Grâce à Bulles d’infos, j’ai décidé hier soir de remettre le museau dans une chose à laquelle je n’avais pas goûté depuis… ouuuh, au moins avant 1981, tiens ! Une chose que j’avais d’abord connue toute pitite grâce à mon livre compilant les contes de Perrault : Peau d’âne, recolorisé par Jacques Demy. Par le très petit bout de la lorgnette, voyons donc ce que nous avons là.
Alors ça commence mal parce que j’avais oublié que Michel Legrand faisait partie de la soirée, et moi je le trouve un peu pompeux, Michel. En plus, pour la circonstance il donne dans le néo-classique, donc mon nez se tord… mais finalement, le style colle plutôt bien à l’image, je finis vite par oublier le son. Car il faut dire que du côté de la vue, on en a pour son argent ! Mais donc :
C’est l’histoire du roi des schtroumpfs qui a tout en bleu chez lui, même les gens, sauf son trône qui est un gros faux chat blanc en poil de polyester sauvage. C’est un gros pervers qui veut coucher avec sa fille parce qu’elle est belle comme sa mère. Il a des goûts très spéciaux et ne porte les bottes et les gants mappa que s’ils sont recouverts de paillettes argentées ; oui, c’est un garçon un peu baroque, mais bon, quand même, un sacré cochon. La fille ne vaut pas mieux, parce que si sa marraine La Poinçonneuse Fée des Lilas ne l’envoyait pas se faire voir ailleurs, elle se laisserait volontiers faire en chantant “My heart belongs to daddy” !
Pour calmer ses poussées d’hormones (et pour mieux se taper son père), Madame La Fée la fait s’enfuir dans un carrosse emplumé comme un oreiller allergène pour aller se planquer à la campagne sous la peau de l’âne qui crottait du fric (tu es perdu ? Je me demande comment c’est possible…). Là, la gamine décore son intérieur comme celui de Barbie Pouffeprincesse, sauf que c’est une grosse sale : elle a oublié son déodorant Narta (et ça se voit), et elle néglige son épilation. Heureusement qu’elle est blonde, et que ça ne se voit pas trop, parce que soudain, un prince coiffé comme un playmobil la remarque. Lui, dans son royaume, tout est rouge : pratique pour la demoiselle, ça lui évitera d’autres problèmes d’œdipe. Il est d’un naturel capricieux, et se met à faire tout un caprice pour une tranche de cake. Elle lui envoie un SMS codé sous forme de bague, mais sans ses coordonnées GPS, donc il rame un peu pour la retrouver, mais tout finit bien, en blanc, avec un hélicoptère et un éléphant. On constate que Gustave Doré est nul, parce qu’il a oublié l’hélicoptère.
On l’aura compris, Peau d’âne est un incroyable fatras bling-kitsch plutôt délirant. Au-delà du fait que les standards esthétiques associés au chic ne sont pas vraiment les miens (le baroque de Valérie Damidot au château, ça fait mal), une fois passée l’impression que Jacques Demy ne fumait que de la bonne, j’ai redécouvert un film pour enfants très spécial. La fée dont “les charmes s’affaiblissent” incarnée par Delphine Seyrig est délicieusement provocatrice et sexy, l’inceste expliqué aux enfants en chanson vaut son pesant de moutarde, tout comme la scène de l’essayage de la bague à la fin.
Finalement, la grande croqueuse de conte de fées que je suis y a retrouvé tous les excès de ses lectures : du morbide au trop joli, le réalisateur ne fait finalement que mettre ces atmosphères bizarres en images . Et au lieu de s’aider de la fiction du dessin comme Walt Disney, il le fait avec des vraies gens. Le résultat tient bien la route, même s’il marche moins que droit, même s’il carbure aux champignons hallucinogènes, même si on y enterre les gens dans des bulles de savon. Et je te jure que c’est vrai : c’est une bouche cachée dans le cœur d’une rose qui me l’a dit.
Petit avertissement : non, Peau d’âne n’est pas un film avec Marilyn Deneuve et Yves Marais.










