Silver Cubes Awards 2014

Il est tard et j’avais vraiment la flemme de me coller à un petit résumé écrit de mon année de cinéma 2014, mais le Dr Orlof a gentiment demandé et je ne peux rien refuser à ce garçon, c’est comme ça un point c’est tout.

L’an dernier j’ai donc été d’après ma pile de tickets (à enrichir de deux e-bouts de non-papier) 73 fois m’enfermer dans le noir devant un grand écran. 73 moments d’évasion pendant lesquels la vue prend le pas sur l’ouïe, pendant lesquels – si tout va bien – je suis assise sans penser à autre chose qu’à ce qui passe devant mes yeux, 73 moments de plaisir égoïste, 73 fenêtres ouvertes sur ailleurs, aussi, et dont je vais lister un peu n’importe comment les meilleurs ou pires points de vue. Selon moi (note : les titres des films sont tous liés à leur page sur l’imdb).

Silver Cubes  du Fallait pas

Monuments Men, de George Clooney, qui aurait pu être un très joli sujet et qui au final ne ressemble à pas grand chose. George, ne nous refais plus jamais ça, bisou, merci. Noé, de Darren Aronovsky, sacré par moi-même parmi les plus belles daubes hilarantes de nullité de l’année. Et last but not least Eden, de Mia Hansen-Løve, un film sur rien plein de rien avec des acteurs qui n’inspirent rien et que rien n’inspire.

Silver Cubes Affreux sales et méchants

Gone Girl de David Fincher, un film fait pour ceux qui croient en l’amour et au mariage. Nan, je déconne. Et puis Night Call de Dan Gilroy parce que le saviez-vous, Jake Gyllenhaal se déguise très bien en chouette charognarde.

Silver Cubes Hors Gabarit

Réalisateurs décédés rediffusés sur grand écran ou monstres sacrés de mon Panthéon, même combat ! Aimer, boire et chanter d’Alain Resnais (même si j’avais préféré Vous n’avez encore rien vu). L’extrêmement réjouissant et faussement naïf Magic In The Moonlight de Woody Allen. Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch (j’avais commis un papier à son propos). Et puis la Conversation animée avec Noam Chomsky de Michel Gondry. Sinon on a quelques nouveautés comme Shining, Taxi Driver, Lawrence d’Arabie ou L’étrange Noël de monsieur Jack, mais ça ne compte pas : ces types ne feront jamais carrière. Contrairement à Hayao Miyazaki (oh bon sang, ne nous laisse pas, pas après Le vent se lève, pitié, reviens !) ou Wes Anderson. Un jour je l’épouserai et nous mangerons plein de gâteaux roses tous les deux. Oui, j’ai été voir The Grand Budapest Hotel deux fois, et je t’embête, na.

Silver Cubes du Mal pour un bien

Rien que des histoires vraiment pas marrantes mais bien réalisées et/ou très émouvantes (mais pas dans le genre gnan-gnan, tu vois ?). 12 Years A Slave, de Steve McQueen, la preuve que jouer du violon c’est parfois le bagne. Ida, de Pawel Pawlikowski et sa compagne de couvent Philomena de Stephen Frears. Il faut au moins un autre western, absolument, donc ça tombe sur le très rêche The Homesman de Tommy Lee Jones. Et pour finir sur la plus belle année qui soit (hum…), ’71 de Yann Demange, un film que l’on prend en pleine poire en s’enfonçant parfois dans son fauteuil de terreur.

Silver Cubes régressifs

Minuscule – La vallée des fourmis perdues de Hélène Giraud et Thomas Szabo. Et la toute première séance de ma nièce au cinéma, le si superbe et poétique Chant de la mer de Tomm Moore. Oui, ok, elle a eu peur parce qu’elle était un peu jeune mais sa tata voulait vraiment la traîner devant, tu vois ?

Silver Cubes avec des mais

Maps To The Stars de David Cronenberg à cause de son démarrage trop lent à mon goût. Her de Spike Jonze pour sa longue durée. Blue Ruin de Jeremy Saulnier parce qu’en France, si tu prononces ce titre comme il faut tu dois ensuite le répéter 15 fois à la caissière avant de dire « ben blouruine, quoi ! » et Un week-end à Paris de Roger Michell parce que c’est pas génial mais très attachant. Cela dit, je chipote, il n’y a que des films que je ne regrette pas d’avoir vus dans cette listounette.

Silver Cubes en cure de désintox’

Dites, 4 grammes c’est pas un peu beaucoup pour un matin ? Leviathan de Andrey Zvyagintsev et A girl at my door de July Jung, deux moments intenses et captivants à l’atmosphère si éthylique qu’on en aurait presque envie d’arrêter de boire tout de suite.

Silver Cubes avec un coq dedans

Le cinéma français, ses hauts ses bas… je te montre mon haut à moi ? Les combattants de Thomas Cailley, ou comment se laisser enthousiasmer par un film dont le sujet me laissait dubitative (oui, moi, l’armée, tout ça…). Jacky au royaume des filles de Riad Sattouf parce que c’est vraiment n’importe quoi, trop dilué mais tellement hilarant. Et que j’aime Vincent Lacoste, qui joue aussi dans Hippocrate de Thomas Lilti, d’ailleurs.

Silver Cubes de l’espace

Bird People de Pascale Ferran vu que je me demande bien où ranger cette séduction immédiate et sans réserve. Under The Skin de Jonathan Glazer, un délicieux ovni à déguster saignant. Les gardiens de la galaxie de Marvel James Gunn car oui, c’est un machin avec des super héros mais on n’en a pas vu d’aussi bon depuis un bail et en plus tu as entendu cette BO, hein ? Interstellar de Christopher Nolan (juste parce que j’étais à l’avant-première, nananère)(nan, je rigole), le plus bon meilleur film d’aventure 100% pur plaisir de grand spectacle bien fichu depuis bien longtemps.

Silver Cubes voyage voyage

My sweet Pepperland de Hiner Saleem, une histoire avec un shérif qu’on voudrait manger tout cru et une institutrice belle à se damner qui joue de la musique sublime. Visitons le Kurdistan ! Et un de mes coups de cœur on ne peut plus subjectifs : Je voyage seule de Maria Sole Tognazzi parce que ça cause de femme d’une quarantaine d’années, de dormir dans des hôtels chics pour son boulot, de ne pas avoir d’enfants ou de mari et tout ça sans jugement et sans manichéisme.

C’est bon, je peux ranger mes jouets maintenant.

Cinoche

Whiplash : Full Metal Baguette

La version brésilienne de l'affiche du film

La version brésilienne de l’affiche du film

Whiplash de Damien Chazelle aura donc été ma première séance de cinéma de 2015. Une année qui démarre en fanfare, donc (badam tss!) (l’an dernier, c’était Le loup de Wall Street, tiens, une œuvre elle aussi nuancée et délicate…).

Il est bien, ce film, l’image est superbe, on ne s’y ennuie pas, la musique est chouette comme tout, dans la droite ligne du style que nous avons abordé dans la joie pour faire le lien entre les deux années, la vieille et la nouvelle. Le personnage de Andrew est superbement interprété par Miles Teller, on sent qu’il est musicien ET entouré de vrais musiciens, ça rend l’écueil de la peinture du Shaffer Conservatory de New York tout à fait plausible d’un point de vue sonore. Et pour avoir eu l’incroyable chance de partager un bout de musique avec les musiciens du Lincoln Center et Wynton Marsalis, je comprends très bien les enjeux et les fantasmes de réussite des étudiants jazzeux qu’on voit se crêper le chignon dans l’histoire.

Mais que de caricature…

Non, la réussite dans l’exercice d’un art ne passe pas forcément par des ampoules qui saignent à tous les doigts (et le premier qui dit que c’est parce que je suis une énorme feignasse que je pense ça se trompe)(même si…). D’abord, ce sont les muscles qui trinquent en premier – et toc – et ensuite plus personne n’est assez débile pour aller jusque là. Je ne crois pas qu’il était nécessaire de tomber dans le gore de la matérialisation de l’expression « suer sang et eau » pour faire comprendre que Andrew est un jeune gars ambitieux qui vise de manière un peu prétentieuse le statut de génie. Tout ça parce que l’abominable Fletcher, le coach le plus en vue de l’école, lui a monté le bourrichon.

Ah oui, Fletcher… on en vient donc au truc qui m’a le plus énervée dans cette histoire. Les affreux manipulateurs existent en musique, je les ai rencontrés, et je suis certaine qu’il en reste des fantômes dans les conservatoires et sur les podiums de chefs d’orchestre… mais tous les autres sont morts en 1970 dans d’atroces souffrances j’espère. Aucun jeune étudiant de maintenant (#jesuisvieille) ne se laisserait balancer au nez des injures, des remarques racistes, antisémites ou homophobes à la pelle sans rien répondre. Et plus aucun prof d’instrument intelligent digne de ce nom ne pense (comme l’explique l’affreux personnage) que c’est à l’humiliation que carbure le talent. Au fur et à mesure que le film se déroulait, je trouvais la référence au Sergent Hartman de Full Metal Jacket de plus en plus évidente et hors de propos. Sans compter que j’espère qu’il restera des amateurs pour apprendre la musique après avoir subi cette vision cauchemardesque de son enseignement !

Voilà, je ne partage donc pas l’enthousiasme débridé de la critique de Telerama qui a réussi à confondre dans son papier un trombone à coulisse et un saxophone. Mais ça doit être parce que, stupidement, je n’arrive pas à considérer la musique comme une souffrance et une bataille contre soi-même et le monde, mais que j’y recherche à travers un travail pas assez acharné sans doute du plaisir et du bonheur. Quelle amatrice naïve que je fais, dis donc.

Cela dit, je pense que Whiplash reste un film à voir, ne serait-ce que que pour le son. Il faut juste prendre quelques mètres de recul sur cet espèce duel et de jeu d’attraction-répulsion entre le maître et l’élève, qui me parait bien trop excessif pour être autre chose que racoleur.

PS : j’ai compilé en un Vine la preuve que je suis une grosse flemmarde et que je n’ai pas causé ur cette page du quart de ce que j’ai vu sur grand écran l’an dernier. Et oui, j’en suis fière quand même (un grand merci à mon assistante réalisatrice).

Vidéo

Le cauchemar d’avant Noël *

S’offrir le plaisir de déguster une madeleine burtonomane datant de la lointaine époque où ce réalisateur m’enchantait sur grand écran, et dans la foulée vivre une nuit truffée de très vilains rêves… On dira que c’est ça aussi, la magie du cinéma ?

Comme je ne suis pas rancunière, dans la famille de l’Etrange Noël de monsieur Jack, je demande le Boogie

* non, ceci n’est pas un article dédié aux affres du shopping de saison.

Fille perdue cheveux propres

Il me semble décidément bien compliqué de partager des impressions sur Gone Girl de David Fincher * ! Le point fort de ce film étant son intrigue rebondissante et tordue à ne surtout pas dévoiler sous peine de gâcher le plaisir des futurs spectateurs, je serai donc brève, passablement inutile et pratiquerai la censure à coup de [biiip]. En revanche, comme pour une fois la bande-annonce me paraît intéressante et bien fichue, je la glisse là.

Gone Girl est l’adaptation d’un roman de Gillian Flynn (que je n’ai pas lu, mais j’avoue que maintenant j’ai très envie de mieux savoir comment que quoi etc etc) dont le titre français est Les apparences. On y voit le héros (Ben Affleck) confronté à la disparition subite et inexpliquée de sa femme (Rosamund Pike, absolument formidable dans son personnage de [biiip][biiip]). Il est rare que je ne sois pas agacée par les récits non linéaires – je trouve souvent le processus de flashback/forward lourdingue – et encore moins fréquent que je n’aie pas envie de regarder ma montre pendant un film de plus de deux heures. Je rends donc hommage à la qualité du suspense que nous sert le réalisateur. Je rends aussi grâce à la bande son concoctée par Atticus Ross et Trent Reznor qui contribue à créer par moments une atmosphère sourde, lourde et – je cite ma compagne de salle obscure de ce jour-là – « quasiment lynchienne » (oui oui, un machin sombre, léché et glauque à la fois, avec des flashs de couleurs criardes).

Bref, comme je ne peux pas raconter que lui est un peu [biiip], et que elle [biiip] son [biiip], j’ajouterai juste que Gone Girl est un bien bon polar-et-plus-que-ça par lequel j’ai vraiment aimé me faire avoir, devant lequel j’ai passé un très bon moment, mais qu’il n’en est pas pour autant indispensable. Mais quand même, vois-le si tu l’oses.

Après, pour lancer des débats totalement primordiaux je peux conclure par deux questions :

– Une incohérence de scénario gênante reste t-elle une incohérence de scénario (vraiment) gênante si elle illustre parfaitement bien le « message » du film ?

– Ben Affleck est-il boudiné dans sa chemise parce qu’il est grassouillet, ou parce qu’à force de jouer à Batman il est tout gonflé de trop de muscles ?

* Comme souvent, on trouvera un vrai papier écrit comme il faut sur ce même film chez le Dr Orlof

237 ter

237

Il est plus que temps de pointer enfin du doigt un scandale intergalactique dont personne ne parle jamais.

J’ai eu hier l’immense bonheur tremblant de trouille de voir pour la première fois The Shining de Maître Kubrick sur grand écran (et donc de subir en gros gros plan environ 89052 assauts du fameux Œil Kubrick ©, j’avoue que j’ai un peu du mal à m’en remettre). En plus, j’ai découvert la version qui fait peur plus longtemps, celle de 144 mn, c’était bonnard.

Mais venons-en au poil du problème et parlons de l’essentiel de la vie : la moquette. On connait tous la moquette des couloirs de l’hôtel Overlook, elle est sublime, et un jour j’aurai la même, enfin non mais oui, pourquoi pas, allez. Pour mémoire, elle est marron et orange comme un wagon de la SNCF de quand j’étais jeune, c’est un vrai bonheur.

237-Trailer

Mais personne ne parle JAMAIS (en majuscules qui crient) de celle de la fameuse chambre 237, et là, telle que tu me vois, j’en suis profondément outrée ! Cette débauche de vert et de violet n’est elle pourtant pas totalement irrésistible ?

Room 237 Viens plus près Room 237 carpet

Voilà, c’était l’instant moquette moche, tu peux retourner à la vie normale, essuie bien tes acariens avant de repartir.