Maps to the Freaks

Maps to the starsSoyons clairs : en ce moment je ne suis pas spécialement portée sur les écrits virtuels, je fais juste un petit effort parce que le Dr Orlof m’a explicitement demandé de donner mon avis sur le dernier bébé de David Cronenberg. Alors qu’il m’arrive plein de choses nettement plus préoccupantes en ce moment (par exemple, je me demande si je dois expliquer à la personne avec qui je fais équipe cette semaine que dans l’idéal on accorde son instrument de temps en temps, et de préférence avant de commencer à répéter et pas « en rentrant à la maison ». Oui, je viens de languedeputer, je sais)(en plus avec tout le merdier émotionnel chamboulatoire des derniers temps j’ai fabriqué deux cheveux blancs pile-poil – humour – là devant au milieu, c’est dramatique) mais revenons à nos moutons à cinq pattes.

Bienvenue dans la galerie des monstres de Maps to the Stars, où des créatures pas vraiment de rêve se pavanent sur l’écran. Alors je n’ai pas tout apprécié dans ce film, loin de là (mais heureusement il y a du mais). Le montage de la bande-annonce est à mon avis très trompeur (on finit par s’habituer au phénomène, à la longue…), puisque, condensation oblige, on pourrait croire que ce film a du rythme alors qu’il est plutôt très lent. L’exposé de la situation, lui, m’a semblé durer un temps infini, et j’avoue avoir un peu craint le pire quant à la construction du scénario. J’ai même vaguement compris les spectateurs qui ont quitté la salle avant les 40 dernières minutes.

J’ai aussi cru que j’allais glousser, vu que les baratins cannois nous vendaient ce film comme une satire du monde hollywoodien. Alors satire il y a, mais comme je ne suis pas drôle du tout comme greluche, j’ai plutôt été terrifiée qu’amusée : les personnages sont tous affreux, sales et méchants. D’ailleurs, planquez vos adolescents parce que si le prochain que je croise ressemble au personnage de Benjie, je le bute avant même qu’il ouvre la bouche (Maps to the Stars, le film qui rend gentil). Planquez aussi vos arnaqueurs/guides spirituels (enfin, pour la première fois depuis longtemps,  John Cusack dans autre chose qu’une comédie romantique où il est mimi tout plein !) ; et surtout, planquez les vieilles aigries de l’ego qui sont bonnes à baffer (Julianne Moore est superbement insupportable dans son rôle, je n’ai pu m’empêcher de penser à la Norma Desmond de Sunset Boulevard, mais j’imagine que c’est totalement délibéré). On dira que l’aspect caricatural et vulgaire des « stars » est choisi, lui aussi, mais honnêtement, il m’a dérangée.

Curieusement, c’est sans doute tout ce qui m’a mise mal à l’aise dans ce film que j’ai le plus apprécié. La toile qui se tisse au fur et à mesure, et dévoile une situation plus proche de la tragédie mythologique grecque que du polar, est assez fascinante. Les personnages sont proprement condamnés à subir leur destin à partir du moment où le personnage vénéneux d’Agatha vient déclencher la mécanique fatale. Et  puis, par petites touches malsaines, au fur et à mesure que le film progresse, on commence à retrouver (enfin) le Cronenberg dont on a été la groupie dans ses jeunes années, celui des mères tordues, des corps abîmés, des apparitions, de la sensualité louche et des rapports amoureux pervers.

Pour tout dire et pour finir, je crois que j’ai apprécié le tableau sans accrocher à son cadre (j’avais détesté The Bling Ring de Sofia Coppola, je n’ai donc pas apprécié de retrouver ce style d’environnement). Mais étant donné le réel malaise que je ressentais en sortant de la salle, je dirais que c’est un film qui mérite vraiment qu’on s’en fasse une opinion par soi-même. Ben oui, je pars du principe que si ça chamboule, ça vaut le coup qu’on s’y penche.

Vous avez dit maso ?

Comme illustration sonore s’impose Fairground, un extrait de Freaks, merveilleux album de Pulp.

 

Des rêves dans la science

Is the man who is tall happy ?

Is the man who is tall happy ?

En voyant l’autre jour ma nièce sourire plus large que son visage face à ses trois ans j’ai pensé que, décidément, il est vraiment délicieux de découvrir et de tout vivre pour la première fois. Grâce à Conversation animée avec Noam Chomsky de Michel Gondry, je viens moi aussi de retrouver le temps d’un film ma candeur d’exploratrice de la vie, et d’expérimenter encore une fois à quel point apprendre peut s’avérer galvanisant. Je me suis fait totalement happer par les réflexions passionnantes du philosophe et linguiste. Et comme Gondry ne joue pas que le rôle de l’illustrateur par animation (visuellement, il reste fidèle à son style)(traduction : j’aime beaucoup), mais aussi celui de l’interlocuteur modeste et pertinent, le tout sans jamais tomber dans la vulgarisation banale, je me suis retrouvée dans cette délicieuse situation de l’ignare qui comprend et que ça rend heureuse. Rarement j’ai été aussi fière de me sentir un peu bête et petite face à la pertinence d’un propos rendu plus accessible et plus riche aussi grâce à un support artistique et créatif. Et même si le tout est si dense que je me demande si je n’aurais pas besoin d’une deuxième séance pour mieux intégrer les informations, je suis loin de me sentir frustrée et en souris encore.

Le Néo-Noé du presque dimanche

Si la bande-annonce ci-dessous ne t’a pas découragé depuis belle lurette, que tu ne craches pas sur un navet occasionnel et que mon commentaire qui dévoile trop le film ne te fait pas peur, tu peux continuer. Sinon, on se revoit un autre jour, c’est sans rancune : mon masochisme cinématographique n’engage que moi. Et j’aurais pu/dû attendre dimanche pour le publier et le ranger comme il faut avec les autres daubes, mais j’ai peur d’oublier les âneries que j’ai envie de raconter.

Donc s’il te prend l’envie d’aller voir sur grand écran Noé de Darren Aronofsky (à qui on devait déjà le ridicule Black Swan), laisse donc chez toi toute velléité spirituelle, biblique ou culturelle, ou bien tu gâcheras beaucoup d’énergie à essayer d’y retrouver tes petits. D’ailleurs, en parlant de petits, si tu n’as pas l’âme d’une poule pondeuse, sache aussi que tu es face à un film où la place de la femme se résume à ses organes reproducteurs. Oh pardon, je suis vache : la femme crie et pleure un peu, aussi.

L’histoire commence avec une pomate – une pomme du jardin d’Eden grosse comme un cœur de bœuf qui bat, car le mal est vivant en toute chose – et se termine par un arc-en-ciel car après le déluge vient le beau temps. Ciel, on dirait un film qui n’y va pas de main morte avec la symbolique cliché ? Eh bien oui, c’est un peu ça, mais en pire : les méchants carnivores vivent sur une terre noire et travaillent dans les mines de la Moria avec les orques de Sauron mais habillés comme des zombies post-apocalyptiques. Les gentils – la famille de Noé, sont herbivores, écolos, vivent dans la prairie sous une yourte et portent des vêtements issus de l’agriculture responsables designés par des créateurs bataves néo-babas.

Noé est campé par un Russell Crowe barbu (car barbe = sagesse) et pas toujours très propre sur lui malgré les trombes d’eau qu’il se prend sur le museau. Il est complètement psychorigide et prétentieux, et est prêt à tout, y compris à bouffer toute crue sa descendance, pour accomplir ce qu’il pense être la mission que le créateur lui à confié, à savoir nettoyer la terre de la race humaine qui n’est que péché et caca boudin, et recréer le paradis d’avant le péché originel. Bon, le truc c’est qu’évidemment, les méchants ne sont pas d’accord. Et que ses propres fils non plus (particulièrement celui qui n’a pas de petite copine à baiser qui compter fleurette).

Là, tu te dis que de toute façon il est mal barré : comment construire un porte-container en bois avec l’aide de quatre adultes dont trois qui font la gueule à leur père quand tu vis dans un environnement volcanique sans le moindre arbre à l’horizon, hein ? Ah mais c’est que Noé, quand il plante des graines ça fait pousser des fontaines ! Et que, coup de bol incroyable, il devient pote avec une armada de Transformers en pierre super costauds même pas syndiqués qui travaillent comme des fous sans demander un rond en échange !

On trouvera ça et là quelques détails amusants et ridicules, un de mes préférés étant la feuille qui sert de test de grossesse en s’illuminant si madame est enceinte. L’épisode de « l’ivresse de Noé » vient comme un cheveu sur a soupe, le méchant en chef croque des salamandres toutes crues parce que la viande c’est la force, les images sont souvent très très kitsch, et l’histoire se traîne en longueur pendant tout l’épisode du radeau de la Méduse…

Et pourtant… je qualifierais malgré tout ce film de bon navet parce qu’il respecte son cahier des charges. Le parti pris est ouvertement heroic fantaisiste, les déferlantes d’animaux venant trouver refuge dans l’arche sont truquées à la louche mais belles, donc en gros c’est n’importe quoi mais avec panache. En fait je n’ai pas du tout aimé, j’ai ri partout où ça n’était pas fait pour être drôle mais je me suis très peu ennuyée.

Et puis surtout ça m’a confortée dans l’idée qu’il faut absolument que j’aille en Islande un jour (c’est tourné là-bas).

Vidéo

Le mauvais temps

Celui qui galope trop vite et fait des jours trop pleins une incessante cavalcade routinière. Celui dont on déplore l’élasticité toujours mal-t’à propos (comme les liaisons). Celui qui s’emballe et devient à la longue si sauvage que même le beau (temps) n’arrive plus à faciliter et/ou adoucir son dressage.

Et surtout, celui qui ronge sans vergogne des moments d’évasion plus précieux que tout… mes séances hebdomadaires de salles obscures commencent violemment à me manquer. Je suis un peu lasse de nager sous l’eau, mais heureusement, il y a une sortie. Vivement avril !

Voilà, sinon, ça va, et toi ?

1001 Movies You Must See (Before You Die) (merci Funambuline)