La grande amatrice de moquettes improbables que je suis est un peu déçue par le revêtement du sol : ce n’est pas ici que mes pieds fouleront un monument de kitscherie. En revanche ce sont mes fesses qui sont gâtées, mais je ne l’ai découvert que ce matin en repliant le canapé-lit (car tout comme le carrosse de Cendrillon, le jour mon lit redevient citrouille).

Gros plan sur le tissu (Valérie Damidot n’a qu’à bien se tenir) : a style is born !

Si ce truc ne finit pas par me dissuader de glander, on saura que je suis vraiment incurable…

Attention les yeux !

Ça va être aussi foudroyant que laid.

Hop !



Juste histoire de changer des moquettes… ceci est une banquette qui fait tapisserie. Nous sommes ravis de savoir que la grand-mère de l’inspecteur Derrick fabriquait des tissus d’ameublement.

Mannheim Mannheim (toup toup, tou dou dou)

Deux jours de pause, tout le monde descend !

Rhââ ( cri d’extase façon Marge Simpson )

Je n’ai pas trop compris où sont passés les derniers jours, je crois que les temps sont un peu sortis de leurs gonds. Et je mets « temps » au pluriel, car je pense non seulement à la météo, mais au tempo de nos vies de musiciens qui se décale, se raccourcit et se distend à la fois. Même Igor et Grichka Bogdanoff n’y retrouveraient pas leurs mentons leurs petits : les nuits sont ridiculement courtes, les siestes encore plus, et les journées plus trépidantes que celles du lapin blanc d’Alice. Côté chronomètre toujours, j’ai du investir l’équivalent d’un bras dans une connexion ouèbe qui m’oblige à garder un œil et demi sur le compteur.  Ce qui à la longue peut faire faire plein d’économies sur les lentilles de contact, mais donne comme l’impression de ne plus être que la moitié de soi-même.

Avec toute cette pression, comment voulez-vous ne pas succomber à la bière ? *

Jouons un peu à « Si vous avez manqué le début », donc. Depuis son départ de Toulouse, mon Splendide Grand Orchestre a traîné ses oripeaux sur 1710 kilomètres, dont 538 en bus, et a donné quatre concerts d’affilée, réjouissant ainsi les oreilles ( probablement dures ) d’un nombre indéterminé de personnes du troisième, voire du quatrième âge. Car le public allemand, pour l’instant du moins, n’est pas de première main. Il me semble même y avoir aperçu l’actrice qui jouait la momie dans le dernier épisode de Scoubidou, c’est dire …

Et que vîmes nous d’autre ?

De belles et grandes orgues aux allures de croquemitaine à Essen.

A Düsseldorf, j’ai chanté « I’m singing in the Rhin » devant une vue si grise que j’ai eu du mal à trouver la ligne d’horizon. J’ai adoré leur façon de planter les palmiers, la moquette façon « mon petit poney s’est déguisé en effet Doppler » et ai renoncé à l’expérience du jus de chat.

Pendant trois heures, nos bus ont fait du chasse-neige industriel sur la route de Mannheim.

Contrairement aux apparences, ces photos ne sont pas en noir et blanc. D’ailleurs hier, ils nous avaient remis la couleur, mais heureusement, le brumisateur de grisouillis est à nouveau en service depuis ce midi.

M’en fiche, je carbure aux UV sonores en ce moment, grâce au Sieur Devendra Banhart et sa barbe, qui est seulement un poil moins folle que lui… finirai probablement encore plus grillée qu’une Wurst en dedans ! Tschüß et à plüß !!

* Comme dirait l’autre, ceci n’est pas un prétexte.