Objet perdu

Urgent !

Ai égaré il y a environ (ou précisément) deux semaines : charmante confiance en moi, d’un joli rouge corail lumineux, ayant peu servi et de petite taille, facilement apprivoisable, timide quoique bonnasse quand on y pense, mais se permettant parfois hélas d’aller jusqu’à la transparence. Écrire au journal, mot de passe : Caliméro.

PS : Accepte facilement remplacement par modèle plus important, moins fugace ou de toute autre couleur vive et volontaire, ainsi que les coups de pieds aux fesses, mais uniquement en bottes fourrées.

Le Néo-Noé du presque dimanche

Si la bande-annonce ci-dessous ne t’a pas découragé depuis belle lurette, que tu ne craches pas sur un navet occasionnel et que mon commentaire qui dévoile trop le film ne te fait pas peur, tu peux continuer. Sinon, on se revoit un autre jour, c’est sans rancune : mon masochisme cinématographique n’engage que moi. Et j’aurais pu/dû attendre dimanche pour le publier et le ranger comme il faut avec les autres daubes, mais j’ai peur d’oublier les âneries que j’ai envie de raconter.

Donc s’il te prend l’envie d’aller voir sur grand écran Noé de Darren Aronofsky (à qui on devait déjà le ridicule Black Swan), laisse donc chez toi toute velléité spirituelle, biblique ou culturelle, ou bien tu gâcheras beaucoup d’énergie à essayer d’y retrouver tes petits. D’ailleurs, en parlant de petits, si tu n’as pas l’âme d’une poule pondeuse, sache aussi que tu es face à un film où la place de la femme se résume à ses organes reproducteurs. Oh pardon, je suis vache : la femme crie et pleure un peu, aussi.

L’histoire commence avec une pomate – une pomme du jardin d’Eden grosse comme un cœur de bœuf qui bat, car le mal est vivant en toute chose – et se termine par un arc-en-ciel car après le déluge vient le beau temps. Ciel, on dirait un film qui n’y va pas de main morte avec la symbolique cliché ? Eh bien oui, c’est un peu ça, mais en pire : les méchants carnivores vivent sur une terre noire et travaillent dans les mines de la Moria avec les orques de Sauron mais habillés comme des zombies post-apocalyptiques. Les gentils – la famille de Noé, sont herbivores, écolos, vivent dans la prairie sous une yourte et portent des vêtements issus de l’agriculture responsables designés par des créateurs bataves néo-babas.

Noé est campé par un Russell Crowe barbu (car barbe = sagesse) et pas toujours très propre sur lui malgré les trombes d’eau qu’il se prend sur le museau. Il est complètement psychorigide et prétentieux, et est prêt à tout, y compris à bouffer toute crue sa descendance, pour accomplir ce qu’il pense être la mission que le créateur lui à confié, à savoir nettoyer la terre de la race humaine qui n’est que péché et caca boudin, et recréer le paradis d’avant le péché originel. Bon, le truc c’est qu’évidemment, les méchants ne sont pas d’accord. Et que ses propres fils non plus (particulièrement celui qui n’a pas de petite copine à baiser qui compter fleurette).

Là, tu te dis que de toute façon il est mal barré : comment construire un porte-container en bois avec l’aide de quatre adultes dont trois qui font la gueule à leur père quand tu vis dans un environnement volcanique sans le moindre arbre à l’horizon, hein ? Ah mais c’est que Noé, quand il plante des graines ça fait pousser des fontaines ! Et que, coup de bol incroyable, il devient pote avec une armada de Transformers en pierre super costauds même pas syndiqués qui travaillent comme des fous sans demander un rond en échange !

On trouvera ça et là quelques détails amusants et ridicules, un de mes préférés étant la feuille qui sert de test de grossesse en s’illuminant si madame est enceinte. L’épisode de "l’ivresse de Noé" vient comme un cheveu sur a soupe, le méchant en chef croque des salamandres toutes crues parce que la viande c’est la force, les images sont souvent très très kitsch, et l’histoire se traîne en longueur pendant tout l’épisode du radeau de la Méduse…

Et pourtant… je qualifierais malgré tout ce film de bon navet parce qu’il respecte son cahier des charges. Le parti pris est ouvertement heroic fantaisiste, les déferlantes d’animaux venant trouver refuge dans l’arche sont truquées à la louche mais belles, donc en gros c’est n’importe quoi mais avec panache. En fait je n’ai pas du tout aimé, j’ai ri partout où ça n’était pas fait pour être drôle mais je me suis très peu ennuyée.

Et puis surtout ça m’a confortée dans l’idée qu’il faut absolument que j’aille en Islande un jour (c’est tourné là-bas).

Plein le dos

Il arrive qu’à force de tirer sur la corde on y fasse plein de nœuds, et que les boules de tension accumulées sur la face arrière soient la seule source d’énergie encore disponible du corps. Du coup, quand la mise à l’arrêt forcée intervient, feue-la-Tigresse se fait mollusque et ses périodes d’activité dépassent difficilement les dix minutes. Bon sang que ça fait du bien de rien foutre pendant quelques jours, je crois que je revis, je me sens presque belle et tellement libre ! C’est moche c’est moche.

Les yeux brouillés du dimanche

Si on approchait un micro de mes pensées ce matin, il n’enregistrerait qu’un genre de "pchhhhhhhhh". Ou plutôt de "krr..rrrsss…krrr…tchhh", un truc irrégulier et lointain sans aucune substance, comme l’effervescence d’un merveilleux cocktail d’épuiserie, de fierté, de vide, de vexation et de projets, le tout passé au mixeur du doute et assaisonné de saine hébétude soulagée.
Bref, la daube du dimanche aujourd’hui, c’est un peu moi, mais dis donc je t’interdis de dire des trucs pareils, ho ! (je t’ai déjà dit que je parlais toute seule ?)
Non, la vraie daube serait plutôt ce grand moment de SNCF, à l’heure où orangit l’horizon, quand le gentil monsieur du bar du TGV de 1982 essaye de te faire croire qu’un mauvais sachet dans de l’eau tiède deviendra miraculeusement du thé. Que tu te dis que bon, c’est pas grave, que hiiiii c’est la Méditerranée – va comprendre, voir la mer te fera toujours le même effet excitant que quand tu avais 5 ans.
Que tu essayes de profiter de la vue en buvant ton brouet sauf que tu n’arrives pas à déterminer si c’est que tu as oublié les yeux dans voiture 11, ou si ce sont les vitres qui sont répugnantes à ce point-là, mais décidément tout est flou, dehors, dedans, partout. Même l’horizon refuse son statut horizontal, c’est dire si tout fout le camp.
Tu prendras un jus d’orange avec tes yeux brouillés, ou je te pose juste le délit de cliché ici ?

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