Smells Like Grimm Spirit

Hier soir, lors de notre première lecture avec l’orchestre des Chants et danses de la mort de Moussorgsky, ma première réaction a été de me demander d’où donc sortait cette bizarrerie aussi rêche que folklorique aux mélodies magnifiques. Bon, quand j’ai vu que l’orchestration avait été commise par Chostakovitch, j’ai mieux compris le côté acide et grinçant de la chose : quand les grands désabusés se rencontrent, ils sont malheureux et ont beaucoup de petites glauqueries.

Et puis le patron nous a expliqué ce que chanterait la chanteuse par dessus l’orchestre (on bossait sans elle) et là, j’ai eu des visions de ces gravures en noir et blanc qui illustraient les plus fantastiques et macabres des contes de Grimm dans mes bouquins de quand j’étais petite. J’ai eu du mal à trouver les textes de Arseny Arkadyevich Golenishchev-Kutuzov (ici), mais à leur lecture, mon impression s’est confirmée : miam miam, c’est délicieux, c’est gai, ça saigne et ça croque sous la dent. Idéal pour une fin de dimanche de presque hiver, je trouve.

Pour exemple, et ici chanté par une basse, celui qui sur notre partition s’appelle Ah que j’aime les militaires Crevez charognes Commandant en chef.

La bataille vrombit, l’armure étincelle,
les canons de bronze mugissent,
les régiments chargent, les chevaux se ruent,
Et des flots rouges de sang se déversent.
Midi brûle violemment, tous continuent de lutter;
quand le soleil décroît, la batille s’intensifie encore,
le couchant pâlit, mais les ennemis toujours s’affrontent
plus farouchement et plus sauvagement.
Or la nuit est tombée sur le champ de bataille.
Dans l’obscurité les légions se dispersent…
Tout est tranquille et dans l’opacité de la nuit
des gémissements montent vers le ciel.
Alors illuminée par la clarté de la lune,
chevauchant son destrier de combat,
ses os blancs luisant dans la pâle lumière,
surgit la figure de la Mort; et dans le calme,
écoutant les rôles et les prières,
emplie d’orgueil et de satisfaction,
tel un chef guerrier, elle fait le tour
du champ de bataille.
Elle monte jusqu’au sommet des collines, observe,
s’arrête, puis lâche un sourire…
Alors sur la plaine du combat
la voix du trépas retentit :
« La bataille est finie! Je vous ai tous vaincus !
Devant moi vous avez capitulé, soldats, tous !
La vie vous avait opposés, moi je vous réunis dans la paix !
Tous ensemble levez-vous à l’appel de la mort!
Défilez en un cortège solennel,
je veux rassembler mes troupes;
ensuite dans la terre vos os pourront être couchés,
et doucement dans la terre des maux de la vie se reposer !
Les années succèderont aux années, indifférentes,
et parmi les hommes tout souvenir de vous disparaîtra.
Mais moi je n’oublierai pas, et par-dessus vos os
je donnerai une fête bruyante à minuit sonné!
En de lourds pas de danse la terre humide
je piétinerai, afin que jamais vos os ne s’échappent
de l’antre du tombeau,
et que jamais vous ne puissiez de la terre vous relever !

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5 réflexions sur “Smells Like Grimm Spirit

  1. C’est vrai que ça donne la pêche !

    Je suis certain que Kurt en aurait fait une chansonnette pour les petits, s’il n’avait pas eu la mauvaise idée de jouer avec son fusil à bouchon.

    Sinon, je m’inquiète pour tes lectures d’enfance.

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