Oui, j’ai bien conscience que cette association improbablissime ne saurait être que le résultat de longues errances de mon esprit. Du moins elles m’ont paru si longues que je pense avoir usé la batterie de mon iFaune à force d’avoir regardé l’heure pendant les répétitions des derniers jours (chose que je ne fais en général qu’à l’heure de l’hypoglycémie, et encore). Car cette semaine de travail aura été une de ces rares périodes qui, par opposition, me révèlent à quel point d’habitude je m’ennuie peu au travail. Voire pas du tout. Et cette fois, rien n’y fera : le chef est adorable, mes collègues vont bien aussi, et les chanteurs ont l’air vraiment chouettes – des vrais musiciens avec de très belles voix (je rappelle que je ne vois rien de la mise en scène et suis donc sans opinion sur la question).
En revanche j’ai un avis sur Don Pasquale de Donizetti, et c’est plutôt dommage pour lui : rares sont les pièces qui m’ont à ce point aussi peu émue depuis… ouh (j’en hulule). Pour moi, même du mauvais Rossini de quinzième zone c’est plus excitant que ce saucisson d’opéra-là. Je ne parle pas d’une vraie bonne opérette, qui m’amuserait aussi beaucoup plus. Mais bon, soyons optimistes : ce n’est pas parce que la musique ne me plait pas à moi, animal difficile, que cet opéra ne donnera un beau spectacle.
En attendant, mon esprit s’égare parfois un peu loin. C’est ainsi que dans une des nombreuses marches un peu pompières il a reconnu un de mes personnages chéris des Studios Ghibli.
Moins parachutée de nulle part, mon autre évasion musicale du jour concerne mon moment préféré (à cette heure) de l’œuvre, à savoir le solo de trompette du Prélude de l’acte II. Oui, j’aime un solo de trompette, tout arrive. Je te laisse comparer la musique de Gaetano (qui s’ouvrira dans une autre fenêtre) et celle de Dimitri Tiomkin pour Rio Bravo. Et penser que décidément ça pas pas très bien sous mon scalp des fois. Je sais.
Car l’acoustique peu évidente du lieu mentionné ci-dessus, elle, restera là où elle est. Alors que ma musique, je la ruminerai encore ce soir avec un énooooorme plaisir (Groquik, sors de ce corps) que tu n’imagines pas ni à quel point ni pourquoi. Il y a les bonnes et les mauvaises raisons, en fait.
Les bonnes ? Je suis en amour avec le sourire, la générosité, la capacité musicale et le calme bouddhesque de Joseph Swensen, notre chef-soliste de la semaine. Je suis en amour avec les Variations de Brahms et leur capacité à zapper d’un univers d’une tendresse infinie à un autre strictement académique, ou ventru, ou espiègle ou bien encore incroyablement majestueux. C’est Brahms, c’est barbu, c’est romantique et ça colle tellement bien à cette soirée. Je suis en amour avec les pièces avec violon (dans lesquelles je ne joue pas) dont la délicieuse et délicate désuétude m’évoque un peu ce que serait le meilleur cheesecake du monde servi dans l’endroit le plus cosy et chaleureux de la galaxie.
Les mauvaises ? La Rhénane de Schumann est loin d’être ma symphonie préférée, mais il se trouve que j’adore la sérénité légère avec laquelle ce chef sait la servir, donc en la jouant j’oublie les lacunes que je lui vois et je me fais plaisir, tout simplement. Et puis et puis… et ben c’est bête mais là, au détour d’une forêt germanique, après la boucle du grand fleuve à gauche, oui, la deuxième à droite après Cologne, au début du second mouvement : je vois des cowboys. Pas des cowboys en plein psychodrame shakespearien ou des cowboys en guerre, non non : juste des gardiens de vaches rhénano-texans très très zen. Et moi j’aime les cowboys, tu vois. Oui, j’ai toujours arrêté de fumer, pourquoi ?
La preuve que je n’hallucine pas tant que ça par le très bel Orchestre de Chambre d’Europe (et pendant ce temps-là, Calamity Nezumi va aller siester un brin, sinon elle risque de paumer des veaux sur scène ce soir).
Pas évident de réunir sous le même post deux œuvres cinématographiques qui ont autant à voir l’une avec l’autre qu’un dindon et une horloge (merci Tambour Major pour la locution). La faute à l’utilisation que les auteurs ont fait de la musique en élaborant leurs films, parce qu’il se trouve tout bêtement que les procédés étaient si différents qu’ils m’ont sauté au museau assez violemment. Mais ça m’apprendra à faire le grand écart stylistique en si peu de temps, aussi…
Dans le rôle de la moutarde à l’ancienne pour une sauce on ne peut plus traditionnelle, nous avons donc Le massacre de Fort Apache.
Ah, mon amour des madeleines en forme de western était comblé samedi quand j’ai croqué dans celle-là : une poupée de porcelaine (Shirley Temple qui pose et repose), un gradé frustré en manque de pouvoir (Henry Fonda), John Wayne avec sa grande gueule, une flopée d’Irlandais, des Apaches, de l’honneur et des trahisons… quel délice !
Et forcément, j’ai les oreilles qui traînent (on n’arrête pas un tic) et j’ai été frappée par le côté symphonique et grandiloquent de la bande originale. Je fouille et me rends compte qu’elle est signée de Henry Tucker, qui a aussi commis celle de Autant en emporte le vent. Mais surtout, pour la première fois (et spécialement pendant les scènes de charge), j’ai vraiment la sensation que si la caméra recule, je vais trouver un orchestre sous l’écran, accompagnant le récit et le marquant à la culotte comme un chef d’orchestre suit les pieds des danseurs pendant un ballet : pas de montage dans le son, la partition se déroule en se renouvelant sans cesse (mais hélas pas toujours bien, c’est un peu filandreux) au fur et à mesure que l’histoire avance. Il a des couacs, on sent bien qu’on n’a pas fait quarante prises ni saucissonné le résultat en vue d’une certaine perfection numérique, il y a un petit côté fait maison. Le moment où ‘est devenu le plus évident est cette scène de bal : à la moitié, l’orchestre ralentit furieusement le tempo pour s’adapter aux pieds des acteurs. C’est pas très discret mais très attendrissant de spontanéité.
Et ça cassait surtout furieusement avec une autre manière d’utiliser la musique (pas juste comme faire valoir donc) à laquelle j’avais été confrontée la veille en allant voir sur grand écran Au bout du conte.
Alors je ne souhaite pas détailler tous mes bonheur devant ce film. Je peux juste dire que sa richesse visuelle m’a émerveillée même si je n’ai pas adhéré au côté très "cheap" des illustrations des changements de chapitre en trucage pas cher : j’y ai vu des chats bottés, des Alice cachées dans des proportions étranges ; j’y ai vu que Bacri fait très bien le grincheux pathologiquemon père Jean-Pierre Bacri, et que Benjamin Biolay est un méchant loup de première classe ; qu’Agnès Jaoui est soudain baroque, colorée, éparpillée et ça lui va comme un gant; et que les princes et les princesses ne sont ni idéaux/les ni charmant(e)s. Bref j’ai beaucoup aimé et ri (jaune, une jolie couleur pour le rire).
Cerise sur le gâteau et raison de mon amalgame du jour, j’ai apprécié la place peu conventionnelle faite à la musique dans ce film : elle y est actrice. Pas seulement à cause l’activité-passion d’un des personnages principaux (Sandro est compositeur, d’ailleurs enfin, pour une fois, on ose un son un peu contemporain, joie ! ), pas seulement parce que deux autres personnages peinent sur leur play-back d’instrumentistes – et là, à leur décharge, il faut préciser que les postures des instruments à cordes sont si peu naturelles que c’est impossible de bien faire, il faudrait juste éviter les plans larges…
Non, la musique a son cadre réservé, le Conservatoire National Supérieur de Paris, dont le design travaillé et pas très chaleureux détonne avec les frisettes exubérantes du domicile et des fringues de la fée Jaoui. Elle est dans les scènes de bal. Elle a ses couleurs, elle est vraiment bien troussée (bravo Fernando Fiszbein), elle fait des clins d’œil thématiques à Disney (Un jour mon prince viendra) ou au Faust de Gounod (Il était un roi de Thulé), jouant avec les mises en abyme de l’histoire en accompagnant un spectacle pour enfants en forme de conte par la musique d’un autre conte, Casse-noisettes. Et je pense que j’ai raté la moitié des subtilités et des surenchères cachées dans l’image et dans le son. Mais cette richesse et cette originalité ont largement contribué à mon grand plaisir cinématographique.
J’aime tous les teasers de ce film, j’en prends un au pifomètre, entre deux poissons géants qui passent. Et va le voir. Et je te laisse parce que j’ai grand faim de loup.
Avant de décoller pour le train du transit (le Tata Express) par la capitale, et avant donc de m’en aller traîner mes guêtres demain du côté de chez SwannMdameJo, avant d’aller donc me rouler dans le Saint Spaghetti (ou dans toute autre pasta préparée de manière délectable d’ailleurs, je suis assez polythéiste en la matière), je devais absolument poser ici Malaria.
Le joli petit bijou que voilà ! Narrer un conte à la trame simple et somme toute très classique avec autant d’inventivité et d’originalité dans la… matière, c’est rare et précieux. Sous le charme, je suis.
Débrouille-toi : moi, entre ces deux étés indiens je ne peux pas choisir.
Évidemment (évidemment), le délectable remix bollywoodien de Joe Dassin fait partie de ma vraie véritable collection personnelle pour de vrai que j’ai dans ma discothèque à moi, car on ne se refait pas, ma bonne dame.
Mais le sirop néocolonnial de Cliff Richard avec sa mise en scène tartouille et ses vraies fausses culottes en bison (on peut se contenter d’aller directement à 1’50, d’ailleurs) pourrait bien remporter ce match météorologique du jour, non ?
Quelques beaux souvenirs et autres envies de revoir trouvées chez La boîte verte. Pour Rio Bravo, c’est fait depuis très peu, mais… le Nosferatu de Murnau et Metropolis de Fritz Lang…
Et comme un vampire peut en cacher un magnifique autre, il est temps, mes bien chers frères, mes bien chères soeurs, de sonner et de bénir l’heure du repas. Boïng.