Le chant d’une sereine

Je n’ai pas eu le choix, il a fallu que je coure me l’offrir.

Eh oui, j’ai succombé. À du violon, ce qui est peu fréquent je dois l’avouer, car voilà un instrument qui me rappelle bizarrement mon bien aimé travail, ce qui fait que j’éprouve assez peu le besoin/envie d’en écouter à la maison. Et puis, parce que récemment j’ai évoqué les années durant lesquelles j’ai bu pas mal de bière avec côtoyé Janine à Utrecht, j’ai été traîner mes guêtres sur Spotify pour savoir où en était son palmarès discographique. Sachant comment elle excelle dans Mozart, j’ai été très curieuse d’entendre son Beethoven, car voilà un concerto dont je trouve qu’on met rarement en valeur le romantisme sans en faire des tonnes. Eh oui, ce pauvre Ludwig se retrouve facilement assaisonné à la sauce Panzerdivision… (je trouve d’ailleurs assez lâche de profiter de sa surdité pour en faire un prétexte à massacre à la tronçonneuse). Sauf qu’au bout de trois notes, ça a été fulgurant.

Son interprétation m’a semblé d’une évidence époustouflante, ma mâchoire est tombée sur mes genoux, j’en ai eu la larme à l’œil. Elle a trouvé la balance parfaite entre raison et sentiment : c’est expressif mais jamais dégoulinant, et la sensibilité est simple et facile, d’une beauté qui réussirait presque à me faire taire. En fait, je trouve ça parfait, tout simplement, et en plus, l’orchestre est magnifique. Quant à son Britten… la bougresse, tout ce que je peux dire, c’est qu’elle est vraiment talentueuse !

Pour exemple, voilà les deux derniers mouvements du Beethoven, que je n’ai pas eu le cœur de séparer, puisque qu’on doit normalement les enchaîner.


Grâce à elle, la sérénité du larghetto m’habite intensément depuis ce matin. La sensation est délicieuse, vous devriez essayer.

Vendredi sain

On pardonnera ma lenteur momentanée : je me prend pour une cloche depuis deux jours, et ça tape tape tape.

Oui donc, vendredi dernier, tout comme Gaël en fait, j’ai débuté ma journée en me délectant des joyeusetés proférées par Brigitte Fontaine sur France Inter. Ses piquantes méchantises sarkophobes m’ont d’autant plus réjouie que j’avais constaté, plutôt hilare, que deux des antennes de Radio France ( du moins celles que j’avais fréquentées depuis la veille ), relatant une pseudo interview de la Première Madame avant la dînette du couple impérial avec les Obama, n’en avaient gardé qu’un fort joli extrait, que voici. Alors, attention, c’est foudroyant. La question ( un peu faible, c’est vrai ) devait être un truc du genre “Vous êtes heureuse d’aller bâfrer avec Barack et Michelle ?”. Réponse :


Comme dirait Manu, c’est un peu “quelqu’un qui m’a pas dit”. J’étais si fière de mon couple présidial que j’ai failli m’en étrangler de rire.

Bref.

Avec la visite de M’dame Jo en plus, la journée démarrait joliment. Pour être certaine qu’elle repartirait épuisée, le soir, je lui ai d’abord fait gober mon opéra romantique chéri. Puis je l’ai entraînée assouvir un besoin compulsif de madeleine dans un lieu si secret de ma bonne ville que Gougueulemapsse peine à le localiser. Mais ça doit être pour que les fans de Cœur de Tipiak-Pirate n’arrivent jamais à destination…

Tu réalises un peu plus que tu as pris un petit coup d’âge quand ta soirée est parrainée par Chierie FM… mais qu’à cela ne tienne, ce soir là, point de sociologie de la soirée dansante et d’analyse de la boîte de nuit, point de sarcasmes, juste une transformation en pois sauteur surexcité sur la piste. Alors bon, non, quand même, tu crois pas que je peux garder mes yeux et mal langue dans ma poche, hein ?

La bonne nouvelle, c’est que personne n’était déguisé : pas d’épaulettes, de faux punks ou de trous volontaires dans les collants. Il y avait bien un clone d’Axel Bauer au bar, mais je suis convaincue qu’il portait ses vrais vêtements.  Sinon, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer l’inévitable nana qui a des jambes de cochon et qui du coup dans sa mini moulante noire, juchée sur ses talons, a l’air d’avoir des sabots à la place des pieds. Celle qui danse, comme la reine d’Angleterre, un rigaudon avec le petit doigt en l’air. Le gars qui sait qu’il est beau. Celui qui a oublié son déo, et l’autre, là, qui a un groove terrible, quand même. Les malades mentaux fringués comme des échappés de The Big Bang Theory. Et puis je me suis fait une copine, celle qui avait l’air si malaimable que je n’ai jamais regretté de lui avoir écrabouillé les petons, oh non, jamais. Même si je crois bien que je lui ai bousillé sa ballerine. Mais quelle idée, aussi, de se dandiner nonchalamment au milieu d’un pogo chaussée de pantoufles de vair…

Conclusion : beaucoup donné, bien ri et beaucoup trop braillé. L’ extinction des feux, ce soir là, eut lieu à peu près en même temps que mon extinction de voix. Le bonheur, c’est beau comme émettre des bruits façon “Barry White fait du jodle” à 3 heures du matin bien tassées.

Au ras des fleurs bleues

Боже мой, Боже мой !!! *

C’est qu’il en a des soucis, René ! Et je ne parle pas de celui qui est obligé d’envoyer sa femme Céline crier à Vegas parce qu’elle le rend sourd, je parle du vénérable barbu qui sert de Roi de Provence dans Iolanta . Donc il était une fois, naguère dans les temps jadis, un vieux roi qui a une fille aveugle. Là où on voit que la communication entre parents et enfants a fait quelques progrès depuis, c’est que la damoiselle ( Iolanta elle-même ) n’est même pas au courant qu’elle est atteinte de cécité. Il y a bien un médecin exotique qui propose qu’on lui révèle qu’elle a un léger problème, mais papa René lui fait comprendre que mieux vaut une belle grosse politique de l’autruche qu’une grande douleur. D’autant plus que Robert, le promis, il n’est pas au courant non plus ( là, je dis rien, mais il y a quand même tromperie sur la marchandise, hein ). Mais bon, c’est pas très grave : le Robert de Bourgogne, il s’amourache d’une dénommée Mathilde, ce qui serait affreux si son pote Vaudémont ( en un seul mot ) n’avait pas le coup de foudre pour la princesse. Il lui déclare sa flamme illico, il veut la marier. Papi fait un peu de résistance, mais finit par céder, et là, tiens-toi bien : elle retrouve la vue et s’éveille à la vie au moment où son Veau Des Monts l’initie au bonheur de la lumière et de l’amour.

Je te laisse méditer sur cette parabole subtile.

Bon, je me gausse, je me gausse, mais c’est pour mieux cacher mon trouble devant tant de réussite dans le registre sentimental et langoureux. En vérité, je me régale à chaque fois que je joue ce petit bijou romantique : c’est un moment court, mais toujours tellement lyrique et intense ! La seule ombre à mon tableau ? Comme souvent, le premier rôle, celui de l’amoureux, est chanté par un ténor, et moi j’aime les ténors une fois tous les 15 ans. Heureusement, les airs les plus émouvants, ceux qui hérissent le système pileux de plaisir, sont pour les belles voix graves des barytons. La preuve ?


* Bozhe moi : exclamation réservée aux croyants

Des choux et des roses

C’est le non-scoop annuel cyclique et récurrent: un volcan se teint ( en blonde ), la nature s’éveille, et Vivaldi envahit les répondeurs téléphoniques à coup de pizzas quatre-saisons.

En un mot, c’est le printemps.

Je m’en fus donc gaiement fêter l’heureux avènement de manière bucolique  et gastronomique au milieu des fleurs. À Belbèze ( oui, j’avais oublié de préciser que c’était une soirée romance aussi ). C’était aussi beau que bon, et du coup, je me suis pris pour une japonaise devant les pyramides du Louvre et d’Égypte, j’ai mitraillé. Notre cuisinier avait décidé que les fleurs de viande des Grisons ne porteraient pas de fruits, et que les rondelles de panais ne seraient pas de saison ( car, c’est bien connu, la rondelle ne fait pas le printemps, et oui, j’ai encore léché un Almanach Vermot ). Il nous avait donc mis au vert pour le reste du repas. Comme c’est péché de rendre les autres jaloux, je m’arrêterai au descriptif visuel de l’entrée. Telle Azalée, la vache amie de Pollux, j’ai été ravie de me goinfrer de toutes sortes d’herbes et de pois. Note qu’on a même grignoté des pâquerettes et mangé des violettes au dessert, c’était un délice terrible, j’en suis encore toute fleurie dans ma tête !

Et comme le printemps, ce n’est pas que l’éveil de la nature dans ton assiette et pour les abeilles, je te propose d’éveiller tes très tendres sentiments ( pour le reste, on verra plus tard ) avec un des plus beaux slows du monde de la galaxie. Même que je vais l’entendre ce soir en concert * et que je mets tout de suite des kleenex dans mon sac, parce qu’il y a une tempête dans mes yeux en vue.

Schubert, il s’appelle Schubert. Et voilà un extrait de son quintette avec deux violoncelles qui chatouille le do.




* Toulousains, courez-y donc ce soir à l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines à 20h00. En faisant vite, vous attraperez les dernières places.

Battre le rappel pendant qu’il est encore chaud

Ne pas voter nuit grave à la démocratie.

Voilà, je crois que c’était à peu près tout pour aujourd’hui.

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Ah non, je voulais tout de même partager mon environnement sonore du moment avec d’innocentes oreilles, pour voir les réactions.

Causons dodécaphonisme, voulez vous ?

Pour les flemmards qui n’ont pas cliqué sur le lien, et pour faire court,  le procédé consiste à prendre les douze demi-tons que contient une octave, et à appuyer sur le bouton “random”. Le résultat est atonal, et avec un tel système de calcul ( oui, il y a tout un bazar avec les intervalles ), on se doute qu’on n’obtient pas un produit fini facile d’accès, spontané et sensible à l’extrême. Ceci dit, quand on voit la bobine du concepteur, on sent tout de suite qu’il ne va pas nous raconter la dernière histoire de Toto. Comme je suis une vilaine, j’avoue que je trouve que le petit film que voilu en cause très bien ( en anglais ).



Bon, alors, c’est comme le rayures et le fluo, en total look c’est à mon dégoût totalement indigeste. En revanche, dilué dans du néo-romantisme, avec un bon scénario bien glauque ( Alban Berg excelle dans l’exercice : Lulu et Wozzeck sont des monuments ), pour une atmosphère qui serait plus peinte par Schiele et Kokoschka que par le doux Klimt, c’est bien vu.

Bon, c’est dommage pour moi avec mon sens de l’esthétique ringard : “Erwartung”, c’est de l’essence de pur jus de musique sérielle, et on a quand même l’histoire dépressive avec. Youpi. Je préfère nettement me rappeler que Schönberg a été un jour jeune, non mathématicien, et a composé une “Nuit transfigurée” qui est pour moi une des merveilles les plus bouleversantes qui soit.

Et dont voici le début, hélas coupé en plein vol.


Quand Mahler fait mon bonheur

Mahler peut me faire l’effet d’un slow gluant sur une adolescente bourgeonnante :

je me pâme, j’attrape en pleurant cette bouffée d’émotions qui m’étreint. Oui, Gustav me transforme facilement en veau, en chair à Kleenex, en nostalgie ambulante, en douleur persistante, en caresse ultime, en cynisme militaire triomphant, en marche funèbre, et/ou en apesanteur extatique. Ce mouvement lent de la 4ème symphonie, c’est un peu comme un douloureux et merveilleux amour dont on est la victime joyeusement consentante. Je sais, il dure 20 minutes, mais c’est de l’extrait de beauté pure. Et après ça, normalement, vous devriez avoir une violente envie de venir vous moucher en live demain jeudi. Vous pouvez aussi garder vos distances et en profiter en direct .