Le Néo-Noé du presque dimanche

Si la bande-annonce ci-dessous ne t’a pas découragé depuis belle lurette, que tu ne craches pas sur un navet occasionnel et que mon commentaire qui dévoile trop le film ne te fait pas peur, tu peux continuer. Sinon, on se revoit un autre jour, c’est sans rancune : mon masochisme cinématographique n’engage que moi. Et j’aurais pu/dû attendre dimanche pour le publier et le ranger comme il faut avec les autres daubes, mais j’ai peur d’oublier les âneries que j’ai envie de raconter.

Donc s’il te prend l’envie d’aller voir sur grand écran Noé de Darren Aronofsky (à qui on devait déjà le ridicule Black Swan), laisse donc chez toi toute velléité spirituelle, biblique ou culturelle, ou bien tu gâcheras beaucoup d’énergie à essayer d’y retrouver tes petits. D’ailleurs, en parlant de petits, si tu n’as pas l’âme d’une poule pondeuse, sache aussi que tu es face à un film où la place de la femme se résume à ses organes reproducteurs. Oh pardon, je suis vache : la femme crie et pleure un peu, aussi.

L’histoire commence avec une pomate – une pomme du jardin d’Eden grosse comme un cœur de bœuf qui bat, car le mal est vivant en toute chose – et se termine par un arc-en-ciel car après le déluge vient le beau temps. Ciel, on dirait un film qui n’y va pas de main morte avec la symbolique cliché ? Eh bien oui, c’est un peu ça, mais en pire : les méchants carnivores vivent sur une terre noire et travaillent dans les mines de la Moria avec les orques de Sauron mais habillés comme des zombies post-apocalyptiques. Les gentils – la famille de Noé, sont herbivores, écolos, vivent dans la prairie sous une yourte et portent des vêtements issus de l’agriculture responsables designés par des créateurs bataves néo-babas.

Noé est campé par un Russell Crowe barbu (car barbe = sagesse) et pas toujours très propre sur lui malgré les trombes d’eau qu’il se prend sur le museau. Il est complètement psychorigide et prétentieux, et est prêt à tout, y compris à bouffer toute crue sa descendance, pour accomplir ce qu’il pense être la mission que le créateur lui à confié, à savoir nettoyer la terre de la race humaine qui n’est que péché et caca boudin, et recréer le paradis d’avant le péché originel. Bon, le truc c’est qu’évidemment, les méchants ne sont pas d’accord. Et que ses propres fils non plus (particulièrement celui qui n’a pas de petite copine à baiser qui compter fleurette).

Là, tu te dis que de toute façon il est mal barré : comment construire un porte-container en bois avec l’aide de quatre adultes dont trois qui font la gueule à leur père quand tu vis dans un environnement volcanique sans le moindre arbre à l’horizon, hein ? Ah mais c’est que Noé, quand il plante des graines ça fait pousser des fontaines ! Et que, coup de bol incroyable, il devient pote avec une armada de Transformers en pierre super costauds même pas syndiqués qui travaillent comme des fous sans demander un rond en échange !

On trouvera ça et là quelques détails amusants et ridicules, un de mes préférés étant la feuille qui sert de test de grossesse en s’illuminant si madame est enceinte. L’épisode de « l’ivresse de Noé » vient comme un cheveu sur a soupe, le méchant en chef croque des salamandres toutes crues parce que la viande c’est la force, les images sont souvent très très kitsch, et l’histoire se traîne en longueur pendant tout l’épisode du radeau de la Méduse…

Et pourtant… je qualifierais malgré tout ce film de bon navet parce qu’il respecte son cahier des charges. Le parti pris est ouvertement heroic fantaisiste, les déferlantes d’animaux venant trouver refuge dans l’arche sont truquées à la louche mais belles, donc en gros c’est n’importe quoi mais avec panache. En fait je n’ai pas du tout aimé, j’ai ri partout où ça n’était pas fait pour être drôle mais je me suis très peu ennuyée.

Et puis surtout ça m’a confortée dans l’idée qu’il faut absolument que j’aille en Islande un jour (c’est tourné là-bas).

Vidéo

Le mauvais temps

Celui qui galope trop vite et fait des jours trop pleins une incessante cavalcade routinière. Celui dont on déplore l’élasticité toujours mal-t’à propos (comme les liaisons). Celui qui s’emballe et devient à la longue si sauvage que même le beau (temps) n’arrive plus à faciliter et/ou adoucir son dressage.

Et surtout, celui qui ronge sans vergogne des moments d’évasion plus précieux que tout… mes séances hebdomadaires de salles obscures commencent violemment à me manquer. Je suis un peu lasse de nager sous l’eau, mais heureusement, il y a une sortie. Vivement avril !

Voilà, sinon, ça va, et toi ?

1001 Movies You Must See (Before You Die) (merci Funambuline)

Wes Anderson GBH
Vidéo

Il était une fois chez Wes

Voilà un bail que je suis accro à l’univers de Wes Anderson et je sens que ça n’est pas près de changer… [attention, légers spoilers inside]

La vague intrigue policière ci-dessus n’est à mon avis destinée qu’à servir de prétexte à une fresque pseudo alpine rocambolesque et survoltée. Mais même si le réalisateur nous sert dans ce nouvel opus sa Żubrówka – ah, un nom de pays imaginaire qui se boit ? – complètement frappée, secouée et agitée, voir son nouveau film m’a fait le même effet que d’enfiler une paire de chaussons mous après une dure journée de travail : le sourire s’installe, le corps se détend, l’oeil s’habitue à la teinte dominante de la pellicule (cette fois, c’est le rose des boîtes de gâteaux de chez Mendl’s) (toute ressemblance avec le très kitsch emballage de fameuses gaufrettes viennoises n’est probablement pas complètement un hasard), et on commence la chasse aux acteurs fétiches du réalisateur dans le casting.

La galerie de personnages est un régal ; j’ai même fini par développer une tendresse particulière pour l’affreux vilain à la dentition façon vampire inversé campé par Willem Dafoe. Et à quelques jours d’intervalle j’aurai vu Tilda Swinton passer de suceuse de sang romantique et intellocrate à vieille mamie de 84 ans friquée et libidineuse coquine, rien que ça vaut son pesant de moutarde (vive Dijon). Alors oui, évidemment, on y croise aussi Bill Murray. Et j’avoue que je ne m’attendais pas particulièrement à être convaincue par Ralph Fiennes dans une farce de luxe un peu foldingue, mais c’est maintenant chose faite.

Au rayon des facéties visuelles, on retrouve les inévitables séquences en stop-motion. D’ailleurs je n’ai pas réussi à m’ôter de la tête que Wes avait découvert l’existence des fabuleux Plonk & Replonk, tellement ses paysages en carton avaient un côté collage retravaillé et absurdifié.

Voilà, j’ai bien peur que ça commence à se voir que face à une œuvre de Wes je perds dorénavant tout sens critique (si : dans cet opus, on oublie régulièrement le comment du pourquoi de ce qui se passe tellement ça part un peu dans tous les sens, mais pour tout dire ça n’a en rien gâché mon bonheur). Je rajoute que la musique d’Alexandre Desplat est très réussie et je te mets un brin de balalaïka, au cas où il serait trop subliminal que je recommande chaudement The Grand Budapest Hotel à tes petits yeux qui en seront tout émerveillés de joie ?

Royales canines

Adam (Tom Hiddleston *) et Eve (Tilda Swinton) sont nobles et majestueux, beaux comme un péché originel. Ce sont deux dandys chics et superbes, habillés de pièces de musées qui sur eux ne ressemblent jamais à des fripes. Ils lisent la poésie dans toutes les langues, ils savent tant sur beaucoup, et déballent si souvent leur latin à tous les coins de rue que ça pourrait en être agaçant. Ils sont autant blasés par les ans qu’amoureux comme au premier jour. Leur bande son est guitare électrique crépusculaire de collection – forcément – ou Paganini (ce qui donne un playback raté, évidemment, fallait pas choisir l’intro du 5ème Caprice…). Leur vie n’est que art et bazar, à Detroit ou à Tanger, et la lumière de leurs décors – même crasseux – est toujours splendide. Ils sont asociaux, n’aiment pas la mode, parce que pour tout dire, ce sont eux qui la créent, la mode. De toute façon, l’agitation et les excès sont vulgaires à leurs yeux, mais on ne leur en veut pas : leur goûts sont tellement sûrs. Ils sont royaux et le sang leur va si bien.

Bref, je crois que les deux vampires vedettes de Only Lovers Left Alive sont absolument tout ce que je rêvais d’être quand j’avais 16 ans. Et de surcroit correspondent pile-poil à mon imagerie personnelle du buveur de sang. J’ai donc été happée et fascinée par ce film de B à Z (j’enlève le premier plan aérien et circulaire, bien trop long étant donné qu’il m’a immédiatement filé mal au cœur)(ben oui, j’étais une adolescente littéraire, sombre, sophistiquée et romantique, certes, mais je suis toujours aussi hypersensible de l’oreille interne, hein). Je me suis complètement fait avoir par les lenteurs de Jarmusch qui, dans ce film, se complait avec une ironie pleine de tendresse dans toute cette panoplie vampiresque. Il joue avec les clichés pour les mettre en valeur autant que pour en sourire. Alors oui, l’histoire n’avance pas vite, mais la seule chose qui se dépêche pendant ces deux heures, c’est Ava, la petite sœur énervante, et elle se fait envoyer paître par Eve et Adam tellement sa place est ailleurs (mais bon, elle aime des trucs qui feraient d’excellentes daubes du dimanche, quelle idée, aussi…). Rageuse, elle finira par leur jeter au nez qu’ils ne sont « que deux snobs condescendants ».

Oui, certes, mais les snobs condescendants les plus aimables du moment.

OLLA2

* Ouh, voilà bien longtemps que je n’avais pas bavé sur un mâle à l’écran à ce point-là… ce nez, mamma mia ce nez…