En passant

Almanach Vermot’s not dead

20141126

Au programme de soir : de l’acide amer, du pastoral frais, du gras sucré et surtout de l’alto servi sur un plateau d’or pur. Nous serons aussi filmés par Mezzo et diffusés en direct puis en streaming gratuit sur Arte Concert. Pour la petite histoire, je trouve mes souliers tous petits riquiquis minuscules, parce qu’aucune de ces partitions n’est confortable et de tout repos. J’espère vraiment que tout se passera bien (oui, c’est ardu-velu à ce point-là), ne serait-ce que parce que j’ai une affection toute particulière pour la première partie du concert, que je trouve aussi originale que bien écrite.

Eh oui, ce soir au moins – attention, voilà la blague nulle du jour – je préfèrerai largement les carnets tchèques aux emprunts russes.

Ha ha ha. Oui, j’ai compris, je file répéter.

[ Edit : j’oubliais alors que c’est si important ! Notre public bénéficiera ce soir d’un petit bonus musical, expression de notre participation à une semaine d’action organisée par la FIM histoire de crier « Halte au vandalisme culturel ! » Un peu de lecture en rabe, tiens. ]

L’autre Leo

Il est un Leo qui me met en transe, en sueur, me surprend à chaque fois par l’intensité de sa créativité et son originalité. Mon Leo à moi n’a jamais été Romeo, ni Jack sur un bateau qui coule – poursuivi par une charmante damoiselle qui crie « Jack ! Jack ! Jaaaaaackblourb ! » – ou loup haut perché à Wall Street.

J’ai d’abord rencontré ses incroyables quatuors qui m’ont tiré des larmes d’une acidité à en faire pâlir un citron de jalousie. Puis bien plus tard au bureau, j’ai été une spectatrice happée par Katja Kabanova; et enfin nous avons joué son opéra Jenůfa, dont le livret rivalise avec celui de Lulu de Berg pour sa sordide glauquerie tellement réaliste.

Leoš Janáček. À chaque fois qu’il passe, c’est à dire pas assez souvent, ma froideur trépasse (oui, c’est pas bien compliqué pour une éponge émotive dans mon genre). Parce que cette manière toujours surprenante de cuisiner des mélodies quasiment folkloriques et/ou pastorales avec des cris suraigus, des motifs répétés comme des coups de poignards, de les assaisonner de douleurs jamais vraiment sentimentales ou de douceurs trop amères pour être honnêtes me secoue. Janáček a donc construit le seul grand huit qui ne me rend pas malade et dans lequel je remonterai toujours avec le même plaisir masochiste (oui, petit détail : c’est difficile).

Et comme ça tombe bien, dis donc, vu qu’on en fera trois petits tours cette semaine avant de nous en aller batifoler entre les murs de la Philharmonie de Berlin (si si) : un ce soir à Tournefeuille, le deuxième demain soir dans nos murs sera filmé pour Arte Concert et Mezzo (mais le troisième vendredi est privé). On constate que le programme de ces soirées est archi-dense –  Janáček, Martinů et Rachmaninov sont dans le même bateau – et promet d’être aussi émouvant que musclé. En passant, si tu te demandes à quoi ça ressemble de l’alto, tu ne dois pas rater ça.

De toute façon tu as compris : ce programme monumental me fascine autant qu’il m’effraie. Un peu moins le sucre de Rachmaninov, j’avoue… Avant de filer gratter Marcel qui proteste face à cet afflux de quartes et autres quintes pourries, je pose ici en guise de chatouillis le final de la Sinfonietta de Leo (que tu dois peux aussi écouter en entier en cliquant )(les groupies de Murakami retrouveront aussi dans cette musique un des acteurs de sa trilogie 1Q84).

Image

Chatons et dragons

Cette semaine, pendant qu’il pleurait dans un cœur comme il pleut sur la ville, on dirait bien que moi je suis passée entre les gouttes. Me voilà donc toute bizarre et envahie de considérations sur le destin, la nécessité de carper ses diem, la valeur immense de la présence des amis. Et partagée entre compassion nostalgique et presque soulagement égoïste.

Bref, c’est le bazar confusant.

Que j’illustrerai aujourd’hui à coup de souvenirs de cet étrange séjour parisien dont je reviens. Le premier est un sombre et fascinant Dragon dans les nuées d’Hokusai, exposé en ce moment au Grand Palais au milieu de mille et unes merveille dessinées, peintes et gravées. Cette exposition est un grand plaisir dont il serait dommage de se priver, tu devrais y courir.

Dragon

On peut voir l’oeuvre en entier en cliquant sur cette pale image.

Le second est une preuve de plus que les chats tentent de régner sur le monde. Ceux-ci sont roses à paillettes et ils ont envahi les murs du métro, signe indéniable qu’on va tous mourir dans d’atroces mièvreries.

Alerte rose !

En passant

La minute du mille-pattes

La méthode pour se sortir un coup de coeur shopping de la tête, celle qui consiste à commander des très jolies chaussures trop chères afin de les voir et les essayer, avec la sotte idée que je ne serais pas si bien que ça dedans et que « comme ça je les renvoie  et hop on n’en parle plus », ne fonctionne pas. Du tout. Sache-le. Comment ça j’aurais pu m’en douter ?

En revanche, si jamais un jour tu es à cours d’arguments de mauvaise foi pour justifier un achat, je vends les miens : ils sont imparables et pas chers, je les facture en bons d’achats chez Chie Mihara, si jamais.

Et en parlant de boîte à chaussures, je retourne me concentrer sur le très très charmant concert de ce soir pour en profiter au maximum, parce que demain dans l’abominable acoustique des neiges du Parvis de Tarbes, c’est pas gagné… hélas.