Amalgame mineur

Je viens d’aller voir le dernier Peter Spielberg, Le crabe aux pinces de licorne contre les aventuriers pirates des Caraïbes perdues. Je ne suis pas très convaincue par ce film-conglomérat, je le trouve un peu aussi stérile que d’acheter une bonne bouteille de bon single malt écossais de 15 ou 20 ans d’âge pour la noyer dans 3 litres de cacacola. Mais c’est pas grave, j’ai un peu assouvi mon envie de salle obscure et d’images qui bougent (je crois même avoir réussi une légère échappée dans une sieste vers la fin).

Au milieu d’un paquet de sacrilèges, il y a quand même (et là c’est franchement pas possible) l’apparition de la Castafiore. Elle a été amincie, d’ailleurs, la Bianca, histoire de mieux coller aux canons de beauté du moment, sans doute. Mais qui dit Rossignol milanais dit forcément Air des bijoux de Faust, non ? Or là, accroche-toi au pinceau, là aussi on nous a fait de la volaille agglomérée. Car après l’introduction de Una voce poco fa de Rossini (c’est dans Le barbier de Séville, c’est vraiment des tintinophiles de mes deux, ils auraient pu choper un air de la Gazza ladra, au moins !), on zappe subitement sur… ah oui, du Gounod. Sauf que c’est un extrait de Roméo et Juliette (Je veux vivre dans ce rêve) et pas la Marguerite de Faust tant espérée. J’ai failli me réveiller pour crier au scandale, mais finalement j’ai préféré retourner rêvasser dans mes vieux souvenirs qui craquent (oui, alors là, attention trouvaille).

Bon sinon, faut pas être trop vache avec ce film : le générique du début est assez chouette.

In bed with Alfred

À chacun ses trucs pour gérer une crise de ronchonnage de fin de journée débouchant inévitablement sur une ours-attitude et une envie de soirée mémère.

Moi, en ces cas-là, c’est le cinéma hollywoodien en noir et blanc (le technicolor est toléré) qui me sert de doudou. Je sais que dit comme ça, ça fait vraiment nécrophile, mais j’aime les acteurs morts et la gomina.Sans doute parce que le rêve tel qu’on l’envisageait à l’époque était d’une naïveté qui me fait l’effet d’un chocolat chaud et d’un gros câlin de chat. Et puis aussi surtout parce que je dirais volontiers d’Howard Hawks, Fritz Lang, Orson Welles, ou Alfred Hitchcock (pour ne citer qu’eux) que la plus petite de leur sous-bouse en matière de réalisation vaut bien 150 daubes du moment. Et peut peser tout autant dans la balance en matière de divertissement vidangeur de tête.

Par exemple, Les 39 marches, c’est un peu L’île noire : le scénario y est assez évident, pas très fouillé. On y voyage en Écosse en s’échappant d’un train, on y est trahi par un radin, il y a des flics bêtes, une Mata Hari qui meurt de façon théâtrale, et le héros accusé à tort de son meurtre fuit en courant en accéléré dans la lande. N’oublions pas un méchant façon Rastapopoulos.

Mais déjà, dans cette période anglaise du Maître (le film est de 1935), on décèle des leitmotivs qu’on rencontrera souvent chez lui par la suite : une blonde chic et bien habillée, des scènes de concert/spectacle avec des musiciens, des espions, un poil de comédie. So british, léger et désuet malgré l’intrigue à la sauce espionnage, le film est un vrai petit Quality Street, une boîte à bonheur. Et puis je trouve que Robert Donat, avec sa mèche en bataille, ses mimiques et ses regards surjoués de film muet, est parfait dans le rôle de Jean Dujardin Tintin (je blague, je n’ai pas encore d’opinion sur ces films) du dandy traqué paranoïaque.

L’arme fatale

Mes biens chers frères, mes bien chères sœurs (Sœur Armalite, Sœur Funambuline, cessez donc de faire mu-muse avec vos chapelets et rejoignez-nous pour la prière, merci), ouvrons nos bibles, et lisons si vous le voulez bien l’Évangile selon Sain-Bobbi Brown :

“Plus jamais les trop longues soirées trop arrosées tu ne craindras, car tes valises sous les yeux sans peine tu cacheras. La douce crème et sa poudre très facilement (au pinceau ou au doigt) avec parcimonie tu badigeonneras, car cet excès-là nécessaire ne sera pas. Incroyable, ta rentrée trop people parsemée de bouffes tardives et d’apéros continuer tu pourras, car plus jamais l’air d’une raclure dépravée tu auras.

Car c’est de la lumière que viendra la lumière. Et resplendira. La † de l’Aigle.

Mille sabords, amen.”

Notons que même sans absolument rien d’autre sur le museau, on a tout de suite l’air moins flou, et je ne parle pas seulement de la photo. Et plus besoin d’écarquiller les yeux pour faire croire qu’on est réveillée. C’est un miracle !

Fantaisie militaire

Quand mes parents ont emménagé dans leur nouvel appartement, restriction spatiale oblige, ils ont laissé la collection de Tintin, Astérix, Lucky Luke et autres Blake et Mortimer dans les cartons à la cave. C’est tout un pan de ma culture littéraire dessinée régressive qui s’est un peu effondré : au lieu d’empoigner machinalement et de re-re-re-relire mes madeleines, me voilà désormais amenée à contempler parfois la collection de reliures chics du paternel avec l’œil triste d’un cabot à qui on a enlevé sa girafe qui fait pouêt. Car oui, les reliures maçonniques de la géographie d’Elisée Reclus, c’est beau, mais ça manque de Séraphin Lampion (et non, je ne rentre pas dans le bureau : il est intégralement tapissé de bouquins en double-couche, il me fait penser à à la tour maudite dans Le nom de la rose et j’ai peur de mourir dans d’atroces souffrances empoisonnée par du sang de porc trempé dans de l’arsenic après avoir fait des galipettes dans le foin avec Adso De Melk, mais je m’égare).

Et puis aujourd’hui, en admirant ce fameux rayonnage (ben oui, quand même, et puis en plus ça sent le cuir et le vieux papier, c’est un délice), j’ai eu l’œil malicieux. J’ai d’abord pensé à la bourde que Frédéric Lefebvre aurait su faire avec ce titre-ci.

Mais surtout, j’ai eu un coup de cœur pour celui-là. Après le Général Alcazar, le Colonel Ramollot. Mouammar, si tu m’entends…