Vidéo

Brahmā la guerre et Vishnou la paix

Rassembler ses ultimes forces et ses esprits, dégotter un dernier déguisement noir façon ninja invisible de fosse d’orchestre, armer Marcel pour la bataille finale de la semaine…

Je me sens comme un tigre dégriffé, un aigle déplumé, et pourtant je dégusterai cette dernière d’ opéra jusqu’à sa dernière note, non mais. Christopher, c’est à toi pour la danse du combat, le dernier des trois. Chère semaine de pause, tiens-toi bien, parce que j’arrive. Et ça va être ta fête !

Fatboy SlimWeapon Of Choice (featuring Sir Walken pour la danse und Spike Jonze pour la caméra)

L’Île à Maurice

Ravel

Sur l’Île à Maurice on fait rarement dodo (ris donc, je suis très fière de ma blague, merci). Mais bon sang qu’on y est bien ! Les habitants ont le rythme dans la peau, aiment y fredonner des rengaines enfantines à la fraîcheur juvénile revigorante. Et puis surtout ils font toujours l’effort d’un sourire, même lorsqu’ils sont nostalgiques, et ça c’est pas juste poli mais réellement réconfortant. Demain soir, en plus, on nous promet une valse espagnole sur une main (ça m’a l’air tordu comme exercice, je commence à penser que ça va être du sport…). Mais je suis ravie ravie ravie, et tu sais pourquoi ? Parce qu’en plus Maurice – que j’aime d’amour – a invité Henri. Et, à mon avis, quand on met deux rois de la palette sonore ensemble sur la même île, ça peut sentir très bon le feu d’artifice.

Alors oui, pour Henri, il faut préparer un peu ses oreilles. Mais même moi – qui suis la plus ringarde des ringardes en matière de musique du XXème siècle – il m’a toujours touchée par sa poésie. Ce qui est étrange, c’est que je n’ai jamais su décrire mes sensations vis à vis de ses pièces autrement qu’à coup de termes picturaux, d’ombres puissantes et d’éclats scintillants. Je crois que j’ai toujours vu Dutilleux comme une étoile, un homme de lumière, un créateur d’images.

Pas mal de mes collègues m’ont avoué ne pas accrocher aux Métaboles autant qu’au reste de son œuvre, alors que moi je leur garde une tendresse particulière (nous avons en effet enregistré cette pièce ainsi que sa Symphonie n°2 et Shadow of Time en 2001)(ouh, ça date !). Entre autres parce qu’à chaque fois que le deuxième mouvement commence (à 3’19), mes poils se dressent d’émotions et de frissons, va comprendre… le coup du solo de violoncelle, sans doute… Allez, clique, tu vas en voir de toutes les couleurs.

Henri Dutilleux – Métaboles

Re-production

Il est enfin venu le temps de venir (re) voir et entendre Les fiançailles au couvent  de Prokofiev sur la scène du Théâtre du Capitole ! Au cours des répétitions, la qualité du plateau et de la mise en scène ont enthousiasmé les collègues qui ont la chance de pouvoir en profiter (les cochons, je suis jalouse) (car d’où je suis j’aperçois seulement de temps en temps une tête ou un bras). À en croire la mine hilare du patron et les rires qui fusent régulièrement, on s’ennuie peu, et je n’ai donc aucun doute quant au plaisir que le public prendra à venir écouter cet opéra.

J’avais déjà dit il y a quatre ans ma joie de découvrir cette œuvre et je n’ai toujours pas changé d’avis : la matière mélodique est riche, les atmosphères aussi changeantes que dans un cartoon et – argument léger oblige – la musique pétille et danse en tous sens. Last but not least, c’est vraiment un immense plaisir de faire partie d’un spectacle qui génère chez tous les participants un tel enthousiasme. C’est décidément une espagnolade soviétique de toute beauté et injustement méconnue que nous servirons donc là.

Un aperçu avec des passages de ballet dans un style visuel bien différent et dirigé par Gergiev au Bolchoï :

Deux cerises sur ce beau gâteau : non seulement un des thèmes repris à la trompette m’évoque irrémédiablement le Deguello de Rio Bravo (un montage un peu mal fichu de la musique sur des images par ici), et forcément si tu me parles de John Wayne et de western, je grimpe au plafond. Et en plus je ne peux m’empêcher de repenser que c’est grâce à son papier sur ce bel opéra que j’ai fait la connaissance du grand Tambour Major dans la vraie vie.

Bref, la première c’est vendredi et je trépigne comme une gamine. Et si tu es dans le coin, tu devrais vraiment venir faire un tour.

Titli : papillon noir

Pendant plusieurs années j’ai été adepte d’un club un peu honteux particulier : j’ai été bollywoodomane. Je consommais des films indiens kitschs plus ou moins en cachette parce que leur sotte désuétude qui chante et qui danse me mettait en joie. Je le confesse, j’ai aimé me vautrer dans les clichés de « l’Inde aux mille couleurs » (poke Chouyo), et même si elle ne m’offrait qu’une vision complètement carton-pâte de ce pays qui m’est inconnu, je ne renierai pas cette petite addiction qui m’a valu un bon paquet de fous rires.

Heureusement pour le vrai cinéma, on croise tout de même depuis quelques temps sur nos écrans des réalisations made in India qui cherchent – avec plus ou moins de succès – à s’affranchir du genre. J’avoue que j’avais été assez peu convaincue par Gangs of Wasseypur qu’on nous avait présenté comme une variante du Parrain et qui m’avait parue, malgré une trame de polar, encore toute empêtrée dans les poncifs stylistiques hérités de papa Bollywood. Je lui avais de bien loin préféré la chronique sentimentalo-cullinaire qu’était The Lunchbox.

TITLI_une_chronique_indienne

Et cette semaine est sorti sur les écrans Titli, une chronique indienne de Kanu Behl.

C’est l’histoire d’une famille où il ne fait pas bon grandir parce que le père est un affreux et que les trois fils sont des sales types mal élevés qui cognent facilement sur tout ce qui bouge, y compris les femmes. Il faut dire que tabasser c’est aussi leur gagne-pain, ça leur sert à racketter les automobilistes. Et au milieu de cette bande de truands minables se débat Titli (qui signifie Papillon), le petit frère chétif qui subit pas très courageusement le poids de sa famille et qui rêve de s’en échapper. Quand il s’en donne les moyens, la malchance et la corruption de l’administration lui mettent des bâtons dans les roues. Bref, c’est gris, vilain, et quand en plus on rajoute un mariage arrangé et vraiment pas heureux dans la marmite, on se demande si on va pas tomber dans le mélo misérabiliste sans autre issue que la boîte de Kleenex.

Eh bien que nenni : voilà un film rempli de personnages pas manichéens pour deux sous, dont le scénario vous laisse peu de répit et dont l’issue n’est pas grosse comme une maison. Bon, on n’échappe pas à un ou deux yeux humides et sentimentaux. Mais voilà bien longtemps que je n’avais pas été aussi heureusement surprise et emballée par un film « lourd » (ben oui, avec le peu d’intrigue que je t’ai dévoilé, tu ne t’imagines quand même pas que tu vas rigoler, hein) ! D’autant plus pesant qu’une fois de plus la place de la femme dans la société indienne ne fait pas frétiller d’envie. C’est pas demain la veille que je déménage dans la banlieue pas chic de Delhi…

Donc je sais bien qu’il fait beau, que les oiseaux piou-pioutent, que les papillons volent et que ça sent le printemps, mais en vérité je te le dis : cette semaine, le bonheur est dans le (film) noir. Bravo donc au réalisateur dont c’est le premier film, et bon vent pour la suite !

PS : je déconseille carrément de voir la bande-annonce, elle en dit trop et son montage ne rend pas proprement justice à la belle glauquitude de l’amosphère.