J’essaye de me préparer psychologiquement et sereinement au fait de devoir retourner à Lourdes aujourd’hui. Oui, la dernière fois, je suis rentrée avec un souvenir qui n’était pas une boule à neige, et je me rappelle fort bien ce moment cervicalement pénible. J’ai donc rédigé mon testament spirituel du jour sous forme de préceptes, et juste six parce que c’est un bon exercice de diction. Et puis surtout, Moïse a raison : dix, c’est beaucoup trop.
I – Tu auras beau partir en bus et débarquer là-bas sous forme de troupeau, ne laisse personne te dire que tu y vas en pèlerinage. Avoir parfois l’impression de faire partie des Joyeux Tourlourous dans Tintin et les Picaros, ça suffit largement.
II – Prépare ton appareil photo, tu as peu de temps pour batifoler dans les rues (voire pas du tout) entre la répétition et le concert, mais sait-on jamais…
III – Sur place, ferme ta grande bouche qui déteste les bondieuseries, tu n’aimerais quand même pas mourir éviscérée par un paraplégique, si ?
IV – Accroche-toi encore et toujours à l’idée que la musique à jouer est belle, ça fera mieux passer la pilule du retour à la maison à 01h00 (sans troisième mi-temps)
V - Inspire, et surtout soupire une dernière fois…
VI – N’oublie pas tes bâtons d’encens à fumer : en cette bien longue journée, le besoin de spiritualité nicotine et de pause prière pourrait bien se faire plus pressant que d’habitude.
L’abus de méthodes divinatoires foireuses est mauvais pour la peau, c’est pas Rascar Capac qui te dira le contraire. Devant la remontée de ma cote morale, j’ai donc décidé de ne pas prendre l’évènement photographié ci-dessous comme un signe de je-ne-sais-trop-qui-quoi (je vais juste me contenter de passer de la passion en gelée aux prunes, quoi). J’ai même éclaté de rire.
Avant de filer travailler pour moi-même (histoire de me sentir en phase avec le violon, la musique, et la première du Barbier, vu qu’en plus j’ai au moins un spectateur à satisfaire ce soir), je te présente ma raison d’écrire pour Interlignage du moment que j’aime.
Agent Side Grinder nous parle de Life in advance. Je ne sais pas s’ils lisent dans le marc de café, mais je sens que c’est le moment où je vais suggérer/rappeler qu’un des moyens mis à notre disposition par la loi pour s’investir dans notre futur s’appelle le droit de vote.
Lao-Tzeu l’a aussi dit (je ne sais pas quand ça lui a pris, parce que c’est fou cette histoire) : le concert du Nouvel An doit se danser sur trois temps. Faut que ça tourne, que ça chavire, et que ça crinoline. Ouum tsa tsa, ouum tsa tsa…
Pas à 100%, car à moins d’une mutation dont on ne m’aurait pas avertie, il est panné celui qui arrivera à faire croire que Toulouse est la mère patrie des Wienerschnitzel. Ça tombe pas mal : une de fois de temps en temps, se laisser aller parce que c’est une valse n’est pas désagréable. C’est frais, sucré, désuet, ça fait sourire et balancer sur la chaise, c’est un peu vacances pour la tête. Et puis pour les doigts aussi parce que je n’ai pas grand chose à jouer. Parce que j’ai peut-être pas précisé, mais moi je joue du Second Violon.
Alors non, c’est pas une maladie grave, en général pour chaque concert on est au moins 12 dans ce cas. Notre statut de voix du milieu, de soutien pour harmonie, de boîte à rythme mozartienne ou de tierce pour thème romantique me convient toujours très bien. C’est un peu Les feux tamisés de la rampe… et un poste d’écoute et d’observation assez fabuleux, en fait. Plutôt central, avec vue sur la mer et la montagne à la fois. Et puis parfois, parfois, l’orchestration joue vraiment en notre défaveur (oui, le préambule qui valse est aussi dans le tweet).
La configuration classique de l’écriture d’une valse du côté des cordes est simple : les premiers violons ont le thème (et une fois de temps en temps les violoncelles). Les contrebasses et les violoncelles (quand ils ne sont pas pistonnés) font les premiers temps, et les altos et nous on se cogne les temps numéro deux et trois : ouum tsa tsa. Ouum dans le grave, et tsa tsa dans le medium. Et ben tu sais quoi ? Des fois ça lasse un peu, on voudrait nous aussi chanter et donner du sirop aux oreilles de l’audience !
Parce que même quand on passe de la valse sur trois temps à du binaire, et bien là non plus on ne joue pas sur les temps. Nous, on sautille, on guinche, on rebondit, on pulse, on se prend pour des beatbox. C’est vrai, quoi : les Strauss et consorts valsesques sont d’un naturel primesautier, mais heureusement qu’on ne joue pas qu’eux demain, il y aurait presque de quoi attraper des tics (et quelques tocs).
Tritsch Tratsch Polka, avec le très immense Carlos Kleiber.
L’écureuil m’a taguée d’un questionnaire qui fleure bon le malabar et la tartine de confiture du goûter. Le plus dur a été de déterminer une période correspondant à “petite”, j’ai décidé que grosso modo ça serait avant 1981 (mais quand même après le mois de mai), année où j’ai commencé à travailler mes défilés de mode en randonnant à moitié nue en montagne. La fin de l’innocence, en somme…
1. Quand vous étiez petit(e), que répondiez-vous à la question : ” Et toi, que veux-tu faire quand tu seras grand(e) ?
Probablement tout sauf violoniste : je crois que je voulais enseigner, ou être danseuse ou encore dresseuse de chevaux. Ou de chats, car j’aimais l’utopie.
2. Quels ont été vos bandes dessinées et dessins animés préférés ?
Dès le biberon, la Belgique a envahi mes lectures imagées avec Tintin et Blake et Mortimer (je te laisse imaginer à quel point Le secret de l’espadon me passait à 20000 lieues au dessus de la tête). Lucky Luke, Asterix, une lecture régulière de Pif Gadget (c’est dans les vieux numéros que j’ai découvert Hugo Pratt) puis plus tard de Spirou… la BD a vraiment fait partie des lectures indispensables.
Au rayon TV, Il était une fois l’homme a été un des premiers dessins animés “institutionnels” avec son grand successeur de la même tranche horaire de 19H55/20H00, Ulysse 31. Peu de trucs très girly (bon,un peu Candy, quand même) mais grand frère oblige j’ai plutôt été Albatorisée et Capitaine Flammée. Je n’oublie pas de mentionner, même s’ils sont hors compétition car un peu plus tardifs Les cités d’Or, Cat’s Eyes et Les mondes engloutis. Ni un film bizarre comme un dessin animé de science-fiction dont auquel j’ai pas tout pigé quand je l’ai vu au cinéma…
3. Quels ont été vos jeux préférés ?
Inventer des histoires dont les peluches étaient les héros ; inventer un monde aérien, perchée avec le frangin dans l’arbre du jardin ; me déguiser pour m’inventer une autre vie, et encore et toujours dresser le chat.
La fiction et l’utopie, vous dis-je…
4. Quel a été votre meilleur anniversaire et pourquoi ?
Aucune idée, honnêtement. J’ai bien de vagues souvenirs des moins intéressants, mais j’en déduis donc qu’ils ont tous été formidables. Merci papa merci maman.
5. Qu’est-ce que vous auriez absolument voulu faire que vous n’avez pas encore fait ?
Je voulais absolument avoir un tigre ou une panthère domestique. On m’a dit que c’était beaucoup de travail et de viande à donner : j’étais persuadée que je pouvais laisser ma part de steak à l’animal de temps en temps et que ça suffirait amplement. On m’a dit que les fauves étaient quand même plutôt dangereux et griffus : moi j’étais convaincue de savoir les mater (d’ailleurs maintenant je suis quasiment diplômée en félinologie, mais je n’ai plus d’animal à dompter, c’est débile quand on y pense…)
6. Quel était votre premier sport préféré ?
Le seul qui soit réellement envisageable : bouger mes fesses en rythme. Certaines déesses étaient nées coiffées, moi je continue à être persuadée qu’on a fait immédiatement disparaître la boule disco qui est apparue avant ma tête un certain 6 novembre…
7. Qui a été votre première idole au rayon musique ?
J’ai commencé à écouter de la musique dans ma chambrette sur un poste de radio en forme de tête de Pinocchio. Mais non, c’est pas kitsch du tout, et dedans on entendait Pink Floyd chanter Another Brick In The Wall (alors ça c’était pas ma préférée, mais j’aimais beaucoup quand mon frérot empoignait le chat pour lui faire jouer en playback le solo de guitare). Il y avait pas mal de Blondie et de Kim Wilde dans ma bande son. Mais c’est surtout Police qui était partout, et comme j’étais trop jeune pour être polycrotte, j’inventais mon propre chewing-gum pour créer les paroles. Par exemple, on connait tous leur fameux tube Été Kina Pâhtel.
Si si, je te jure.
8. Quel a été le plus beau cadeau de Noël (ou équivalent) que vous ayez reçu ?
Certes j’ai eu une machine à coudre, des playmobils et plus tard une console Atari. Mais rien ne m’a marquée comme ce pauvre mouton en peluche dont j’avais décidé dès son déballage qu’il serait polonais. Je lui arrachai donc illico ses longs cils afin qu’il soit plus viril et lui inventai le patronyme invraisemblable de Vacorek. Pauvre bête… mais que faisait la SPM ?!
Question subsidiaire : qui donc accepterait de jouer avec moi ?
Et si on dirait que évidemment si tu veux, tu participes, mais tu amènes une bouteille ?
Et si on dirait aussi que si tu vis Outre-Léman, j’aimerais tout spécialement que tu t’y colles ? Et ne fais pas semblant, je vois bien que tu te caches mais c’est toi le chat.
Le jour où je m’en vais transpirer du mollet et crouler sous mon sac mal fait au pays des consonnes, des z et des mauvais tirages du Scrabble est arrivé. Joie dans mon cœur, joie dans mes pieds, et joie dans mes yeux à l’idée d’aller crapahuter au beau milieu de l’Adriatique en Syldavie ! Alors, c’est promis, si je croise Las Balkanieras, j’auditionne, même si je risque d’être handicapée par l’absence de choucroute sur ma tête.
Ne soyez pas trop sages, sinon je vous fouette en rentrant. La bise au chat.