Croquer Shanghai en quelques demi-journées c’est picorer une miette par-ci un gratte-ciel par-là, gambader dans le vert d’un jardin ou avoir l’impression d’être une volaille en batterie. On m’a dit ce soir qu’aller dire bonjour aux bêtes dans les marchés n’était pas une bonne idée par les temps de grippe qui courent. Ben… trop tard, et puis pour l’instant il semblerait que la seule chose que j’ai attrapée aujourd’hui soit un gros coup de soleil sur les épaules et la maladie du sourire bête de quand tu es content d’être là où tu es quand tu y es. Je partage donc en passant un regard jeté chez un marchand d’oiseaux (en me demandant si cette page, contrairement à Twitter ou d’autres réseaux, fonctionnera normalement).
Le truc qui n’a rien à voir avec l’endroit où je me trouve en vrai pendant que tu lis ces lignes (si tout va bien, je suis un peu la Dame De Shanghai mais sans Rita Hayworth, juste Shanghai). Mais voilà, je n’ai pas pu résister aux performances de Ivan Tønder à la flûte à bec, et je pense que tu me comprends : ce garçon a un potentiel érotique indéniable. Allez, bons baisers de Chine en avance.
Oui, je sais, le machin débile ci-dessous est japonais et pas chinois mais d’abord c’est un cadeau et ensuite… ben ne me reste plus qu’à essayer de pas en manger, du chat.
Ce fut oui, puis ce fut non et enfin oui. Et depuis hier, il y a des signes qui ne trompent pas : il y a une tournée qui habite chez moi. On m’a même servi mon visa sur un plateau.
Je n’avais ni démarré ni envisagé une once de bagage jusqu’ici par superstition, parce que même si nous partons sans notre bien aimé patron de d’habitude, j’avais très très envie de retourner en Chine, et j’étais un peu laminée de l’annulation de cette "mission municipale". Mais donc nous y voilà. Au programme express en courant : Shanghai, Wuhan, Pékin, et un saut de puce à Tianjin pour 5 concerts en 10 jours.
Demain.
Panique valise.
D’autant plus notre dernière virée là-bas remonte à 2009 (je n’arrive même pas à remettre la main sur les photos que j’avais postées sur cette page à l’époque, c’est dire), et qu’à l’époque la perspective d’une censure de l’internet me passait à mille lieues au dessus du pixel. Les choses ont un peu changé. Il me faut donc envisager sérieusement l’idée de la disparition des 670 réseaux sociaux – ceux sur lesquels je badine habituellement – de mon quotidien pour dix jours. Tout ça sans bromure… je sens que ça va être compliqué. Je me demande si je ne vais pas programmer une petite daube pour dimanche, au cas où je finisse en taule chinoise pour avoir tenté d’aller regarder une vidéo de chaton qui joue avec un panda roux sur YouTube…
Le titre du jour ? Oh, c’est une madeleine, un truc énorme. Pour moi, c’est l’histoire d’une vidéo réputée sulfureuse dont la version intégrale était en général censurée, et dont mon frère et moi avions guetté la diffusion un samedi soir tard sur Antenne 2 (à l’époque, en 1983 ou 1884, décalage oblige, où la télé avait des antennes) dans Les Enfants Du Rock. Mes parents étaient invités chez des amis, on s’était cachés avec leurs garçons dans une chambre pour la voir et baver devant ces morceaux de corps nus allongés sur la plage. Soupir amusé.
Je sais bien que j’évolue dans un milieu où le spectacle donné est régi par tout un tas de codes de conduite (fais ton clap-clap ici et pas là, tiens-toi bien dans la salle, évite de venir au concert en bikini, etc etc) et que parfois je trouve un peu ridicule de brider à ce point la liberté d’expression et l’enthousiasme de notre audience. Je suis la première à penser que la musique classique pourrait être un peu dépoussiérée malgré mon grand respect pour les dinosaures en 3D.
Mais quand même faut pas pousser, public chéri mon amour. Je pense particulièrement à toi, être dont je n’ai pas réussi à distinguer le sexe. Toi qui hier, en entendant le premier thème du Boléro joué si superbement pianississimo à la flûte puis à la clarinette, n’as pas pu réfréner ta joie d’avoir déjà entendu cette mélodie quelque part.
Toi qui t’es mis à la fredonner en même temps que les musiciens histoire de dire "youpi, je connais !". Et à qui toute la salle a donc répondu un "chut" excédé, ruinant ainsi tous nos beaux efforts. Oui toi, j’espère maintenant que tu as compris la différence entre un concert et une émission de télé-poubelle. Même si ce n’est pas évident quand au plus fort des vibrations des fortissimo (i ?), il tombe sur l’orchestre des confettis restés coincés sur les projecteurs après le dernier concert de Patrick Sébastien/Garou/Gipsy Kings.
Quoi, ça se voit que je n’aime pas jouer dans les Espaces culturels et sportifs le dimanche au fin fond des préfectures ?
Comme en ce moment au bureau c’est un peu le boxdier (ou le merdon, c’est comme tu veux) vu que donc finalement on partirait en tournée en Chine, mais que je m’attends encore à au moins 92 rebondissements – je demande juste qu’on m’avertisse suffisamment longtemps à l’avance pour que je puisse faire ma valise, c’est à dire environ 48 heures, dont 24 à hésiter sur le nombre de paires de godasses, je préfère garder une certaine distance avec les choses. Je me réjouis mais pas trop, je m’investis juste ce qu’il faut mais un peu moins, je continue mon chemin, quoi.
Donc je rêvasse. T’en veux ?
(oui, grâce à La Morue, j’ai découvert que Hugh Kretschmer ne faisait pas seulement des photos délicieusement folles, joie !)