Show must go on

Aujourd’hui c’est une journée molle comme une guimauve qui aurait eu trop chaud. Et pas seulement parce que j’ai un peu trop fêté deux anniversaires en deux jours, non. C’est le concert d’hier qui m’a laissé un drôle d’arrière-goût, en fait. Un peu triste et amer pour être précise, mais je raconte. Bouge pas : je prends une clope et je serai une parfaite Tata Paulette.

Hier soir donc, après une Ouverture de Schumann qui m’a fait me demander si ce pauvre Robert n’était pas bègue (Genoveva, c’est quoi ce titre ?) venait le fameux concerto pour violon de Mendelssohn, plutôt joliment interprété par Alina Ibragimova. L’exercice de l’accompagnement du concerto étant un sport qui nécessite une multi-vision violente (un œil sur le chef, l’autre sur la soliste, un troisième sur ton chef de rayon et un quatrième sur la violon solo, plus deux autres sur la partition parce que sait on jamais : ça peut servir), l’orchestre n’est jamais vraiment relax. En tout cas moi, non. Bref, la soliste entame alors sa cadence, aka : « public aimé, regarde un peu ce que je sais faire toute seule sans cet orchestre avec lequel je dialogue depuis tout à l’heure ».

Soudain, un grand schblonk, bruit de chute de matériel dans l’harmonie.
Bon.
Suivi de très près par un bruit plus lourd et plus sourd et un brouhaha dans la salle, et là je me retourne et comprends la raison de la réaction des gens : une des flûtistes (une jeune stagiaire/boursière, une talentueuse étudiante du CNSM de Paris) gît face contre terre.
Le chef, désemparé, arrête tout, la musique s’éteint. Je vais voir si je peux aider mais mes collègues les plus proches d’elle géographiquement ont pris les choses en main. Et puis un médecin sorti du public est là qui lui parle, parce qu’elle a rouvert les yeux. Les convulsions l’ont vidée, sont regard est mort, elle ne comprend rien, mais elle rassemble ses forces, arrive à se relever et à quitter la scène. Je sais aujourd’hui qu’elle a certes cassé sa flûte (catastrophe, quand même) mais qu’elle est rentrée chez elle et n’a pas souffert de sa chute, dont je ne connais pas la cause.

Reste surtout ce malaise vraiment impressionnant… d’autant plus impressionnant qu’il a fallu vite se rasseoir, respirer un bon coup et recommencer presque comme si de rien n’était. Je n’ai jamais pu me remettre dans le concert, je l’ai regardé passer carrément choquée par la situation, avec une sale impression d’égoïsme/mercantilisme honteux. En constatant aussi avec amertume que finalement, dans la vie, les choix sont limités : si quelqu’un tombe, même si ça te touche, tu dois continuer à marcher. Si c’est toi qui tombes, tu te dois de te relever. Tout le monde avance et toi tu suis, que tu en aies envie ou non, c’est comme ça que ça fonctionne. Et pendant ce temps-là, la terre tourne.

Je me suis subitement sentie infiniment plus petite qu’une miette.

2 réflexions sur “Show must go on

  1. Oui c’est un peu triste. C’est dans ces moments-là qu’on réalise la fragilité de l’existence et que certaines quêtes nous paraissent si vaines alors. Allez hauts les cœurs ;-)

    • Il m’aura fallu une bonne journée et une bonne nuit pour laisser passer ce moment pénible qui n’a pourtant dû durer que, quoi ? 4 ou 5 minutes ? C’est fou comme on peut être perméable…

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