Chef, oui chef !!

C’est bien connu (chez nous, du moins) : le musicien d’orchestre lui aussi est un animal à qui l’instinct grégaire ne profite pas toujours, loin de là. En matière d’âge mental et de comportement au bureau, par exemple. L’autorité y est tant hiérarchisée et nous sommes tellement français qu’en bonne logique, la personne qu’on aime le plus critiquer et moquer sur tout et rien, c’est le chef.

Un jour, d’ailleurs, on m’expliquera comment on peut être attiré par une carrière qui, de fait,  fera de toi le sujet de plaisanterie de toutes les pauses café, de la couleur de tes chaussettes à ta coupe de cheveux en passant par ton éventuel accent nous sommes tellement français, voire même ta manière d’envisager le travail ou la musique (car oui, il arrive que le musicien se concentre un peu sur son travail entre deux boulettes en papier) (nan, j’exagère) (à peine). Limite, le chef d’orchestre, à force qu’il soit traité par son troupeau comme un guignol, des fois, on a envie de le plaindre.

Ou pas (franchement, il y en a qui abusent).

Par exemple s’il tente de faire un Mahler, et qu’au final, tout ce qu’on retient c’est qu’on n’arrive pas à savoir si pour sa chorégraphie il s’est inspiré de Voldemort, d’un ninja ou de Zorro. Ce très potache et merveilleux ricanement du soir m’a été offert par Klariscope. Moi je file : je finis de mettre mes moufles et après j’ai bataille de boules de neige chez Ludwig.

L’ombre d’un doute

Depuis mardi, le côté cinématographique du programme du concert de ce soir m’apparait de plus en plus évident. Bon, pour l’instant, le Concerto pour clarinette de Copland ne m’évoque que “Tom Sawyer, c’est l’Amérique, le symbole de la liberté” et des heures de boulot tellement c’est imbitable, chut c’est un secret. Mais avec les Chairman Dances de John Adams, je plonge directement dans l’atmosphère des films de Greenaway (ou même précisément dans Amore, dont j’avais causé ici).

Et puis surtout, je n’arrête pas de me demander si Béla Bartók connaissait le cinéma d’Alfred Hitchcock quand il a fui le nazisme en se réfugiant aux États-Unis. Parce que quand on entame l’Élégie du Concerto pour orchestre, je visualise immédiatement des films sortis quasiment au moment de sa composition comme Rebecca ou Soupçons. Si si, ferme les yeux, tu vas voir ça marche bien. Et reprends donc un verre de lait.

Vous marchiez ? J’en suis fort aise. Eh bien ! Courez maintenant.

Voilà, c’est une certitude : en ce début de semaine, les roues ont des chapeaux et je démarre dessus. Mais on ne me fera pas râler même si je vais souffrir pour cause de rien foutage mais là c’est ma faute, parce que le plat principal des concerts à venir c’est le Concerto pour orchestre de Bartòk, et que je l’aime d’amour depuis fort longtemps. En plus, ça fait des années qu’on s’est pas croisés tous les deux, donc je suis vraiment ravie. Hop, j’y cours !

Oh, j’allais oublier : avant de prendre un peu de temps pour raconter un peu mes sensations capverdiennes, j’ai quand même pris le temps de faire une vraie photo de blogueuse, avec mes pieds devant la mer au soleil descendant. Elle a été prise dans notre aluguer (pick-up servant de taxi collectif) cahotant sur la route pavée…  donc elle est floue et oui, je dois l’avouer, on voit assez mal mes orteils en éventail.

Oh mein Fagott !!

C’est sûr qu’à priori je n’avais pas de vocation particulière à causer de basson par ici. Surtout qu’en fait sur la vidéo c’est du Fagott et pas du vrai basson français. Car oui, voilà encore un domaine où la France, une fois de plus, s’illustre par son syndrome d’Astérix  puisqu’elle est une des dernières à utiliser ce type d’instruments (qui sonne souvent vraiment plus joli, mais cette opinion n’engage que moi).

C’est sûr aussi que Casse-Noisette de Tchaïkowski ne m’a pas trop manqué pendant mon jour de relâche, preuve que j’ai un peu besoin de vacances. Sans rire, ce silence, ah ce silence, sans tambours ni trompettes, mais quel délice !

Et puis voilà, je n’ai pas pu résister à cette transcription 100% pure grave. The Breaking Winds nous cassent donc les noisettes de la Danse Chinoise, dite Le Thé, et ils s’y mettent à 12 + 3 contrebassons (ceux qui flatulent jouent des infrasons). De toute façon, on s’y recolle dès ce soir, hein. Et en plus il y a un chat, comment veux-tu que ça me déplaise ?

La gourmandise ne me perdra jamais

Et c’est pas que je la marque à la culotte hein (quoique), c’est qu’elle me poursuit partout ! Moi je m’étais dit qu’en restant travailler à Toulouse pour les fêtes, et en jouant Casse-Noisette pour la iXième fois, j’allais réussir à éviter les surplus de calories (et une  éventuelle nostalgie passagère) en me concentrant par exemple sur le moment où les souris se mettent une peignée. À noter au passage, ce magnifique teasing pour le ballet organisé par les services de nettoyage de la ville, juste devant l’entrée des artistes (teasing qui ne sert à rien d’ailleurs, vu qu’ils auraient directement pu imprimer l’affiche avec “complet” écrit en travers).

Gourmandises… je m’étais dit que j’oublierais le coup de la Fée Dragée, que je me contenterais de danser avec les fleurs ou de sourire en coin pendant le genre d’apothéose qu’est la Valse des flocons de neige (oui, c’est LE moment, celui où tu voix scintiller les étoiles en entendant sonner les cloches sur fond de chœur de voix d’enfants). Je m’étais dit que j’allais passer sur l’ironie du Thé (aussi appelé Danse chinoise), sur la sensualité du Café (ou Danse arabe).

Et soudain il y eut le chocolat.

Oui, celui-là aussi, mais surtout la ration de survie envoyée par Funambuline. La réception de la susdite dose fut un plaisir joyeux (mmh, du piquant, du salé, du doux, du surprenant du croquant et du fondant…), et en déballant le colis, je me suis dit qu’il y avait là largement de quoi transformer cette soirée non conventionnelle pour cause de non-réveillon en sourire durable. Merci merci !

Et sinon, Casse-bonbon ça peut swinguer pas mal, aussi, tu sais. Bonne bâfre à tous !

Françaises, Français, Belges, Belges, et surtout public chéri, mon amour…

Où trouver encore aujourd’hui de l’énergie pour redonner le concert d’hier* (partiellement, certes, mais un jour on m’expliquera comment ne jouer qu’à moitié, moi je n’ai jamais su), et demain encore à Pleyel ? Comment rebondir aussi rapidement sur un accueil si chaleureux et triomphal qui a tant coûté en stress, don de soi, plaisir et émotion ? Il fait un temps à se prendre pour une marmotte, mon corps crie fatigue musculaire, et quant à mon neurone survivant, il dort toujours… Bon, on va tenter le truc binaire bruyant que j’ai entendu l’autre matin dans le poste. Curry & Coco, Who’s next ?

*Pour ceux qui avaient poney, tricot ou piscine, c’est pour quelques temps encore.