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Le mauvais temps

Celui qui galope trop vite et fait des jours trop pleins une incessante cavalcade routinière. Celui dont on déplore l’élasticité toujours mal-t’à propos (comme les liaisons). Celui qui s’emballe et devient à la longue si sauvage que même le beau (temps) n’arrive plus à faciliter et/ou adoucir son dressage.

Et surtout, celui qui ronge sans vergogne des moments d’évasion plus précieux que tout… mes séances hebdomadaires de salles obscures commencent violemment à me manquer. Je suis un peu lasse de nager sous l’eau, mais heureusement, il y a une sortie. Vivement avril !

Voilà, sinon, ça va, et toi ?

1001 Movies You Must See (Before You Die) (merci Funambuline)

Wes Anderson GBH
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Il était une fois chez Wes

Voilà un bail que je suis accro à l’univers de Wes Anderson et je sens que ça n’est pas près de changer… [attention, légers spoilers inside]

La vague intrigue policière ci-dessus n’est à mon avis destinée qu’à servir de prétexte à une fresque pseudo alpine rocambolesque et survoltée. Mais même si le réalisateur nous sert dans ce nouvel opus sa Żubrówka – ah, un nom de pays imaginaire qui se boit ? – complètement frappée, secouée et agitée, voir son nouveau film m’a fait le même effet que d’enfiler une paire de chaussons mous après une dure journée de travail : le sourire s’installe, le corps se détend, l’oeil s’habitue à la teinte dominante de la pellicule (cette fois, c’est le rose des boîtes de gâteaux de chez Mendl’s) (toute ressemblance avec le très kitsch emballage de fameuses gaufrettes viennoises n’est probablement pas complètement un hasard), et on commence la chasse aux acteurs fétiches du réalisateur dans le casting.

La galerie de personnages est un régal ; j’ai même fini par développer une tendresse particulière pour l’affreux vilain à la dentition façon vampire inversé campé par Willem Dafoe. Et à quelques jours d’intervalle j’aurai vu Tilda Swinton passer de suceuse de sang romantique et intellocrate à vieille mamie de 84 ans friquée et libidineuse coquine, rien que ça vaut son pesant de moutarde (vive Dijon). Alors oui, évidemment, on y croise aussi Bill Murray. Et j’avoue que je ne m’attendais pas particulièrement à être convaincue par Ralph Fiennes dans une farce de luxe un peu foldingue, mais c’est maintenant chose faite.

Au rayon des facéties visuelles, on retrouve les inévitables séquences en stop-motion. D’ailleurs je n’ai pas réussi à m’ôter de la tête que Wes avait découvert l’existence des fabuleux Plonk & Replonk, tellement ses paysages en carton avaient un côté collage retravaillé et absurdifié.

Voilà, j’ai bien peur que ça commence à se voir que face à une œuvre de Wes je perds dorénavant tout sens critique (si : dans cet opus, on oublie régulièrement le comment du pourquoi de ce qui se passe tellement ça part un peu dans tous les sens, mais pour tout dire ça n’a en rien gâché mon bonheur). Je rajoute que la musique d’Alexandre Desplat est très réussie et je te mets un brin de balalaïka, au cas où il serait trop subliminal que je recommande chaudement The Grand Budapest Hotel à tes petits yeux qui en seront tout émerveillés de joie ?

Royales canines

Adam (Tom Hiddleston *) et Eve (Tilda Swinton) sont nobles et majestueux, beaux comme un péché originel. Ce sont deux dandys chics et superbes, habillés de pièces de musées qui sur eux ne ressemblent jamais à des fripes. Ils lisent la poésie dans toutes les langues, ils savent tant sur beaucoup, et déballent si souvent leur latin à tous les coins de rue que ça pourrait en être agaçant. Ils sont autant blasés par les ans qu’amoureux comme au premier jour. Leur bande son est guitare électrique crépusculaire de collection – forcément – ou Paganini (ce qui donne un playback raté, évidemment, fallait pas choisir l’intro du 5ème Caprice…). Leur vie n’est que art et bazar, à Detroit ou à Tanger, et la lumière de leurs décors – même crasseux – est toujours splendide. Ils sont asociaux, n’aiment pas la mode, parce que pour tout dire, ce sont eux qui la créent, la mode. De toute façon, l’agitation et les excès sont vulgaires à leurs yeux, mais on ne leur en veut pas : leur goûts sont tellement sûrs. Ils sont royaux et le sang leur va si bien.

Bref, je crois que les deux vampires vedettes de Only Lovers Left Alive sont absolument tout ce que je rêvais d’être quand j’avais 16 ans. Et de surcroit correspondent pile-poil à mon imagerie personnelle du buveur de sang. J’ai donc été happée et fascinée par ce film de B à Z (j’enlève le premier plan aérien et circulaire, bien trop long étant donné qu’il m’a immédiatement filé mal au cœur)(ben oui, j’étais une adolescente littéraire, sombre, sophistiquée et romantique, certes, mais je suis toujours aussi hypersensible de l’oreille interne, hein). Je me suis complètement fait avoir par les lenteurs de Jarmusch qui, dans ce film, se complait avec une ironie pleine de tendresse dans toute cette panoplie vampiresque. Il joue avec les clichés pour les mettre en valeur autant que pour en sourire. Alors oui, l’histoire n’avance pas vite, mais la seule chose qui se dépêche pendant ces deux heures, c’est Ava, la petite sœur énervante, et elle se fait envoyer paître par Eve et Adam tellement sa place est ailleurs (mais bon, elle aime des trucs qui feraient d’excellentes daubes du dimanche, quelle idée, aussi…). Rageuse, elle finira par leur jeter au nez qu’ils ne sont « que deux snobs condescendants ».

Oui, certes, mais les snobs condescendants les plus aimables du moment.

OLLA2

* Ouh, voilà bien longtemps que je n’avais pas bavé sur un mâle à l’écran à ce point-là… ce nez, mamma mia ce nez…

Minuscule

Minuscule #microcritique

Si jamais cette bande-annonce (oui, celle pendant laquelle personne ne cause, celle qui se trouve en dessous, là) ne te donne pas suffisamment envie de découvrir Minuscule – La vallée des fourmis perdues de Hélène Giraud et Thomas Szabo, je ne peux rien pour toi.

Parce que je ne veux rien en dévoiler pour ne pas gâcher ton plaisir, à part dire que c’est vraiment un régal de voir un vrai bon film d’animation tous publics. Bon, dans la salle aujourd’hui, nous n’étions certes qu’une dizaine d’adolescents attardés d’en moyenne 35 ans, ça ne rend pas ce constat très objectif. Le propos – ici l’épopée bien troussée d’une coccinelle et d’une colonie de fourmis noires – et l’ambiance générale – bien plus film d’aventures avec références cinématographiques que tartouillerie mièvre rose bonbon pour petites poupées bien rangées – sont tricotés de patte de maître, tout ça sans un mot, et emballé dans une jolie musique. En plus on y trouve une araignée qui ressemble à une noireaude de Miyazaki…

Bref, s’il ne fallait que quelques signes pour le dire, et ça m’arrange vu que Boris Godounov est en train de me passer au rouleau compresseur lobotomisant soviétique, ça donnerait ça. Tu vas le voir, c’est un ordre.

Minuscule