J’ai un aveu à faire : je n’aime pas toujours la musique que je travaille et joue.
Avec une aversion particulière pour les œuvres très romantiques et très sucrées : la crème chantilly, je trouve ça indigeste. Voilà donc une semaine que je craignais un peu le concert d’hier soir, avec son Lac des cygnes sans danseurs pour supporter une bande son que j’ai toujours trouvé assez caricaturale, car uniformément déguisée en meringue. Et trop théâtrale aussi. En deux mots, trop trop, quoi.
La cerise sur le gâteau rose bonbon étant la retransmission du concert en direct sur Radio Classique, puisque cela signifie que même si on n’accroche pas au style, il faut donner suffisamment de soi-même pour réussir à servir le gâteau en question à un potentiel public élargi. Un auditoire qui n’a même pas la possibilité de compter les paires de lunettes, les contrebasses ou les archets à l’envers pour se distraire quand il décroche un peu, l’horreur, quoi !
Je me demande toujours à quel phénomène étrange tient le fait qu’un concert dépote comme celui d’hier ou pas. C’est vrai, les instrumentistes qui étaient à découvert (du trompettiste au violoncelliste en passant par le hautboïste, la harpiste et puis notre violon solo, ah, pâmoison !!) ont tous été exceptionnels. Mais en plus, j’ai à nouveau éprouvé cette sensation que nous étions presque entrés en fusion avec notre chef. Oui, hier soir, le patron s’est une fois de plus mué en alchimiste qui a réussi à transformer du sucre en or : légère, tonique, brillante, musclée, sensible, cette musique dont je craignais la pesanteur comme la peste a réussi à nous emmener haut, tellement haut… à mon avis c’est mille fois plus efficace que de fumer des champignons.
Et puis aujourd’hui, nous avons attaqué la préparation d’une pièce que j’ai personnellement classé au rayon des saucissons. Je me raccroche donc au souvenir du plaisir d’hier, je me vautre dedans comme si ma vie en dépendait (oui parce que tout ça c’est bien gentil mais c’est énergivore à en crever, et aujourd’hui mes muscles surmenés crient grâce). Je me promets surtout de ne jamais oublier que décidément, avec ce métier, tout peut arriver.
Du coup, j’en deviens désuète, j’ai même mitraillé mes pivoines façon David Hamilton !

(celle-ci est passée par Tiny Planets)