Légèretés du jour

Le nez dans le ciel, aujourd’hui.

En images, via La boîte verte (oui, je suis fan) avec mon idole capillaire et tant d’autres qui sautent en l’air. Jean Seberg par Philippe Halsmann.

Sur grand écran, et même sur fond de dépression perdue du personnage principal, l’impression de légèreté dégagée par la peinture d’un pape qui s’envole dans Habemus Papam de Nanni Moretti. Il y a dans ce film pas mal de très beaux sourires absurdes à dévorer tous crus. J’y ai particulièrement apprécié la gaminerie totale de tous les vieux cardinaux, le sketch avec un acteur de théâtre qui perd les pédales dans un hôtel ; et surtout le plaisir qu’on ressent dans le jeu de Moretti, et la belle palette de cieux qu’on lit dans le regard de Michel Piccoli. Amen !

Et puis joie légère de toucher enfin au but, plaisir de la pétoche… Après un bon paquet de séances de travail passées à décortiquer une œuvre dans tous les sens, voilà enfin venu le moment de la donner au public. Certes, privé (le personnel de la mairie) et par petites touches (on jouera seulement le Sacre), mais nous donnons aujourd’hui les premiers concerts de la saison. Oui, ça veut dire bosser encore un peu à la maison, se concentrer. Mais ça veut aussi dire penser sa tenue de corbeau chic, vérifier qu’on est belle, se mettre en scène, et ça, bénis-moi, la vie, ça fait aussi partie de ce que j’adore dans mon métier. Je crois bien que j’ai dit youpi ce matin en me levant.

Mes années trente

Euh, alors non, quand même, je ne suis pas si vieille, hein. Mais c’est vrai qu’à force de venir chaque été en Savoie en famille, j’en oublie un peu le temps qui passe. Et pourtant… Ça fait trente ans que quand l’odeur de jambon fumé de l’usine Carbone Savoie de Notre Dame De Briançon me saute aux narines, je souris car je sais que je suis bientôt arrivée.

Ça fait trente ans que je regarde les fissures dans les murs de cette vieille ferme avec un genre de vénération admirative : ça tient toujours, et les trous que j’ai un jour colmatés par lassitude de voir le grenier à travers le plafond de la cuisine ne se sont pas agrandis.

Ça fait trente ans que pour la nuit j’éloigne mon lit des murs crépis version sado-maso par la mère-grand en son temps parce que je ne veux plus me réveiller avec les coudes en sang. Et puis que j’ai beau préférer les araignées aux limaces, celles d’ici sont un peu trop transgéniques et trop chez elles pour que je les laisse venir me chatouiller le museau la nuit (même si la féline chasseresse, qui s’est mise cette fois-ci à chasser le moucheron et le moustique avec ardeur, est là pour me défendre).

Ça fait trente ans que dans cette baraque on se demande qui de nous s’éclatera le crâne dans un encadrement de porte le premier. Eh oui, c’est ça aussi, les vieilles pierres : autres temps, autres tailles standards.

Ça fait trente ans qu’on se demande si, cette année le meilleur beaufort est à la Coopé ou chez le fromager.

Ça fait trente ans que j’arpente les chemins du coin en ouvrant l’oeil et les naseaux. Car j’aime beaucoup voir des animaux, certes. Mais j’aime aussi énormément me régaler d’une poêlée de girolles ou de cèpes et me dire que décidément, la gelée qu’on fait avec les framboises d’altitude est d’une saveur intense quasiment inégalable.

Ça fait trente ans que j’oublie de m’étirer après ma première balade de l’année et que le lendemain je me retrouve toute moulue du mollet.

Ça fait trente ans que je viens me perdre dans mon coin paumé et que j’aime ça, et qu’en arrivant ici je me jette systématiquement sur le balcon pour savourer cette vue sur le Mont Jovet et sur les glaciers de la Vanoise, là-bas au fond.

Et de tout ça, franchement, comment veux-tu que je m’en lasse ?

Bacalhau

La morue que je suis est partie recharger ses batteries en sel au fond d’un bien beau golfe (le Morbihan, de Mor : je suis arrivée dans un état proche du décès, et Bihan : non, Samuel n’habite pas ici).

Les amis, le nez dehors et le sport (j’ai fait 30 minutes de vélo et j’ai failli avoir un accident) font que je n’ai malheureusement pas de temps à moi pour aller lire ou commenter ailleurs. J’avoue que ça me manque un peu beaucoup, mais je ne peux pas tout faire : jouer au loup, préparer l’apéro, faire le guignol et assurer la même présence virtuelle que d’habitude. M’est avis que le monde s’en remettra.

Et puis je fais le plein de nourriture spirituelle entre deux algues à coup de magazines crétins qui me proposent par exemple de tester mon Quotient Intellectuel Fashion (cherchez l’intrus), tout ça parce qu’il y a des t-shirts gratuits dedans. Mon rayon connerie fonctionne à pleins tubes, et la corne de mes doigts a déjà ramolli : je crois bien que ça doit être ça qu’on appelle des vacances. Perdue quelque part entre terre et mer, avec si peu de choses qui me rappellent mon quotidien ordinaire, nageant entre deux eaux, l’une plus vive que l’autre… c’est un autre monde, je l’aime, je le respire, je suis devenue son éponge. En bref, je suis bien.

Une fenêtre sur la mer pour la route ?

Tendrement vôtre, sincerly yours et surtout à très bientôt.

Songerie ferroviaire

Roule, roule, petit train, et laisse vagabonder ma tête qui a terminé son bouquin. Et à quoi songe la tête ? Principalement au fait qu’il y a encore peu elle aimait tout maîtriser et prévoir et qu’avec la vie elle a appris à abandonner un peu (mais pas assez) les rênes au hasard ; elle sait maintenant ce que cette attitude peut avoir de confortable (il n’est jamais trop tard) mais que du coup, elle a très peu organisé sas vacances, tiens…
Malgré tout elle se tortille d’impatience heureuse en se demandant si elle aura la joie d’apercevoir une nièce en glissant par Paris la semaine prochaine. Que forcément si la crevette en question tient de son père, elle ne se pressera pas de montrer le bout de son nez et fera le maximum pour faire tourner sa future tante en bourrique.
Et que cette inconnue n’aide décidément pas à la gestion du planning des apéros…

Mais bon, finalement, la tête reste un peu scotchée dans le ciel à la pensée de cet heureux événement. Elle se dit aussi qu’elle aimerait que cette petite naisse un jour de beau temps, parce qu’il n’y a pas que les chats que la caresse d’une lumière chaude fait sourire en plissant les yeux de plaisir…

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Ah, terminus : Dijon, tout le monde descend !

Sous le soleil exactement #2 : répondeur

Bonjour, je serai aux abonnées absentes ce weekend. Mais je vous laisse avec un souvenir de rêvasserie doublé d’un exercice de relaxation sourire :

Imaginez-vous allongé sur un sable fin doré. Oui, vous avez fui la joyeuse agitation populaire du dimanche, et ces jeunes autochtones qui organisent des pique-niques/barbecues en amenant des sonos et des tables de mixage pour fêter leur jour de repos en dansant dès le matin. Vous avez fui les douces odeurs de la cuisine des lolos, les petits restos de plage locaux, vous êtes plus loin, là-bas au fond de l’anse des Salines. Les Caraïbes sont un peu agitées, mais c’est normal, car l’Atlantique est tout près : il y a de gros rouleaux un peu effrayants pour le baigneur lambda, mais le soleil les rend encore et toujours couleur turquoise. La température avoisine les 30°, mais en vous éloignant de la foule, vous avez trouvé une jolie place à l’ombre sous un bosquet de cocotiers. Cette fourberie vous permet, une fois allongé sur le dos, d’avoir l’affront de regarder le soleil en face.

Les palmes des arbres dansent dans le vent, il ne fait même pas trop chaud, vous souriez comme un gros chat satisfait, le bonheur vous vient par vagues, inexorable comme le bruit de la mer, vous êtes tellement bien…

Laissez votre message après le coquillage, merci et bon weekend !

Game Over

Eh oui, fini de jouer : tout à l’heure, après le dernier clap de main vers 23h00 , sonnera l’heure du début de la retraite de Russie Paris. Ce séjour fut rude, mais je ne pourrais pas dire que je n’avais pas été prévenue dès le départ.

J’aurais donc totalement succombé aux charme persistant des “Fiançailles au couvent” : après avoir passé un bon mois passé à bosser, apprécier et jouer l’œuvre, je l’ai maintenant si bien incrustée dans ma tête que je me la rengaine  en boucle involontairement 24/24. Je me suis probablement déjà donné au moins 20 représentations privées à moi-même (satanée mémoire d’éléphant !)…

En revanche, malgré les pressions exercées par Zakaria le Ténia et la femme bien-dépensante que je suis, mon porte-monnaie a su rester de marbre devant le Saint-Supplice infligé par certaines associations de malfaiteurs (enfin presque, mais on a dit que le renouvellement de mon shampoing et de mon baume pour les lèvres favori ça comptait pas).

Ce séjour eut beau être glacialerie, insomnification, microbage et grisure, moi je m’en fiche : je m’étais trouvé un très joli et douillet coin de bleu.

Et puis en plus je commence d’ores et déjà à sentir le soleil des Antilles me caresser le dos, alors je souris, c’est dingue comme je souris… Et sinon, en parlant de visage pâle et de tout blanc, les White Stripes se séparent, ça nous fera du joli bruit en moins et c’est dommage…