Chinoiserie #6 et fin du mode furtif *

Voilà, la virée chinoise est terminée et la boucle s’est bouclée hier soir après une petite journée de 20 ou 22 heures : l’avion que je partageais avec un tiers de mon bureau orchestre s’est posé dans mon Toulouse. Mon Toulouse qui ne contient pas 19 millions six cents habitants hors agglomération, qui sent mauvais les hydrocarbures mais pas tant que ça finalement, ma Roseville qui paraissait si lilliputienne et déserte dans la nuit. Et qui en ce matin de recalage horaire raté me semble d’un calme tellement magique… (soupir de bonheur mou d’épuisement).
Il y a peu de choses que j’envie chez les habitants des méga-villes de Chine que nous avons traversées en courant pendant cette tournée, mais j’avoue qu’aujourd’hui, semi-décès oblige, la chose qui me fait baver, c’est leur capacité à sombrer dans le sommeil ou le simple repos à tout endroit et à tout moment.

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* Internet dans son entier m’est donc de nouveau accessible sans tricherie, j’avoue une certaine peur d’ouvrir Twitter et de plonger mon nez dans mes flux RSS par peur du raz-de-marée d’informations de toutes sortes.

Chinoiserie furtive #5

Le bâtiment est grandiosement moderne, on sent bien que pour ce "Centre Multiculturel" de Tianjin où nous avons joué ce soir en sandwich entre environ 5 ou 6 heures de bouchons – l’horaire théorique d’un trajet dans Pékin et ses alentours semble devoir être souvent rallongé d’une heure – on a mis le paquet.
Dans la salle à l’acoustique flatteuse et agréable (enfin, il était temps : la dernière prestation avant le retour c’est demain !), le design est soigné jusqu’au plafond et l’arrière-scène est confortable.

On se concentre à fond, fatigue oblige ; on entre sur scène avec le sourire un peu crispé du stress en longeant les drapeaux français et chinois qui servent de décor (on comprend bien pourquoi nous sommes venus jouer ici : nous sommes déguisés en poignée de main diplomatique).
Bref, on est motivé pour s’appliquer et démarrer le concert avec le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy. J’attends le merveilleux solo de flûte les yeux fermés et pleins d’envies d’émotion. J’ai pleine confiance en notre flûtiste pour ça… sauf que comme chaque soir, c’est le drame. Le sacrilège total.
Car ce pays n’est qu’un bruit, un vacarme incessant, un boucan permanent qui tape sur les nerfs. Même en concert. Le public n’éteint jamais son téléphone, discute à haute voix, tousse à la limite du crachat, fouille dans ses sacs en plastique et claque des talons (oui, il se promène aussi). Aucun de nous n’avait souvenir de cette dramatique incapacité à couper le son ne serait-ce que 10 minutes chez le public en Chine. Je suis dans le pays qui ne s’arrête jamais, et heureusement que j’en repars bientôt : cette nuit, après un cauchemar j’ai entendu une chose dont j’avais oublié l’existence. Oui, cette nuit j’ai entendu le silence et je crois que jamais ce vide ne m’a autant émerveillée et emplie de joie.

Chinoiserie furtive #3

Allo la terre, ici Wuhan, répondez ?

Ou quand, implacable et d’une précision quasiment horlogère en tournée, ce que j’ai fini par baptiser "Le pic des 5 jours" te prend au milieu du Triangle des Bermudes, à savoir une bourgade de 9 millions d’habitants où l’internet déjà furtif se fait plus que capricieux (le Pic des 5 jours est un truc qui te transforme momentanément en hérisson qui mord).
Ou quand la lassitude de l’ailleurs en troupeau te fait un petit bleu au moral ; un petit bleu tout pâle composé de mille et uns détails idiots, et qui donc forcément finit toujours par faire mal, justement parce que ça n’en vaut pas la peine.
Où tu vois déjà l’éclaircie arriver au moment même où tu prends conscience d’avoir traversé une perturbation d’une banalité affligeante, mais qui te marque parce que tu es loin, sous un ciel d’une crasse quasiment palpable et que tu marches au milieu d’immeubles aussi ravagés que ses habitants te semblent pauvres.
Où l’humeur a un taux d’humidité de 80%, mais on dit qu’il fera beau demain (ou aujourd’hui, selon la longitude et l’âge du capitaine) pour le jour de repos.
Où tu es tellement fière d’avoir trouvé dans tes émotions du concert du jour un champ de fleurs de lotus pour t’égayer ce qui n’aurait pu être que du béton. Où tu réalises que tu dois aller te coucher avant de commencer à balancer de la métaphore lyrique à la con…

Chinoiserie furtive #2

Beaucoup de choses ici à Shanghai semblent venues d’un autre temps, aussi bien les murs des maisons des rues de l’ancienne concession française que les sons qui s’échappent des radios qui crachotent. Et quand dans un coin du Parc Fuxing je tombe sur ce monsieur en costume qui s’exerce à tirer avec son lance-pierre sous l’oeil méfiant d’un policier planqué dans son petit pavillon des années 60, je me sens comme perdue au milieu d’un grand collage…
Sinon, ma lecture du moment s’appelle "Chargement en cours" et le film qui n’arrête de pas de passer "Impossible d’afficher la page web : veuillez réessayer ultérieurement". J’avoue que n’ai pas encore vraiment réussi à me plonger dans l’histoire…

Chinoiserie furtive

Croquer Shanghai en quelques demi-journées c’est picorer une miette par-ci un gratte-ciel par-là, gambader dans le vert d’un jardin ou avoir l’impression d’être une volaille en batterie. On m’a dit ce soir qu’aller dire bonjour aux bêtes dans les marchés n’était pas une bonne idée par les temps de grippe qui courent. Ben… trop tard, et puis pour l’instant il semblerait que la seule chose que j’ai attrapée aujourd’hui soit un gros coup de soleil sur les épaules et la maladie du sourire bête de quand tu es content d’être là où tu es quand tu y es. Je partage donc en passant un regard jeté chez un marchand d’oiseaux (en me demandant si cette page, contrairement à Twitter ou d’autres réseaux, fonctionnera normalement).