São Paulo, c’est énorme, plein de gratte-ciels pas toujours très exaltants (ah, les années 70 et 80, quelles sources inépuisables d’abommiffreuses bétonnifications merdiques !) et dans mon souvenir un peu trop lointain et succinct, ça s’arrêtait là.
Aujourd’hui, planquée sous ma somptueuse capote en sac poubelle translucide façon Zorro du préservatif cape étanche indispensable achetée en urgence, j’ai eu le plaisir de réviser mon jugement. Entre autres grâce à la pluie : dans cette mégapole aux portes de la jungle, le végétal se fraye un passage partout où il peut (l’eau lui en donne les moyens), il dégouline des balcons, court vers le ciel (si tu as un gros caoutchouc chez toi, dis toi bien que c’est un nabot bonsaï à côté des mastodontes qui peuplent les nombreux parcs du centre ville) et parasite le béton. L’impression d’abandon délabré façon post-apocalypse qu’on a parfois devant certains immeubles s’en trouve décuplée. Quand on ajoute à cette verdure en folie un amas de n’importe quoi architectural, social et humain, ça devient assez fascinant.
Après, je crois aussi que mes yeux ont changé. Sans doute apprécient ils différemment les choses, tout spécialement les villes d’ailleurs (quand j’étais jeune et bête j’avais tendance à penser que rien de potable en “art” n’avait été conçu après 1930, j’étais déjà une vieille conne, quoi). Maintenant j’ai appris à me régaler d’ambiances, de gens, de détails et de mélanges incongrus, peut être aussi parce que je sais mieux goûter le fait que voir seulement un peu est certes parfois frustrant, mais que ça reste une sacrée chance. Images volées de la promenade sous ciel mouillé embrumée de décalquage horaire du jour.