DO NOT MUTILATE

DO NOT MUTILATE

Il est des partitions qu’on préfèrerait ne pas devoir jouer. L’éditeur qui gère la location du matériel de cette chose que nous sacrifierons donnerons ce soir semble en avoir plutôt conscience (à noter : la mention "DO NOT MUTILATE" n’a été tamponnée en rouge que sur les partitions de l’harmonie, qui est assise devant une armée de percussions – dont un superbe coquillage rose Barbie –  en furie… hasard ?).

Pour ma part, respect du Saint Papier oblige, je me contenterai d’essayer d’oublier La noche de los Mayas sitôt que

1 le public l’aura applaudie parce que la fin sera certainement plutôt marrante dans le genre exotique (et pis je me moque des percussions mais très honnêtement, ce sont eux qui feront le show et le feront bien ce soir)

2 j’aurais retrouvé l’usage de mes tympans.

Je me dis surtout que tout ça ne serait pas arrivé si on s’était contenté d’interpréter le générique des Mystérieuses Cités d’Or en bouquinant Le temple du soleil.

La positive lassitude

Chère vie,

je t’aime je t’adule je me réjouis de passer du temps avec toi. Tu n’es pas parfaite mais je te supporte avec allégresse malgré tous tes défauts en ayant parfaitement conscience que tu en as autant à mon service. C’est ça les vrais couples qui fonctionnent bien : c’est beau et moche à la fois.

Mais là, j’ai quand même un reproche à te faire sous le coup de la lassitude : veux-tu bien cesser de placer des cataclysmes sur ma route – des machins incontrôlables et indigestes, des combats que je mets un temps fou à assimiler dans mon quotidien, auxquels j’ai du mal à m’habituer, qui me serrent la gorge et la tête – pour ensuite les faire disparaître tellement sans raison que la médecine même en perdrait son latin ? Je suis certaine que ça part d’une bonne intention, et je goûte avec bonheur ma chance que ces rebondissements soient positifs. Mais il faut que tu saches qu’à la troisième ou quatrième fois en dix ans, ça finit par peser son poids en soucis et fatiguer les nerfs. Violemment. Alors sois gentille : prends juste note et aide moi un peu, je te le rendrai au moins au  milluple, même si ce mot n’existe pas.

Bisous, à toi jusqu’à la mort,

ta tigresse – ouais, c’est Chouyo qui m’a baptisée ainsi, j’essaye toujours de mériter ce petit nom griffu que j’adore – parce que mes rayures repousseront, toujours et encore.

Rascar Kaputt ?

Ironie du sort, hier soir la foudre m’a rasée de près : j’ai même entendu l’électricité chercher son chemin jusqu’au sol avant de repartir au ciel dans un fracas infernal. J’ai hurlé ma frayeur et suis restée hébétée, éberluée, comme une andouille.

Dans ma vie aussi, un truc vieux, moche et grimaçant avec  lequel je m’apprêtais à faire un trop long bout de chemin vient de s’envoler comme par magie, et telle le Professeur Tournesol je me retrouve comme un machin abasourdi plantée là. C’est vraiment chouette qu’il reste les bijoux, tu penses bien !

Mais pour l’instant je suis tellement sonnée que je n’ose même pas m’en réjouir : je crois que je me demande à quel moment les Incas vont venir me kidnapper pour faire un grand méchoui avec mes gigots.

Les liaisons presque dangereuses

J’ai rafraîchi ma coupe façon Jean Seberg, adouci mes jambes, lavé et repassé mes vêtements. Je n’ai pas encore choisi ma tenue, celle dans laquelle je sais que me sentirai suffisamment à l’aise pour prétendre que je me sais plutôt pas vilaine, mais ça ne saurait tarder. Je programmerai aussi mon réveil un peu plus tôt, et respecterai un timing confortable : il faudra papoter légèrement, minauder un peu, ne pas trop regarder mes pieds, afficher la confiance et la désinvolture des certitudes, avoir de l’humour et de l’esprit.

Car je devrai séduire sans avoir l’air de rien. Oh, pas trop, pour ne pas être étiquetée "désespérée", mais en aucun cas il ne faudra négliger le facteur attractivité. J’espère arriver à trouver la juste balance, faire comme si tout ça ne m’angoissait pas un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout. Le secret serait de laisser le trop plein de sensibilité et d’empathie à la maison, sans doute…

Mais que veux-tu, nous ne nous sommes rien promis. Je n’avance jamais en terrain conquis, et me sens plus ou moins obligée de tenter de renouveler et d’enrichir notre relation à chaque retrouvaille : j’ai beau savoir qu’en face on sera fondamentalement bienveillant et que l’attraction est vivante, je crains toujours qu’elle se fane un peu. Et même si j’ai conscience qu’avec le temps, nos ressentis et nos besoins évoluent, je continue à les vouloir frais comme au début, naïfs et lumineux. Car c’est de la lumière que viendra la lumière. Et resplendira (évangile selon Tintin, Le secret de la Licorne rose invisible, verset 4). Et c’est cet idéal qui me fait sourire en dedans, chose sans laquelle je manquerais totalement de courage pour descendre dans l’arène.

Savoir se séduire soi-même pour mieux affronter le regard de l’autre… comment ne pas avoir en tête le début des magnifiques Liaisons Dangereuses de Stephen Frears ?

Oui, demain, je retrouve, un peu comme on retrouve un amant à qui l’on tient, la petite centaine de personnes avec lesquelles je partage la musique. Et autant j’apprécie ce choix de vie très collective (en plus j’apprécie très majoritairement mes collègues), autant le retour parmi le troupeau après la période d’arrêt de l’été me paraît toujours un peu (euphémisme) stressant. Même pour la seizième fois.

Fais-moi un bisou, je crois que j’ai peur.

tintin-secret-licorne-affiche

Amalgame mineur

Je viens d’aller voir le dernier Peter Spielberg, Le crabe aux pinces de licorne contre les aventuriers pirates des Caraïbes perdues. Je ne suis pas très convaincue par ce film-conglomérat, je le trouve un peu aussi stérile que d’acheter une bonne bouteille de bon single malt écossais de 15 ou 20 ans d’âge pour la noyer dans 3 litres de cacacola. Mais c’est pas grave, j’ai un peu assouvi mon envie de salle obscure et d’images qui bougent (je crois même avoir réussi une légère échappée dans une sieste vers la fin).

Au milieu d’un paquet de sacrilèges, il y a quand même (et là c’est franchement pas possible) l’apparition de la Castafiore. Elle a été amincie, d’ailleurs, la Bianca, histoire de mieux coller aux canons de beauté du moment, sans doute. Mais qui dit Rossignol milanais dit forcément Air des bijoux de Faust, non ? Or là, accroche-toi au pinceau, là aussi on nous a fait de la volaille agglomérée. Car après l’introduction de Una voce poco fa de Rossini (c’est dans Le barbier de Séville, c’est vraiment des tintinophiles de mes deux, ils auraient pu choper un air de la Gazza ladra, au moins !), on zappe subitement sur… ah oui, du Gounod. Sauf que c’est un extrait de Roméo et Juliette (Je veux vivre dans ce rêve) et pas la Marguerite de Faust tant espérée. J’ai failli me réveiller pour crier au scandale, mais finalement j’ai préféré retourner rêvasser dans mes vieux souvenirs qui craquent (oui, alors là, attention trouvaille).

Bon sinon, faut pas être trop vache avec ce film : le générique du début est assez chouette.

Ours

In bed with Alfred

À chacun ses trucs pour gérer une crise de ronchonnage de fin de journée débouchant inévitablement sur une ours-attitude et une envie de soirée mémère.

Moi, en ces cas-là, c’est le cinéma hollywoodien en noir et blanc (le technicolor est toléré) qui me sert de doudou. Je sais que dit comme ça, ça fait vraiment nécrophile, mais j’aime les acteurs morts et la gomina.Sans doute parce que le rêve tel qu’on l’envisageait à l’époque était d’une naïveté qui me fait l’effet d’un chocolat chaud et d’un gros câlin de chat. Et puis aussi surtout parce que je dirais volontiers d’Howard Hawks, Fritz Lang, Orson Welles, ou Alfred Hitchcock (pour ne citer qu’eux) que la plus petite de leur sous-bouse en matière de réalisation vaut bien 150 daubes du moment. Et peut peser tout autant dans la balance en matière de divertissement vidangeur de tête.

Par exemple, Les 39 marches, c’est un peu L’île noire : le scénario y est assez évident, pas très fouillé. On y voyage en Écosse en s’échappant d’un train, on y est trahi par un radin, il y a des flics bêtes, une Mata Hari qui meurt de façon théâtrale, et le héros accusé à tort de son meurtre fuit en courant en accéléré dans la lande. N’oublions pas un méchant façon Rastapopoulos.

Mais déjà, dans cette période anglaise du Maître (le film est de 1935), on décèle des leitmotivs qu’on rencontrera souvent chez lui par la suite : une blonde chic et bien habillée, des scènes de concert/spectacle avec des musiciens, des espions, un poil de comédie. So british, léger et désuet malgré l’intrigue à la sauce espionnage, le film est un vrai petit Quality Street, une boîte à bonheur. Et puis je trouve que Robert Donat, avec sa mèche en bataille, ses mimiques et ses regards surjoués de film muet, est parfait dans le rôle de Jean Dujardin Tintin (je blague, je n’ai pas encore d’opinion sur ces films) du dandy traqué paranoïaque.