Variation en dodo majeur

Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le dodo.

Non non, on a dit le dodo, le Raphus Cucullatus, quoi.

On pense toujours que tout a été dit sur cette brave bestiole, comment il  a vécu, comment il est mort ( ça vous a plus hein, vous en demandez encore ), de quoi il se nourrissait, et même à quoi pouvait bien ressembler la bête cuite façon méchoui. Personne ne saura nous dire si la chair de ce cousin du pigeon était tendre, mais une seule chose est sûre : elle était faible.

En effet, les spécialistes le disent : le dodo, bien que d’un naturel rêveur et naïf, abusait facilement des confidences sur l’oreiller. Car oui, malgré son apparence dodue, un peu biscornue et pas forcément très sexy, le volatile était un chaud lapin. Conscient de son potentiel séduction à peu près aussi élevé que celui de ses copains les lamantins, les lottes, les tapirs ou les ornithorynques, le Dronte de Maurice savait déployer des trésors de créativité pour séduire. Et la proximité de l’Inde allait lui fournir une lumineuse idée d’art à explorer, à perfectionner et à maîtriser. À force de trottiner au ras du sol sur leurs pattes mi-courtes, de boire des lassi et de se goinfrer de ladoo, les dodos décidèrent que leur nom lui-même était un signe du destin et se lancèrent à corps perdu dans la musique, ainsi que dans la danse qui allait avec. Oui, un beau soir, sur la plage face à l’Océan Indien, les mâles et les femelles de l’espèce mauricienne firent le serment que le chant et la danse deviendraient leurs armes fatales de séduction.

Les archéo-ornithologues sont formels : les deux sexes excellaient dans les deux disciplines, atteignant de telles extases lors des parades que ça les rendait d’humeur torride. Bon, on sait aussi que les bestiaux ne crachaient pas sur une certaine boisson à base de brisures de cannes à sucre macérées et fermentées : elle les aidait à se délier le bec et à pousser les plus belles mélopées. C’est ainsi que nombreux œufs furent conçus, à l’abri des palmiers et des palétuviers, dans l’ivresse, la musique et les volées de plumes.

Non, ce ne sont pas des élucubrations. D’ailleurs,  Lewis Carroll et Pauline Carton furent parmi les premiers à nous rappeler l’irrésistible attirance du dodo pour l’activité physique.

Le meilleur témoin des rituels de séduction de l’oiseau reste le cinéma indien : on y trouve régulièrement des retranscriptions complètes de parades amoureuses. Par exemple, ci-dessous, le mâle ( Shahruckh Khan dans le rôle du dodo principal ) présente son futur nid à la femelle. Il s’est entouré de ses amis pour rendre l’endroit attirant. Il va même jusqu’à braver le code de la route du rut et à faire le couillon sur le toit d’un bus pour lui vanter les mérites de sa tanière, et lui promet des plumes de toutes les couleurs ainsi que du blé à perte de vue. Un classique, donc.



Quant à la danse d’apparat de la dodeline ( ici, Rani Mukherjee ), elle est ici spécialement somptueuse : la belle caquète un peu avant de se parer de voiles, de maquillage de fête, et de danser. En revanche, sa prestation nous apprend que quand on en fait des caisses, on n’est jamais certaine du résultat, et qu’on peut perdre son cœur de pirate pigeon dans la bataille.

Tout ceci nous apprend aussi que nos comportements amoureux sont terriblement influencés par les meurs volatiles d’un oiseau empaillé. Ce genre de nouvelle pouvant provoquer des rêves étranges, je vous souhaite une très belle nuit. En dansant.



Voilà, cette conférence sur les ébats nocturnes des animaux disparus vous était proposée par Chouyo. Elle aura nécessité la vision des deux Bollywood en 3 jours, à savoir le bien mélo mais engagé Veer Zaara, et une très improbable mais hilarante version exotique d’une nouvelle de Dostoïevsky nommée Saawariya. Je vous jure que ça laisse des traces… et quelques larmes de rire sincère. Un jour on m’expliquera pourquoi, dans la même chanson, on doit absolument montrer du colza, les pyramides, l’Autriche et les ruines d’une abbaye irlandaise. Pas pour que ça change, mais juste pour essayer de comprendre…


Scoop

On dirait que c’était une édition spéciale d’Ici Dimanche ou de France Paris avec plein de morceaux d’infos inédites à deux brouzoufs dedans.

Il y a quelques jours, la fille m’a frappé d’un tag en plein blog :

Le jeu, c’est de déballer du scoop,  de l’ignoré du lecteur, et sept fois en plus.



© Pour commencer, je sais que certains seront déçus, mais donc : non, je ne suis pas Scarlett Johansson. Je suis juste bien mieux et ma merveillance n’a pas d’égal. En plus, franchement, ce sourire benêt c’est pas possible. Scoop n°1 : il m’arrive de trichouiller, mais jamais pour les choses vraiment importantes.

© J’ai fait de la danse classique, d’abord de 8 à 10 ans, puis de 18 à 23 ans. Ça m’a permis, entre deux courbatures, de mieux comprendre une des raisons de mes multiples gourderies. Car non seulement, j’ai du mal à évaluer les dimensions du véhicule, ( aka mon corps de rêve ), mais surtout surtout surtout… j’ai un sens de l’équilibre déplorable. Tomber de ses pieds, c’est ridicule, mais tomber de ses pointes, ça fait beaucoup plus mal. → Scoop n°2 : il existe des photos d’un gala à thématique “Mille et une nuits” sur lesquelles je brandis triomphalement un serpent en peluche le nombril à l’air. Ne fantasmez pas, elles sont cachées dans un hangar sécurisé, juste à côté de l’Arche d’Alliance.

© Je suis craquante. Croustillante, aussi, mais craquante. Du genou essentiellement, et quasiment à chaque flexion. → Scoop n°3 : les mâles sont des êtres facilement impressionnables, j’en ai déjà vu un au bord de l’évanouissement à cause de ce crac-crac là.

© J’ai déjà eu le mal de mer sur un pédalo, et violemment en plus. Ma seule consolation, c’est qu’on était deux. → Scoop n°4 : blurgh.

© Il parait que j’ai ce qu’on appelle l’oreille absolue, comme la vodka du même nom. Je suis donc un monstre de foire. → Scoop n°5 : je viens de réaliser qu’en théorie je devrais être capable de jouer juste tout le temps. Maintenant je pleure.

© J’ai une mémoire musicale terrible, je suis un quiz ambulant, mais hélas sans aucun bouton de sélection du type “grosses daubes s’abstenir”. → Scoop n°6 : je peux te chanter le générique de “Creamy, merveilleuse Creamy” comme si je l’avais entendu hier. Maintenant, c’est toi qui pleures.

© J’ai été catholique et cleptomane au même moment de ma vie, et je trouve ça très drôle. Scoop n°7 : je brûlerai en enfer et c’est tant mieux, voilà au moins un endroit où je suis sûre de trouver à boire. Pour fêter ça, une non vidéo adéquate , et donc non aquatique :

LCD Soundsystem, Drunk Girls.


Je suis curieuse de savoir si Madame Kevin accepterait de jouer avec moi …

Des choux et des roses

C’est le non-scoop annuel cyclique et récurrent: un volcan se teint ( en blonde ), la nature s’éveille, et Vivaldi envahit les répondeurs téléphoniques à coup de pizzas quatre-saisons.

En un mot, c’est le printemps.

Je m’en fus donc gaiement fêter l’heureux avènement de manière bucolique  et gastronomique au milieu des fleurs. À Belbèze ( oui, j’avais oublié de préciser que c’était une soirée romance aussi ). C’était aussi beau que bon, et du coup, je me suis pris pour une japonaise devant les pyramides du Louvre et d’Égypte, j’ai mitraillé. Notre cuisinier avait décidé que les fleurs de viande des Grisons ne porteraient pas de fruits, et que les rondelles de panais ne seraient pas de saison ( car, c’est bien connu, la rondelle ne fait pas le printemps, et oui, j’ai encore léché un Almanach Vermot ). Il nous avait donc mis au vert pour le reste du repas. Comme c’est péché de rendre les autres jaloux, je m’arrêterai au descriptif visuel de l’entrée. Telle Azalée, la vache amie de Pollux, j’ai été ravie de me goinfrer de toutes sortes d’herbes et de pois. Note qu’on a même grignoté des pâquerettes et mangé des violettes au dessert, c’était un délice terrible, j’en suis encore toute fleurie dans ma tête !

Et comme le printemps, ce n’est pas que l’éveil de la nature dans ton assiette et pour les abeilles, je te propose d’éveiller tes très tendres sentiments ( pour le reste, on verra plus tard ) avec un des plus beaux slows du monde de la galaxie. Même que je vais l’entendre ce soir en concert * et que je mets tout de suite des kleenex dans mon sac, parce qu’il y a une tempête dans mes yeux en vue.

Schubert, il s’appelle Schubert. Et voilà un extrait de son quintette avec deux violoncelles qui chatouille le do.




* Toulousains, courez-y donc ce soir à l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines à 20h00. En faisant vite, vous attraperez les dernières places.

Quand Mahler fait mon bonheur

Mahler peut me faire l’effet d’un slow gluant sur une adolescente bourgeonnante :

je me pâme, j’attrape en pleurant cette bouffée d’émotions qui m’étreint. Oui, Gustav me transforme facilement en veau, en chair à Kleenex, en nostalgie ambulante, en douleur persistante, en caresse ultime, en cynisme militaire triomphant, en marche funèbre, et/ou en apesanteur extatique. Ce mouvement lent de la 4ème symphonie, c’est un peu comme un douloureux et merveilleux amour dont on est la victime joyeusement consentante. Je sais, il dure 20 minutes, mais c’est de l’extrait de beauté pure. Et après ça, normalement, vous devriez avoir une violente envie de venir vous moucher en live demain jeudi. Vous pouvez aussi garder vos distances et en profiter en direct .


L’ addition*, s’il vous plait !

* Le comble, vu que je suis aussi matheuse qu’un lombric intellectuellement déficient !

Valises sous les yeux

+

Valise à compacter

=

Prise de tête au carré


Tiens, ça me fait penser que je ne dois pas oublier mon déodorant…


Parce qu’une tournée, c’est du travail, de la musique, de la beauté, des émotions et ton âme pure comme un ange qui s’élève au ciel avant que tu meures. C’est un miracle, c’est intense et c’est beau.

Mais avant… avant, garde ton calme et si comme moi, tu as du mal à abandonner chez toi une paire de chaussettes de peur qu’elle déprime, pleure. Mais pas aujourd’hui, non. D’ailleurs, je pense qu’un cinéaste français réalisera d’ici peu un film en mémoire de ce jour exceptionnel qui s’intitulera « Non mon enfant tu pleureras un autre jour »… Car cette fois, exploit remarquable, ma valise fermera ses serrures sur seulement trois paires de pompes. Cette fois, je ne me retrouverai pas à 1h du matin ( voire 3h ) dans la salle de bain armée d’une moissonneuse-batteuse, de cire ou que sais-je pour combattre le fléau velu: c’est fait. L’orditronique est rangé et prêt à être emballé. Ma personne est fatiguée et néanmoins resplendissante du museau grâce à un beau cadeau de la Manu pensante ( et un rosbif d’enfer à midi ). La soupe est prête et je peux espérer disparaître sous la couette avant 23h.

Bref, il va neiger. Après cette prévision météo, vous serez donc ravis que je fichasse le camp.


Ne souriez pas trop, je pense que les hôtels allemands sont équipés du ouèbe, et ont de très vilaines moquettes…

Tirez une carte chance

Bon, je lis à haut clavier, alors, c’est ça?

« Vous exercez un métier qui est un excellent prétexte à la perdition. Entendons nous bien, nous ne parlons pas ici que des fiestas de décompression que vous vous fréquentez après et/ou entre ( mais heureusement pas pendant ) les concerts. En simple répétition, ou en représentation, l’occasion vous est fréquemment offerte de débrancher votre vie au profit de l’art, et d’abandonner cette terre pour les très hautes sphères du paradis ou de l’enfer émotionnel. La drogue c’est mal, mais elle vous est offerte sur un plateau, vous auriez donc bien tort de vous en priver ! »

Par exemple, hier, comme je le pressentais, la Damnation de Faust de Berlioz nous a tous ensorcelés pendant toute sa durée. Une envie de larme a même pointé son nez pendant l’air du Roi de Thulé ( dont je découvre, rigolarde,  qu’il est qualifié de “chanson gothique”… les chanteurs d’opéra devraient ils revoir leur look ? ).

Complètement partie, vous dis-je !