Un dernier vers pour la route ?

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir;
Valse mélancolique et langoureux vertige!

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir;
Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir;
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir!

Oh, mais que me vaut l’honneur d’une visite de Monsieur Baudelaire dans le quartier ?

Le retour d’une œuvre de Maurice mon amour sur mon pupitre, à savoir un trio aimé et craint comme la peste à la fois. Parce que c’est une splendeur certes magique, mais fichtre bougre, qu’elle est difficile ! ( et là, on peut prédire que jusqu’à ce concert Ravel, les jurons vont voler bas dans mon chez moi ). La tessiture grimpe jusque dans les colophanes éternelles, la partition est à la fois virtuose et sentimentale, mais si précisément annotée qu’il est difficile de s’y épancher. Alors je dis tant mieux : les excès de sucre, c’est mauvais pour la santé ( en plus deux mois avant le maillot, ça ferait prendre de l’ampleur ), et puis les dégoulinures trop romantique, non merci, j’y repenserai quand j’aurai 75 ans en revoyant “Elle et Lui”… et encore… Bon mais quand même, que ce trio est beau, mais beau ! J’adore particulièrement détester le deuxième mouvement, qui s’appelle Pantoum. D’où la citation du poème et l’étalage de romantisme de veille de mois de mai ci-dessus. Prends donc un brin, va, je ne sais pas comment terminer, et puis j’ai pas vraiment l’habitude de me montrer comme ça… je devrais peut-être boire un truc ?

Oui, parce je me sens encore plus émouvue à la pensée de la Passacaille, donc je vais me cacher.

Rodéo

La capture du veau au lasso, c’est fait. La monte du bronco, voilà 10 jours que j’y travaille : j’ai certes quelques courbatures, la peau un peu sensible, et j’ai bien transpiré mais je sens que je commence à maîtriser. Eh oui, certaines partitions rendent le rapport à l’instrument de musique similaire à une séance de dressage. Me voilà plutôt contente de moi, et surtout plutôt heureuse que le planning permette un jour d’arrêt. Oui, je souffle quelques heures.

Je n’attaquerai donc que demain ma  préparation avant l’ultime épreuve : le dressage, hélas éternellement provisoire, de ma bête à cordes.


Copié Collé

Alors, vite en passant, une rapide séance de promotion audiovisuelle, parce que je vais finir par oublier. Le merveilleux “Roméo et Juliette” de Prokofiev dont auquel je causais naguère sera diffusé demain ce dimanche à l’heure de l’apéro sur Arte, et dans mon souvenir, nous y sommes plutôt bons ( non, les chevilles vont toujours bien, merci ) donc c’est à ne pas rater. Les détails sur la petite image cliquable ci-dessous.


Oui, je l’ai déjà dit hier, mais vous verrez quand vous aurez mon âge : vous ne saurez même plus copier sur votre collé, ha !

Et comme tant qu’à faire de radoter, autant rentabiliser le gâtisme, la moujik-vidéo du jour sera une nouvelle version moins champêtre mais tout aussi batifolante d’un titre d’Ok Go qui s’est déjà montré par ici. This Too Shall Pass 2, le retour !


Le premier jour, Oreste, de ta vie

Alors, vite en passant, une rapide séance de promotion audiovisuelle, parce que je vais finir par oublier. Le merveilleux “Roméo et Juliette” de Prokofiev dont auquel je causais naguère sera diffusé demain dimanche sur Arte, et dans mon souvenir, nous y sommes plutôt bons  ( non, les chevilles vont toujours bien, merci ) donc c’est à ne pas rater. Les détails sur la petite image cliquable ci-dessous.

Mais revenons à nos moutons grecs : voilà quelques jours que je l’annonce, il y a de la tragédie dans l’air : ce mercredi, c’est la première d’Elektra de Richard Strauss.

Électre, en français dans le texte, c’est la petite fille dans la famille Atrides. Signes particuliers : rêve de faire assassiner sa mère, qu’elle passe son temps à traiter de morue et de traînée. Éprouve une fascination freudienne pour son papa et une admiration louche pour son frangin. Agamemnon est le père, et il est mort ( au moins lui, son cas est réglé ) zigouillé par sa femme et son amant Égisthe. Clytemnestre, la mère, est pétrie de remords, ravagée par sa vie dissolue, et complètement terrifiée par sa fille. Oreste, le frère et fils, qui rentre à la maison après s’être fait passer pour mort, est manipulable à merci et finira cette belle séance de thérapie familiale une hache ensanglantée dans les mains : sous les ordres de sa sœurette, il découpera maman et beau-papa en tranches en chantant «Tiens, voilà du boudin» ( non non, quand même pas, je suis sûre qu’à Berlin à l’époque on préférait de loin le jarret ).

Ah, mais que voilà un récit rafraichissant qui pourrait s’appeler «Comment transformer son frère en assassin» ! Tout comme dans Salomé, l’héroïne est bien vilaine. Mais là où Strauss est fort,  c’est que ce sont les moments où Elektra exprime son profond désir de vengeance et de meurtre parricide qui sont les plus gais et les plus exaltés dans la musique : c’est un genre de romantisme bien glauque, bien décadent et très “1900″.  Et même si pour l’époque, les harmonies sont carrément modernes, le décibel méchant ( l’orchestre se doit normalement d’être composé de 115 musiciens ), et la partition abominablement difficile à jouer, voilà une œuvre totalement merveilleuse et fascinante :  j’applaudis, j’adore, j’adule !

Pour vous en servir une tranche, j’ai retrouvé un extrait de la même production, donnée ici-même à Toulouse dans le même décor il y a quelques années avec l’incroyable Janice Baird dans le rôle titre.


Mon Jedi chez les Atrides

Alors non, je n’ai pas trop fumé  oh, mon royaume pour une volute de tabac… Non mon neurone survivant n’a pas été attaqué par les décibels , j’ai juste un peu besoin de voyager en ce moment. Et puis j’aime bien me raconter des histoires, et rends moi mon cartable, toi, sinon je te prête plus jamais mon taille-crayons. Mais c’est pas de ma faute si on dirait que les décors de cette production d’Elektra, dont la préparation habite mes journées, ont été volés chez Georges Lucas !

Dans mon opéra à moi, c’est un peu comme si les héros de la mythologie grecque avaient l’habitude de régler leurs contentieux à coup de sabre laser : pendant qu’au premier plan de la scène, Agamemnon Solo est congelé dans sa carbonite, Oreste tente  désespérément  de faire atterrir son Pegasus Millenium sur le plafond de la Halle Aux Grains pour le délivrer, mais il a vraiment du mal avec les créneaux.

Pendant ce temps là, la Princesse Elektra commence à se demander si elle ne devrait pas envisager une analyse : à chaque fois qu’elle se sent basculer du côté sombre de la force, les portes de sa villa de la planète Mycènes ne ressemblent plus du tout à un portique tout droit échappé d’un château du Gondor ! La pauvrette, elle est pas sortie de l’auberge… mais je pense revenir faire sa thérapie d’ici quelques jours. Parce que franchement, ses rapports avec maman et frérot ne sont pas plus clairs.

Ah oui, c’est capillotracté, et alors ? Bon, encore une louche pour la route, va.

Et sinon, à la rubrique Friday I’m in Love,  j’ai divorcé avec Netvibes : trop de retards, d’excuses bidon, trop de rendez-vous manqués, un vrai boulet. J’ai adopté à sa place le jeune Feedly, qui est tout ferme, musclé, réactif, et carrément joli à regarder, rrrr !

Femme des cavernes

Je suis venue te dire que je vais me taire.

Après une magnifique déferlante de plans sans comète, me voilà finalement devant une soirée de trou noir intergalactique. Du rien, emballé dans un magnifique ruban de vide. Pour fêter ça, et tout en ayant parfaitement conscience de toutes les choses matérielles et virtuelles que je suis supposée commettre rapidement, je décide de tout débrancher, et de tout remettre à plus tard. J’ai besoin de me faire plaisir, et que personne ne vienne me dire que ça rend sourd, Richard Strauss s’en charge amplement . Aujourd’hui, instinct de survie oblige, mon bonheur passe par la case ours-attitude. Donc, la paresseuse vous salue bas, sourit de toute son âme en savourant ce moment d’avance, et vous embrasse la truffe.

On se revoit aux calendes grecques chez le gars qui rase gratis ?