On

Fêter le départ en vacances définitives de quelqu’un pour qui on éprouve énormément d’affection et qui pour l’occasion vous arrose de vin de Fronton, de délicieux frometon, de tartelettes au citron et d’une avalanche de splendide cochon… on dira ce qu’on veut, mais c’était beaucoup d’émotions. Normal, quand on voue au fournisseur une admiration proche de la religion. Pour preuve, ma prière d’hier soir devant ce bel autel de saucissons.

Sur ce, comme c’est un lendemain de libation, et que j’en ai encore mal au carafon, souhaitez moi de ne pas m’endormir en réunion (on dirait bien que c’est un peu une journée à la …on)

Double Ludwig all the way !

Double Ludwig all the way !! *

* clic

C’est bientôt la saison des Orangeades Chorégies d’Orange. Ah, Orange, son climat chaud, ses conseillers municipaux progressistes et sa villa avec piscine en colocation avec les copains ! J’ai hâte de barboter dans l’eau fraîche en compagnie de ma bouée canard. Mais avant ça, forcément, il y a un peu de boulot, vu qu’en plus des deux représentations d’Aïda de Verdi, nous devons assurer deux concerts symphoniques. Dont un qui ressemble à un pari un peu fou, celui où on jouera la 9ème de Beethoven avec la 8ème en apéritif. Ils sont fous ces orangeux ! Pour faire dans la métaphore culinaire, ça serait un peu comme prévoir un dessert à base de chocolat, de bananes et de crème de marrons après une choucroute.

Répétons donc l’hymne à/dans la joie. Et c’est l’occasion ou jamais de faire un lien faire le blog de Djac Baweur, qui l’autre jour racontait avec moulte brio et humour le déroulement d’une répétition ordinaire dans un orchestre parisien. Ben tu sais quoi ? J’ai bien l’impression que la musique est un des déclencheurs de tocs et de tics sociaux les plus universels qui soient : sa peinture est parfaitement copiable et collable à mon bureau, avec forcément quelques variations. Mais si tu as envie de savoir ce qui m’attend dans une demi-heure, clique, donc (mieux vaut deux fois qu’une, allez) et enjoy !

L'homme à la pomme

Nombrilisme au carré

Il y a plusieurs manières de faire des sauts périlleux. L’une d’elle consiste à remettre le nez (les yeux, en l’occurrence) dans une œuvre qui a profondément marqué ta néo-adolescence.

Flashback, donc : à cette époque, j’ai souffert d’une grave crise de greenawite suraigüe, déclenchée par la vision de A Zed And Two Noughts (Zoo en français). Peter Greenaway a nourri mes années 80 de ses films tordus et conceptuels, et parmi ceux que j’ai vus et revus sur le coup, allant jusqu’à me gaver de la BO dans mon radio-cassette (si tu as moins de 20 ans et que tu te demandes avec l’air goguenard ce qu’est une cassette et qui est donc ce dinosaure que tu es en train de lire, je te prierai quitter l’endroit et de fermer cette fenêtre. Et sans la claquer, merci, espèce de galopin) il y avait Le ventre de l’architecte. J’avoue que j’étais à la fois impatiente et un peu frileuse à l’idée de revoir la chose pour la première fois depuis quasiment vingt ans, car j’avais peur d’être déçue.

Exercice dangereux durant lequel le film en question n’a pas perdu la moindre plume. J’ai à nouveau suivi avec plaisir le réalisateur dans une Rome filmée comme une carte postale obsédante oscillant entre (néo) classicisme et néo-fascisme. Très réussie aussi, la mise en abyme du héros (l’architecte) en proie à des affres qui rongent à la fois sa fierté professionnelle (il doit rendre hommage à un autre architecte qu’il vénère dans une cité dont les bâtiments et le passé l’hypnotisent) et son ego de mâle (bah, sa femme batifole ailleurs mais étant donné son élocution insupportable, c’est pas vraiment une grande perte).

Rapidement, tout tourne autour de son ventre, et même si la profusion de symboles chère au réalisateur devient parfois un peu too-much (allusions bibliques, vie et mort, fertilité et pourriture entremêlés à gogo), le plaisir vient en grande partie des yeux : Greenaway use et abuse de ses connaissances en histoire de l’art pour filmer et créer des tableaux animés aux constructions faussement symétriques, partout et tout le temps. Avec un code couleur simple : du noir, du blanc/beige et toujours une touche de rouge plus ou moins appuyée. D’ailleurs ça commence avant le générique avec… une boîte à violon ! La musique répétitive de Wim Mertens est de plus en parfaite adéquation avec ce scénario farfelu et pas gentiment bizarre, car un poil glauque quand même.

Quelle meilleure garantie d’une soirée vraiment typée et carrément réussie, avec les apéricubes et les rochers Ferrero en moins ?

De ce saut périlleux-là, j’aurai donc atterri sur mes pieds. Encore une histoire de pomme, en somme (oui, le billet d’une livre, Isaac Newton et la gravité ont aussi le beau rôle dans le film). J’ai bien peur que dans la foulée il y ait du Cuisinier et du Jardin anglais dans l’air…

La daube en kit du dimanche

En pièce détachées, un peu à mon image en ce jour de grande estivité. Voilà bien longtemps que je n’avais pas eu à ce point besoin de démarrer une journée aussi tard. Et quand je me lève enfin, mes yeux flous tombent sur les souvenirs de la journée d’hier qui trônent dans mon salon, histoire de m’en rappeler les meilleurs moments. Presque oubliée, l’heure et demie de trop passée dans le bus grâce à un chauffeur visiblement peu convaincu par l’utilité de travailler un peu son itinéraire (je le revois, je le transforme en steak haché). On retient quoi, donc, de Fleurance dans le Gers, à part que George m’a posé un lapin ?

Sans aucun doute, de la gentillesse.

Celle du chef Rinaldo Alessandrini, avec qui nous avons eu la belle chance de travailler toute cette semaine. C’est vraiment un grand musicien, intelligent, fin drôle et sensible. Je l’ai adoré aussi pour l’énergie qu’il a su dégager au concert privé de jeudi (j’espère arriver à mettre l’oreille sur sa diffusion sur France Musique, d’ailleurs…). Et il me l’a bien rendu hier soir, ainsi qu’à mes collègues filles du premier rang, en nous fleurissant toutes les quatre à la fin du concert. Je sais, ça n’est qu’une plante volée dans un bouquet, mais elle m’a fait plaisir.

En kit et tellement gentille aussi, la charmante attention que nous témoignent les Fleurantins à chacun de nos passages. Ici, un apéro et une belle annexe au dessert, par exemple.

(oui, tu veux ta daube. Mais ne crie pas comme ça, j’ai la tête sensible,là)

Et donc, en kit pour finir, une rencontre improbable, mais pas dans le Gers, juste sur la toile. Sans doute le résultat étrange et merveilleux du premier jour où les Village People ont été remplir un caddie à 150€ chez Ikea, à l’époque où le Père Noël avait construit le premier magasin en Laponie finlandaise (à cause que le coût de la main d’œuvre des élans était moins élevé là-bas qu’en Suède)…

Kake Singers - Me Halutaan Olla Neekereitä
(Nous imbattables selon Gougle qui ne connait pas les verbes)

Sous le chat-chat-charme

Et dire que j’ai failli passer à côté de ce chat là sans le caresser… Je ne sais pas si le félin en question restera encore longtemps à l’affiche ailleurs qu’à Paris, mais en tout cas je ne regrette vraiment pas d’avoir dû le chercher un peu et marcher plus que d’habitude pour aller jusqu’à lui (Toulouse-village…). Pour moi, Le Chat du Rabbin vaut vraiment le détour (oui, comme souvent je ne partage pas complètement le jugement de Funambuline sur la bête, mais son analyse me parait intéressante). Pourtant, j’éprouvais avant de le voir les réticences et les craintes de celle qui a apprécié l’œuvre sur papier : peur de voir la poésie et le rêve gommés par l’animation, peur de pas retrouver des sarcasmes passés à la moulinette consensuelle, peur de ne plus être touchée par la grâce d’un dessin à l’esthétique tantôt léchée, tantôt floue.

Et finalement le film m’a attrapée dès son générique en zellige mauresque. Je n’ai pas été dérangée par le côté un peu compilé-fouillis de la narration (même si j’avoue que ça m’a surtout donné envie de remettre le nez dans les BD en question, histoire d’y retrouver mes petits), c’était même plutôt drôle de se retrouver dans cette espèce d’odyssée spirituelle en forme de road movie africain. Alors oui, les réflexions sur la religion ont beau être pleines de bon sens, elles sont aussi très utopistes, mais je n’arrive pas à trouver ridicule le fait de rêver d’un monde où on cohabite les uns avec les autres en essayant de se comprendre tout en admettant ses propres failles.

Une des plus belles réussites de Joann Sfar pour ce film, ce sont ses vues d’Alger, son port, ses petites rues : elles sont vraiment magnifiques, et leur poésie n’est pas loin d’égaler celles des aquarelles d’Hugo Pratt. J’ai aussi trouvé ses dessins de Zlabya, la maitresse du chat si joliment parlé par François Morel, particulièrement remarquables (mention spéciale au plan final). En gros, je me suis vraiment régalée.

J’en oublierais presque que je suis dans un bus pour aller jouer au fin fond du Gers, endolorie par le retour de la vengeance du torticolis, c’est dire.

George avec une tête qui fait la tête

Cher George,

Oui, Mister Clooney, c’est bien à toi que je parle.

euh pardon, plutôt celle-là *

Cher George, donc, je suis sûre que tu aimes le Gers. Probablement ne le sais-tu pas encore. Mais je tenais aujourd’hui à te le dire : tu es face à une opportunité exceptionnelle, à savoir celle d’un changement radical. En effet, je désapprouve souvent ton goût en matière de femmes, j’avoue même que je te trouve un peu trop attiré par des bimbos dindes radasses vulgaires (je n’ai pas dit ça) pour être honnête, hein.

La nouvelle est tombée hier : toi et Machinette Jesaisplusquoi, c’est fini.

Donc si pour changer tu as envie non seulement d’une compagne au corps de rêve et pleine d’esprit, mais en plus d’une artiste talentueuse, pétillante et ayant un sens très développé de la fête (et très mal au crane ce matin), alors viens. Viens à Fleurance dans le Gers demain, tu vas voir ça va être champêtre, je te mets le plan avec un marqueur sur le Centre Culturel dans lequel on joue, tu sais, celui qui a l’acoustique flatteuse d’une boîte à godasses ?

Ça va être merveilleux, je te promets de trouver un moment entre la répétition et le concert pour aller manger un bout de foie gras avec toi. Et puis à défaut de feux d’artifices royaux, je t’offrirai une promenade sur l’eau dont le plaisir, testé et approuvé hier soir (la preuve un jour sur France Musique) est garanti 100% frais et léger.

Oh oui, George, sois mon canard et je te jouerai des rigaudons !

Ah bon, tu trouves qu’on sent très fort que je ne suis pas vraiment motivée à l’idée de me taper 3 bonnes heures de bus sur des petites routes qui font vomir demain, moi ? Bizarre…

* Et donc en passant, si tu n’as pas vu The American, je trouve que c’est un tort.