L’armée des ombres

De la zombitude des choses…

J’avais oublié que revenir jouer aux Chorégies d’Orange revenait à signer à ce point un pacte avec la nuit. Que ici pendant ce festival c’est elle qui décide de tout, et qu’elle te fait commencer tes journées au plus tôt à 18h30 pour les achever au plus tard vers 1h00 du matin, travail sur les éclairages oblige. Sur le papier, c’est un peu comme les machins que tu signes avec ton sang, ça a l’air sympa, tu te dis que ça te laisse la journée pour batifoler avec les cigales dans la piscine tout en descendant du muscat dans lequel tu trempes tes maquereaux grillés avec délectation. Fatale erreur 404 !

La vérité, c’est que la musique demande un peu plus d’investissement qu’un vautrage canapé et que nous autres saltimbanques, quand nous posons nos fesses devant notre pupitre, sommes soumis à une velléité de perfection qui puise violemment dans les réserves d’énergie. C’est toujours pire pendant un opéra parce que le chanteur est une espèce volage et inconstante, et que pour coller à son envie musicale du moment il faut avoir en permanence l’œil scotché au chef et des oreilles de 25 km de diamètre.

Et quand c’est l’Égypte qui déferle avec Aïda sur la scène du théâtre antique, ça signifie qu’il faut faire face à 3h de concentration aux sourcils froncés, dont il est impensable de sortir pour aller directement sous la couette. Conséquence inévitable : coucher chaque jour entre 2 et 4h00 du matin, lever pâteux en fin de matinée et décalage décalqué pour tout le monde. Notre maison est peuplée de plus ou moins zombies plus ou moins incapables de s’adapter vraiment à un sommeil de jour. Et comme le téléphone n’y sonne jamais pour nous sortir de notre torpeur (la petite maison dans la pinède est technologiquement coupée du monde moderne), le temps y passe mollement et chaudement tout en douceur et en glanderie aphasique.

D’où quelques dégâts collatéraux. Par exemple l’incapacité à mémoriser le fait que la plomberie a été arrangée par un facétieux qui a systématiquement mis l’eau froide à gauche et l’eau bouillante à droite. Ou que le mûrier devant la maison a une branche basse qui se jette facilement sur ton crâne quand tu vas chercher le café, le fourbe. Donc aujourd’hui, la larve que je suis a en plus mal aux cheveux, et ça n’est pas du tout ce qu’on croit, le comble !

Sinon, notre Aïda est diffusé ce soir sur France 2 (bande annonce de JT ici). Moi je ne suis pas du tout convaincue par le casting vocal, mais soyons fiers et égoïstes : les critiques (clic clic) trouvent que l’orchestre assure, si c’est pas l’essentiel !

Radio Gaga

C’était un weekend comme une bulle de plaisirs simples, tous gratuits et garantis 100% sans embrouilles (oui, j’ai de la chance : ma famille proche, celle qui compte pour de vrai, permet ce genre de choses). Et j’ai plongé la tête la première, sans envie ou besoin de m’échapper, mais pas seulement à cause de la présence de ma nièce : entre les moments gourmands, les réunions vaisselle dans la cuisine plutôt sympas à cause de la machine en panne, le champagne (encore des bulles), les bouteilles de Bourgogne, et surtout des explorations émouvantes et marrantes dans des vieux albums photos jamais feuilletés, je n’arrive pas à trouver d’ombres au tableau. J’en suis donc rentrée avec une tonne de sourires plein la tête (alourdie d’un kilo et demi de fromage et de jambon en terrine… il est des jours où on apprécie très fort que l’amour maternel s’exprime aussi en protéines qui remplissent le frigo, et là je plaide coupable, hu hu hu…).

Et ma mini Violette de nièce, alors ? Elle nous a tous fondus comme des chamallows, la fourbe, mais je suis quand même fière de constater que nous aurons sûrement beaucoup à nous raconter. Déjà, elle a le bon goût de sourire quand elle entend ma voix de crécelle qu’on dirait que c’est moi la voix du Temps des gitans.

Mais surtout nous avons déjà quelques points communs : une face à grimaces et à sourires, les doigts longs, les mollets poilus duveteux et les pieds fins.

Et puis elle ne pense qu’à dormir et à boire/manger.

Si c’est pas un signe de perfection, ça ?

Sous le soleil exactement #1

Bien, maintenant que grâce à Funambuline et son remède anti-démangeaisons j’ai retrouvé le sommeil et l’usage de mes mains (même si mes jambes ressemblent toujours à une amanite tue-mouche en négatif), je vais pouvoir enfin vous rebattre les oreilles de mes belles belles belles vacances en Martinique. Mais, je le jure, c’est pour mieux vous ensoleiller, mes enfants.

Avec Lucette, on en a vu des choses en arpentant les plages ! Même qu’on en a vu qu’on aurait préféré ne pas voir (oui, messieurs les àpoilistes, évitez de vous vautrer sur le dos au beau milieu des chemins de randonnée côtière, parce que primo c’est bien la peine d’accaparer les jolies plages désertes si c’est pour faire ça, et secundo à ce moment-là, la frontière entre naturisme et exhibitionnisme se rétrécit sauvagement ). Mais surtout, dans les endroits les plus fréquentés, nous avons retrouvé quelques people plus ou moins fictifs en vacances.

Le seul non-retraité de la bande était un Pirate des Caraïbes cherchant désespérément son bateau à l’horizon.

Mais donc, en exclusivité pour vous : Sa Majesté la reine, nue dans son hamac. Attention, toujours avec un chapeau (oui, ok, elle est pas encore en retraite non plus, mais osez dire qu’elle n’a pas l’âge).

On reconnait bien Barbie à ses couleurs fétiches. Mais j’étais loin de me douter qu’elle était presbyte à ce point-là (à seulement 52 berges, si c’est pas malheureux… aucun doute : le rose bonbon, c’est pas juste moche, ça conserve mal !)

Et puis surtout Superman, qui a tombé ses collants bleus mais gardé son slip rouge. Un peu replet, mais en pleine forme, il semble avoir toujours autant de problèmes pour maîtriser sa force. Sacré Clark !

Maintenant je me dis que c’est dommage : si on était restées 2 minutes de plus, on assistait à un meurtre par cocotier !

#Fail d’hiver

Et ce qui devait arriver arriva.

Quand le montant horaire de ton déficit sommeil/oreiller atteint des sommets mirobolesques, ne t’assois pas après ton déjeuner vite fait debout. Oh non, ne pose pas ce café, et ne te dis pas que tu vas reposer tes yeux, tout ça parce qu’ils piquent et que tes lentilles de contact font grève de la limpidité. Non. T’es sourde, je te dis non, ballottine de dinde ! (  je m’enguirlande en caractères gras  ). Car 20 minutes et un SMS salvateur plus tard, tu te retrouves, haletante et hallucinée, à devoir traverser du fond jusqu’au comble de la honte un orchestre qui joue et répète depuis dix minutes déjà.

Tenter d’expier ce grand moment de solitude en expliquant ma sieste intempestive au chef a été la cerise sur le pompon…

Oh ben tiens, voilà justement la Matinée de 18h30 qui passe ! ( comment ça, qui a dit « diversion » ? )


Mannheim Mannheim (toup toup, tou dou dou)

Deux jours de pause, tout le monde descend !

Rhââ ( cri d’extase façon Marge Simpson )

Je n’ai pas trop compris où sont passés les derniers jours, je crois que les temps sont un peu sortis de leurs gonds. Et je mets « temps » au pluriel, car je pense non seulement à la météo, mais au tempo de nos vies de musiciens qui se décale, se raccourcit et se distend à la fois. Même Igor et Grichka Bogdanoff n’y retrouveraient pas leurs mentons leurs petits : les nuits sont ridiculement courtes, les siestes encore plus, et les journées plus trépidantes que celles du lapin blanc d’Alice. Côté chronomètre toujours, j’ai du investir l’équivalent d’un bras dans une connexion ouèbe qui m’oblige à garder un œil et demi sur le compteur.  Ce qui à la longue peut faire faire plein d’économies sur les lentilles de contact, mais donne comme l’impression de ne plus être que la moitié de soi-même.

Avec toute cette pression, comment voulez-vous ne pas succomber à la bière ? *

Jouons un peu à « Si vous avez manqué le début », donc. Depuis son départ de Toulouse, mon Splendide Grand Orchestre a traîné ses oripeaux sur 1710 kilomètres, dont 538 en bus, et a donné quatre concerts d’affilée, réjouissant ainsi les oreilles ( probablement dures ) d’un nombre indéterminé de personnes du troisième, voire du quatrième âge. Car le public allemand, pour l’instant du moins, n’est pas de première main. Il me semble même y avoir aperçu l’actrice qui jouait la momie dans le dernier épisode de Scoubidou, c’est dire …

Et que vîmes nous d’autre ?

De belles et grandes orgues aux allures de croquemitaine à Essen.

A Düsseldorf, j’ai chanté « I’m singing in the Rhin » devant une vue si grise que j’ai eu du mal à trouver la ligne d’horizon. J’ai adoré leur façon de planter les palmiers, la moquette façon « mon petit poney s’est déguisé en effet Doppler » et ai renoncé à l’expérience du jus de chat.

Pendant trois heures, nos bus ont fait du chasse-neige industriel sur la route de Mannheim.

Contrairement aux apparences, ces photos ne sont pas en noir et blanc. D’ailleurs hier, ils nous avaient remis la couleur, mais heureusement, le brumisateur de grisouillis est à nouveau en service depuis ce midi.

M’en fiche, je carbure aux UV sonores en ce moment, grâce au Sieur Devendra Banhart et sa barbe, qui est seulement un poil moins folle que lui… finirai probablement encore plus grillée qu’une Wurst en dedans ! Tschüß et à plüß !!

* Comme dirait l’autre, ceci n’est pas un prétexte.