La Dame du Lac

Quelques instantanés mal foutus en vrac de mon séjour sur le Lausanne-Express, histoire entre autres de remercier tout spécialement et avec une valise de sourires Dame  Funambuline. Par exemple pour les découvertes shopping (clic et clac), le taloz, les gourmandises rituelles

Certaines personnes ont un don pour les plaisirs et la joie de vivre affreusement communicatif, quand même.

Gros postescriptoum : Mdame Jo m’a fait défaut, l’Italie c’est nul.

Hagard hagard

Quelques chiffres en vrac : 3 concerts en 3 jours, 1 perfusion d’adrénaline, 22 heures à Paris, 7 mois et demi (un bien bel âge pour une nièce), 400 grammes de thé, 90 minutes très spéciales au Do Ré Mi, une éternité d’applaudissements, puis seulement 3 bières mais xxx clopes, 8h de sommeil en 2 nuits, 1.4° le matin et 2 brunchs gargantuesques dans le même dimanche histoire de continuer à tenir debout.

Aujourd’hui j’ai la consistance d’un saladier entier de jelly anglaise et le regard pétillant d’une lotte pas fraîche qu’on aurait transformée en statue de sel. Je suis juste bonne pour une énorme marinade dans mon auto-satisfaction professionnelle, un bon bain chaud et/ou ce genre hypnose que voilà.

 

De mes yeux vus

Il y a celles qui ont un nom et qui vendent leurs huitres pour 5.60 la douzaine. Il y a ceux qui ont trouvé le local idéal pour les réunions de l’Amicale des Épiciers Anonymes. Et puis, il y a… le meilleur pour la fin. Bon samedi !
Mes rues sont formidables, non ? (clichés pris avec les pieds en courant dans le quartier de Saint Cyprien à Toulouse).

La montagne, ça vous bat à plate couture


Je me doutais bien que ça ne serait pas le moyen le plus pantouflard  de passer la frontière espagnole, c’était couru… mais pas à ce point-là. Quoi, c’était où exactement ? Au Port de Venasque, tout est expliqué plutôt bien . Figure-toi qu’aujourd’hui, les 1350 m de grimpette que représentent ce circuit se rappellent violemment à moi. Partout partout, bobo là, ouin ouin (la douleur fait régresser, c’est bien connu).

Je me demandait hier en marchant douloureusement comment il était possible de sentir à ce point des choses que l’on n’a pas, à savoir (sueur et tremblement) :

- le fennec (je n’en ai pas, non, je l’ai laissé au zoo), car être trempée de la tête au pieds pendant 8 heures ne sent vraiment pas la rose. Même quand on est magnifiquement belle et propre sur soi à la base, suer pue.

- les muscles, ceux que je néglige, ceux que j’ai si peu malmené cet été en ne faisant que deux promenades légèrement plus conséquentes au milieu d’une flopée de sorties bien tranquilles. Et bien ces petits salopiauds me font payer aujourd’hui ma flemme générale et corporelle sous chaque millimètre de peau : nuque, bras, dos, abdos, hanches, fesses, cuisses, genoux, mollets, pieds, tous et toutes sans exception se prennent d’une furieuse envie d’exister dans la souffrance, et tous se vengent des crampes que je leur ai infligées hier parce que je ne sais pas boire d’eau pendant l’effort.

Je ne me doutais pas qu’en j’en chierais baverais à ce point, certes. Mais pas non plus que les couleurs de fin d’été étaient si belles, même sans arbres pour les feuilles, même sur de l’herbe qui meurt doucement, mais ça devait être dans la dorure du soleil plus roux de l’automne… Que les mélanges entre la terre, le ciel et l’eau pourraient encore et toujours me rendre béate et souriante (aïe, encore des crampes). Comment avais-je pu oublier que quand tu touches au but, l’air d’en haut qui te saoule et te brûle les naseaux parce que tu souffles comme un phoque est la plus merveilleuse des drogues ? C’était mon tout premier coup de Pyrénées (j’avais déjà pris un certain nombre de coup d’Alpes, maison familiale oblige) et j’ai été frappée par la spécificité de cette nouvelle montagne-là.

Et tu sais quoi ? Ça sent la récidive à plein nez.

 

Légèretés du jour

Le nez dans le ciel, aujourd’hui.

En images, via La boîte verte (oui, je suis fan) avec mon idole capillaire et tant d’autres qui sautent en l’air. Jean Seberg par Philippe Halsmann.

Sur grand écran, et même sur fond de dépression perdue du personnage principal, l’impression de légèreté dégagée par la peinture d’un pape qui s’envole dans Habemus Papam de Nanni Moretti. Il y a dans ce film pas mal de très beaux sourires absurdes à dévorer tous crus. J’y ai particulièrement apprécié la gaminerie totale de tous les vieux cardinaux, le sketch avec un acteur de théâtre qui perd les pédales dans un hôtel ; et surtout le plaisir qu’on ressent dans le jeu de Moretti, et la belle palette de cieux qu’on lit dans le regard de Michel Piccoli. Amen !

Et puis joie légère de toucher enfin au but, plaisir de la pétoche… Après un bon paquet de séances de travail passées à décortiquer une œuvre dans tous les sens, voilà enfin venu le moment de la donner au public. Certes, privé (le personnel de la mairie) et par petites touches (on jouera seulement le Sacre), mais nous donnons aujourd’hui les premiers concerts de la saison. Oui, ça veut dire bosser encore un peu à la maison, se concentrer. Mais ça veut aussi dire penser sa tenue de corbeau chic, vérifier qu’on est belle, se mettre en scène, et ça, bénis-moi, la vie, ça fait aussi partie de ce que j’adore dans mon métier. Je crois bien que j’ai dit youpi ce matin en me levant.

Mes années trente

Euh, alors non, quand même, je ne suis pas si vieille, hein. Mais c’est vrai qu’à force de venir chaque été en Savoie en famille, j’en oublie un peu le temps qui passe. Et pourtant… Ça fait trente ans que quand l’odeur de jambon fumé de l’usine Carbone Savoie de Notre Dame De Briançon me saute aux narines, je souris car je sais que je suis bientôt arrivée.

Ça fait trente ans que je regarde les fissures dans les murs de cette vieille ferme avec un genre de vénération admirative : ça tient toujours, et les trous que j’ai un jour colmatés par lassitude de voir le grenier à travers le plafond de la cuisine ne se sont pas agrandis.

Ça fait trente ans que pour la nuit j’éloigne mon lit des murs crépis version sado-maso par la mère-grand en son temps parce que je ne veux plus me réveiller avec les coudes en sang. Et puis que j’ai beau préférer les araignées aux limaces, celles d’ici sont un peu trop transgéniques et trop chez elles pour que je les laisse venir me chatouiller le museau la nuit (même si la féline chasseresse, qui s’est mise cette fois-ci à chasser le moucheron et le moustique avec ardeur, est là pour me défendre).

Ça fait trente ans que dans cette baraque on se demande qui de nous s’éclatera le crâne dans un encadrement de porte le premier. Eh oui, c’est ça aussi, les vieilles pierres : autres temps, autres tailles standards.

Ça fait trente ans qu’on se demande si, cette année le meilleur beaufort est à la Coopé ou chez le fromager.

Ça fait trente ans que j’arpente les chemins du coin en ouvrant l’oeil et les naseaux. Car j’aime beaucoup voir des animaux, certes. Mais j’aime aussi énormément me régaler d’une poêlée de girolles ou de cèpes et me dire que décidément, la gelée qu’on fait avec les framboises d’altitude est d’une saveur intense quasiment inégalable.

Ça fait trente ans que j’oublie de m’étirer après ma première balade de l’année et que le lendemain je me retrouve toute moulue du mollet.

Ça fait trente ans que je viens me perdre dans mon coin paumé et que j’aime ça, et qu’en arrivant ici je me jette systématiquement sur le balcon pour savourer cette vue sur le Mont Jovet et sur les glaciers de la Vanoise, là-bas au fond.

Et de tout ça, franchement, comment veux-tu que je m’en lasse ?