Whiplash : Full Metal Baguette

La version brésilienne de l'affiche du film

La version brésilienne de l’affiche du film

Whiplash de Damien Chazelle aura donc été ma première séance de cinéma de 2015. Une année qui démarre en fanfare, donc (badam tss!) (l’an dernier, c’était Le loup de Wall Street, tiens, une œuvre elle aussi nuancée et délicate…).

Il est bien, ce film, l’image est superbe, on ne s’y ennuie pas, la musique est chouette comme tout, dans la droite ligne du style que nous avons abordé dans la joie pour faire le lien entre les deux années, la vieille et la nouvelle. Le personnage de Andrew est superbement interprété par Miles Teller, on sent qu’il est musicien ET entouré de vrais musiciens, ça rend l’écueil de la peinture du Shaffer Conservatory de New York tout à fait plausible d’un point de vue sonore. Et pour avoir eu l’incroyable chance de partager un bout de musique avec les musiciens du Lincoln Center et Wynton Marsalis, je comprends très bien les enjeux et les fantasmes de réussite des étudiants jazzeux qu’on voit se crêper le chignon dans l’histoire.

Mais que de caricature…

Non, la réussite dans l’exercice d’un art ne passe pas forcément par des ampoules qui saignent à tous les doigts (et le premier qui dit que c’est parce que je suis une énorme feignasse que je pense ça se trompe)(même si…). D’abord, ce sont les muscles qui trinquent en premier – et toc – et ensuite plus personne n’est assez débile pour aller jusque là. Je ne crois pas qu’il était nécessaire de tomber dans le gore de la matérialisation de l’expression « suer sang et eau » pour faire comprendre que Andrew est un jeune gars ambitieux qui vise de manière un peu prétentieuse le statut de génie. Tout ça parce que l’abominable Fletcher, le coach le plus en vue de l’école, lui a monté le bourrichon.

Ah oui, Fletcher… on en vient donc au truc qui m’a le plus énervée dans cette histoire. Les affreux manipulateurs existent en musique, je les ai rencontrés, et je suis certaine qu’il en reste des fantômes dans les conservatoires et sur les podiums de chefs d’orchestre… mais tous les autres sont morts en 1970 dans d’atroces souffrances j’espère. Aucun jeune étudiant de maintenant (#jesuisvieille) ne se laisserait balancer au nez des injures, des remarques racistes, antisémites ou homophobes à la pelle sans rien répondre. Et plus aucun prof d’instrument intelligent digne de ce nom ne pense (comme l’explique l’affreux personnage) que c’est à l’humiliation que carbure le talent. Au fur et à mesure que le film se déroulait, je trouvais la référence au Sergent Hartman de Full Metal Jacket de plus en plus évidente et hors de propos. Sans compter que j’espère qu’il restera des amateurs pour apprendre la musique après avoir subi cette vision cauchemardesque de son enseignement !

Voilà, je ne partage donc pas l’enthousiasme débridé de la critique de Telerama qui a réussi à confondre dans son papier un trombone à coulisse et un saxophone. Mais ça doit être parce que, stupidement, je n’arrive pas à considérer la musique comme une souffrance et une bataille contre soi-même et le monde, mais que j’y recherche à travers un travail pas assez acharné sans doute du plaisir et du bonheur. Quelle amatrice naïve que je fais, dis donc.

Cela dit, je pense que Whiplash reste un film à voir, ne serait-ce que que pour le son. Il faut juste prendre quelques mètres de recul sur cet espèce duel et de jeu d’attraction-répulsion entre le maître et l’élève, qui me parait bien trop excessif pour être autre chose que racoleur.

PS : j’ai compilé en un Vine la preuve que je suis une grosse flemmarde et que je n’ai pas causé ur cette page du quart de ce que j’ai vu sur grand écran l’an dernier. Et oui, j’en suis fière quand même (un grand merci à mon assistante réalisatrice).

Vidéo

Le cauchemar d’avant Noël *

S’offrir le plaisir de déguster une madeleine burtonomane datant de la lointaine époque où ce réalisateur m’enchantait sur grand écran, et dans la foulée vivre une nuit truffée de très vilains rêves… On dira que c’est ça aussi, la magie du cinéma ?

Comme je ne suis pas rancunière, dans la famille de l’Etrange Noël de monsieur Jack, je demande le Boogie

* non, ceci n’est pas un article dédié aux affres du shopping de saison.

Fille perdue cheveux propres

Il me semble décidément bien compliqué de partager des impressions sur Gone Girl de David Fincher * ! Le point fort de ce film étant son intrigue rebondissante et tordue à ne surtout pas dévoiler sous peine de gâcher le plaisir des futurs spectateurs, je serai donc brève, passablement inutile et pratiquerai la censure à coup de [biiip]. En revanche, comme pour une fois la bande-annonce me paraît intéressante et bien fichue, je la glisse là.

Gone Girl est l’adaptation d’un roman de Gillian Flynn (que je n’ai pas lu, mais j’avoue que maintenant j’ai très envie de mieux savoir comment que quoi etc etc) dont le titre français est Les apparences. On y voit le héros (Ben Affleck) confronté à la disparition subite et inexpliquée de sa femme (Rosamund Pike, absolument formidable dans son personnage de [biiip][biiip]). Il est rare que je ne sois pas agacée par les récits non linéaires – je trouve souvent le processus de flashback/forward lourdingue – et encore moins fréquent que je n’aie pas envie de regarder ma montre pendant un film de plus de deux heures. Je rends donc hommage à la qualité du suspense que nous sert le réalisateur. Je rends aussi grâce à la bande son concoctée par Atticus Ross et Trent Reznor qui contribue à créer par moments une atmosphère sourde, lourde et – je cite ma compagne de salle obscure de ce jour-là – « quasiment lynchienne » (oui oui, un machin sombre, léché et glauque à la fois, avec des flashs de couleurs criardes).

Bref, comme je ne peux pas raconter que lui est un peu [biiip], et que elle [biiip] son [biiip], j’ajouterai juste que Gone Girl est un bien bon polar-et-plus-que-ça par lequel j’ai vraiment aimé me faire avoir, devant lequel j’ai passé un très bon moment, mais qu’il n’en est pas pour autant indispensable. Mais quand même, vois-le si tu l’oses.

Après, pour lancer des débats totalement primordiaux je peux conclure par deux questions :

– Une incohérence de scénario gênante reste t-elle une incohérence de scénario (vraiment) gênante si elle illustre parfaitement bien le « message » du film ?

– Ben Affleck est-il boudiné dans sa chemise parce qu’il est grassouillet, ou parce qu’à force de jouer à Batman il est tout gonflé de trop de muscles ?

* Comme souvent, on trouvera un vrai papier écrit comme il faut sur ce même film chez le Dr Orlof

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237

Il est plus que temps de pointer enfin du doigt un scandale intergalactique dont personne ne parle jamais.

J’ai eu hier l’immense bonheur tremblant de trouille de voir pour la première fois The Shining de Maître Kubrick sur grand écran (et donc de subir en gros gros plan environ 89052 assauts du fameux Œil Kubrick ©, j’avoue que j’ai un peu du mal à m’en remettre). En plus, j’ai découvert la version qui fait peur plus longtemps, celle de 144 mn, c’était bonnard.

Mais venons-en au poil du problème et parlons de l’essentiel de la vie : la moquette. On connait tous la moquette des couloirs de l’hôtel Overlook, elle est sublime, et un jour j’aurai la même, enfin non mais oui, pourquoi pas, allez. Pour mémoire, elle est marron et orange comme un wagon de la SNCF de quand j’étais jeune, c’est un vrai bonheur.

237-Trailer

Mais personne ne parle JAMAIS (en majuscules qui crient) de celle de la fameuse chambre 237, et là, telle que tu me vois, j’en suis profondément outrée ! Cette débauche de vert et de violet n’est elle pourtant pas totalement irrésistible ?

Room 237 Viens plus près Room 237 carpet

Voilà, c’était l’instant moquette moche, tu peux retourner à la vie normale, essuie bien tes acariens avant de repartir.

Maps to the Freaks

Maps to the starsSoyons clairs : en ce moment je ne suis pas spécialement portée sur les écrits virtuels, je fais juste un petit effort parce que le Dr Orlof m’a explicitement demandé de donner mon avis sur le dernier bébé de David Cronenberg. Alors qu’il m’arrive plein de choses nettement plus préoccupantes en ce moment (par exemple, je me demande si je dois expliquer à la personne avec qui je fais équipe cette semaine que dans l’idéal on accorde son instrument de temps en temps, et de préférence avant de commencer à répéter et pas « en rentrant à la maison ». Oui, je viens de languedeputer, je sais)(en plus avec tout le merdier émotionnel chamboulatoire des derniers temps j’ai fabriqué deux cheveux blancs pile-poil – humour – là devant au milieu, c’est dramatique) mais revenons à nos moutons à cinq pattes.

Bienvenue dans la galerie des monstres de Maps to the Stars, où des créatures pas vraiment de rêve se pavanent sur l’écran. Alors je n’ai pas tout apprécié dans ce film, loin de là (mais heureusement il y a du mais). Le montage de la bande-annonce est à mon avis très trompeur (on finit par s’habituer au phénomène, à la longue…), puisque, condensation oblige, on pourrait croire que ce film a du rythme alors qu’il est plutôt très lent. L’exposé de la situation, lui, m’a semblé durer un temps infini, et j’avoue avoir un peu craint le pire quant à la construction du scénario. J’ai même vaguement compris les spectateurs qui ont quitté la salle avant les 40 dernières minutes.

J’ai aussi cru que j’allais glousser, vu que les baratins cannois nous vendaient ce film comme une satire du monde hollywoodien. Alors satire il y a, mais comme je ne suis pas drôle du tout comme greluche, j’ai plutôt été terrifiée qu’amusée : les personnages sont tous affreux, sales et méchants. D’ailleurs, planquez vos adolescents parce que si le prochain que je croise ressemble au personnage de Benjie, je le bute avant même qu’il ouvre la bouche (Maps to the Stars, le film qui rend gentil). Planquez aussi vos arnaqueurs/guides spirituels (enfin, pour la première fois depuis longtemps,  John Cusack dans autre chose qu’une comédie romantique où il est mimi tout plein !) ; et surtout, planquez les vieilles aigries de l’ego qui sont bonnes à baffer (Julianne Moore est superbement insupportable dans son rôle, je n’ai pu m’empêcher de penser à la Norma Desmond de Sunset Boulevard, mais j’imagine que c’est totalement délibéré). On dira que l’aspect caricatural et vulgaire des « stars » est choisi, lui aussi, mais honnêtement, il m’a dérangée.

Curieusement, c’est sans doute tout ce qui m’a mise mal à l’aise dans ce film que j’ai le plus apprécié. La toile qui se tisse au fur et à mesure, et dévoile une situation plus proche de la tragédie mythologique grecque que du polar, est assez fascinante. Les personnages sont proprement condamnés à subir leur destin à partir du moment où le personnage vénéneux d’Agatha vient déclencher la mécanique fatale. Et  puis, par petites touches malsaines, au fur et à mesure que le film progresse, on commence à retrouver (enfin) le Cronenberg dont on a été la groupie dans ses jeunes années, celui des mères tordues, des corps abîmés, des apparitions, de la sensualité louche et des rapports amoureux pervers.

Pour tout dire et pour finir, je crois que j’ai apprécié le tableau sans accrocher à son cadre (j’avais détesté The Bling Ring de Sofia Coppola, je n’ai donc pas apprécié de retrouver ce style d’environnement). Mais étant donné le réel malaise que je ressentais en sortant de la salle, je dirais que c’est un film qui mérite vraiment qu’on s’en fasse une opinion par soi-même. Ben oui, je pars du principe que si ça chamboule, ça vaut le coup qu’on s’y penche.

Vous avez dit maso ?

Comme illustration sonore s’impose Fairground, un extrait de Freaks, merveilleux album de Pulp.