Le Maître Jedi du dimanche

Non, tu ne trouveras pas de daube ici aujourd"hui, ou alors je me trompe, mais en ce cas c’est à toi d’aller te faire une opinion en cliquant ici pour (re)voir le concert d’hier.
Car il s’agit ce matin, alors que monFalcon Millenium bus m’emmène loin loin là-bas dans une autre galaxie (l’Aveyron) inaugurer un auditorium qui porte un nom de cétacé (j’espère bien en profiter pour comprendre pourquoi), de prendre un moment pour réaliser que j’ai encore pris une grosse leçon de musique dans ma face.
Même si je regrette plus que tout que nous n’ayons pas eu plus de temps pour nous imprégner mieux du sens du phrasé mozartien de l’Homme, ça aurait permis qu’à titre personnel je me sente un peu plus à la hauteur, hier soir fera partie de ces instants de grâce, oui, ceux-là. Ceux où il n’y a plus de temps, juste un voyage en finesse et en sensibilité dans un monde qui n’est qu’un son rond comme des perles, lumineux et chaud comme un soleil et délicieux comme une tarte aux mirabelles mais je m’égare…
Menahem Pressler a 89 ans et j’ai rarement croisé monstre sacré aussi souriant et investi, autant dans ses répétitions que dans ses prestations publiques. Oui, il n’est pas bien grand, il a un peu les oreilles pointues, il ne paye pas de mine et pourtant, sans aucun doute ce pianiste est un Maître Yoda Jedi tout court. Et si toi aussi, un jour, tu as eu une larme en écoutant cet enregistrement mythique (Yoda était membre du Beaux-Arts Trio) du Deuxième Trio de Schubert – avec ou sans Barry Lyndon – alors je pense que tu comprends un peu ce fatras d’humilité, de fierté et de joyeuse nostalgie qui m’habite à l’idée de l’accompagner encore une fois aujourd’hui pour un petit bout de voyage.

C’est parti mon Dmitri !

Voilà, fini de rigoler : le premier concert (officiel) de la saison 2012/2013, ça sera donc demain en live sur medici.tv (page où on se retrouve comme par magie en cliquant sur l’air sérieux du patron ci-dessus). Je redis en passant que profiter de la prestation blotti dans le canapé du salon c’est gratuit, et qu’il suffit juste de créer un compte, si c’est pas magnifique ce partenariat avec le cyberweb qui t’amène un brin de musique dans ton chez toi ? Que comme dit Djac Baweur La musique ça devrait être automatique ?

Pour commencer l’année, grand écart stylistique côté compositeurs, puisqu’on passera de l’émotion fraîche et naturelle de Mozart à "je suis perdue avec les pieds gelés coincés dans la glace au fin fond de la Sibérie, ma mère boit, mon père est en prison et en plus mon cheval me viole un char d’assaut soviétique vient de me marcher sur le pied" avec la 5ème symphonie de Chostakovitch. Que j’aime d’amour désespéré, ce qui donc ne pourra donner qu’un beau moment plein de sourcils froncés et de very good tripes.

Un peu de teasing avec le vénérable Svetlanov dirigeant l’Orchestre Symphonique de l’URSS dans le premier mouvement (j’ai évité le 3ème pour ne pas provoquer une vague de suicides dans mon lectorat, mais ça m’a vraiment chatouillé).

Sur ce, je m’en vais chauffer Marcel parce que l’oeuvre en question, on la joue deux fois tout à l’heure en interne pour la mairie, gymnastique qui relève un peu de l’entrainement physique des chevaliers Jedi… Mais on s’en fout, nous, on va gagner à la fin parce qu’on est les plus forts : ils nous ont offert un R2-D2, je l’ai vu derrière la scène l’autre jour.

Flemme olympique

Je ne dis pas que ça ne va pas me piquer, mais ça a beau être la mode du moment, je n’ai toujours pas réussi à allumer un écran pour regarder ne serait-ce que 30 secondes de J.O. Rien que le fait que tout le monde en parle en permanence me dissuade de m’y intéresser. Et de toute façon, il faut se rendre à l’évidence : je n’aime pas le sport.

Ou alors comme ça, éventuellement. Love Sport Love Fencing.

Darkie dans le métro

Je ne fais plus que passer en ce moment parce qu’il y a dans l’air comme un parfum de dernière ligne droite *. Elle avait pourtant failli sentir le roussi mais finalement plus ça va plus son odeur est celle du plaisir pur. On y sent aussi une once de stress, une envie de perfection qui rend nerveuse, certes. Mais ça va être bon, je te le dis.

En revanche, je te le dis aussi, quand je prépare un concert un peu beaucoup cher à mes yeux, faut pas trop me chercher des poux. Ou alors des poux intelligents, mais ça court pas les rues. Alors que les sabres lasers, oui.

Sean Soong – Subwars

* Je continue à balancer ça et là des âneries sur Twitter, Pinterest ou Google + si je te manque à ce point-là. Mais franchement en ce moment j’ai plus le nez dans le guidon que dans le cyberweb…

Star Vinsky

Voilà belle lurette que je n’ai pas pontifié un peu et étalé ma bien modeste confiture culturelle par ici. Non que j’ai spécialement envie de rabaisser le talent du compositeur John Williams, ouhla non, parce que je lui dois des émois très sincères : ses musiques de films sont vraiment riches en mélodies réussies et bien troussées (et pas évidentes à jouer, tiens, je me rappelle avec émoi des envolées de gammes imbitables présentes dans le thème principal de Harry Potter).

Mais en revoyant le premier Star Wars l’autre jour (le premier, pour moi, c’est ce que le jeune appelle l’épisode IV), j’ai noté pour la première fois une énorme similitude et j’en étais si fière que j’ai comme une furieuse envie de la ramener. Alors non, je ne parle pas de la Marche impériale dont les accents guerriers ont des airs de Mars (logique), une des Planètes mises en musique par Gustav Holst. Parce que ça, on a dû le dire au moins mille fois déjà, c’est du réchauffé.

Non, je parle d’une des scènes du tout début, quand Luke empoigne les deux droïdes sous le bras pour aller chercher Ben Kenobi (qu’il sait pas que c’est en fait Obi-Wan) dans les dunes du désert de Tatooine. Chez John Williams, la sécheresse, le sable et le suspense ça donne ça :

Et là (eureka bon sang mais c’est bien sûr !!), la référence est aussi noble qu’évidente. Vous avez demandé une ambiance tribale, primitive et inquiétante, une transition nébuleuse et pleine de questions non résolues, quelque chose qui évoque à la fois la terre et les tremblements de l’air moite ? Ne quittez pas, je vous passe Igor.

Stravinsky, Le sacre du printemps, l’Introduction du second tableau.

C’est bon, j’ai fini de frimer, je suis contente. Merci de votre attention, vous pouvez raccrocher.

Marguerite Vador

Normalement, le coup de la violoniste pâlichonne qui bronchite, qui tousse et s’étiole en crachant des trucs pas nets dans son kleenex en dentelle, ça évoquerait plutôt Marguerite Gautier, ou pire, la Violetta dans sa resucée à la sauce Verdi.

Or j’ai beau être fine, féminine et surtout délicate, quand je suis malade je ne m’aime pas. Et quand je ne m’aime pas, j’ai une fâcheuse tendance à mordre. Depuis hier matin, par exemple, je pense que toute ma Stravinsky team pour L’histoire du soldat me déteste (j’ai été passablement odieuse, tout ça parce que je jouais comme une bouse et que je n’avais qu’à travailler plus que ça, hein).  Pour éviter de me brouiller avec tout le monde, je commence à envisager une thérapie par la dépense compulsive, mais j’ai un peu peur de vouloir jouer à pousser les mamies sur le verglas en sortant de chez moi.

Donc voilà voilà… la ventoline en bandoulière, la respiration difficile et bruyante, les poumons qui couinent et le mauvais caractère, ça te rappelle personne à toi ?