Kluski

Je voulais titrer “madeleine” mais le seul plat polonais dont je maîtrise le nom (à cause que j’en préparais avec ma mamie) ce sont les kluski. Sauf que c’est pas très bon à tremper dans le thé, vu que c’est un truc rafraichissant qui se situe quelque part entre le knödel et le gnocchi. Mais donc pour résumer c’est un peu ma madeleine polonaise de Pruzšt à moi, les kluski. En plus c’est cool ça colle aux dents, mais blague à part, j’adore ça.

Et la vidéo ci-dessous est typiquement le genre de vision qui me ramène en enfance, à l’époque où dans ma télé en noir et blanc (alors oui je suis vieille, mais pas à ce point-là : mes parents fauchés, chut c’est un secret attendaient que le tube cathodique crève avant de passer à la couleur) on trouvait des Chapis, des Chapos, des petites taupes tchèques et autres choses très mignonnettes dans le genre. Bref, j’ai entendu de la musique Bontempi, vu deux chats trois souris, trente secondes de stop motion et soudain j’ai eu 8 ans. J’ai pas re-grandi depuis, et d’ailleurs j’y vais : j’ai école.

La daube réchauffée du dimanche

Celle-là en plus elle est bonne : on l’a faite cuire en plusieurs fois toute la semaine, et puis on l’a servie en concert hier soir. Et comme c’est bien connu, ces machins-là, c’est meilleur réchauffé, je ne résiste pas. Il s’agit de l’abomiffreuse transcription de la Toccata et fugue en ré mineur BWV 565 de Bach par le chef Léopold Stokowski. Ça te dit rien ? Mais si, souviens toi, c’est le moment que moi j’ai toujours trouvé vraiment rasoir dans Fantasia. Une chose est sûre : c’est pas ce machin qui m’a donné la vocation…

Non seulement c’est moche, mais en plus ça abime une très douce madeleine télévisée d’enfance, les cinq minutes que mon frère et moi on attendait avec impatience avant d’aller se coucher. Ah, Il était une fois l’homme

Et vous serez submergé par les flots tourbillonnants du désir.

Dimanche : La merveilleuse influence conjuguée de plusieurs planètes liées à l’amour et à la sexualité exaltera les plaisirs sensuels. Si vous avez déjà noué des liens solides avec un partenaire digne de vos extases, il est probable qu’il vous révélera cette fois-ci les trésors cachés de sa sensualité. Tout ce qu’il ne vous avait pas encore accordé de caresses, de baisers, il vous l’offrira dans un magnifique élan de prodigalité. Et vous serez submergé par les flots tourbillonnants du désir. Quelle belle perspective !

Ah oui, effectivement, c’était à peu près ça : hier, comme je m’étais couchée à 04h00 (seule et imbibée du gros palier de décompression d’après le concert de la veille), je me suis levée à 11h00 (toujours seule car je ne suis pas nymphomano-somnambule). Après avoir attendu en mode zombie larguée que l’anti-casquette-en-plomb fasse son effet, j’ai avalé le midi à 14h00, et fréquenté pour le thé deux familles de deux adultes-deux enfants. J’ai aussi éclusé deux semaines de repassage en retard, car j’aime les acticités passionnantes.

J’ai ensuite voulu finir ma journée échouée devant un vieux Fritz Lang, Les Contrebandiers de Moonfleet, parce que l’image de l’ange du cimetière m’avait fichu une trouille bleue quand j’étais petite, que je voulais comprendre pourquoi, et que j’avais grand besoin de cocooning hollywoodien au goût de madeleine. J’ai fantasmé comme une bête sur le nez de Stewart Granger, et je continue à trouver injuste, au bout du compte, que cette connerie d’horoscope se soit adressé à la gitane (Liliane Montevecchi, quand même) qui assure l’inévitable scène de danse exotique de cette merveille de piraterie d’aventures plutôt qu’à moi. Non mais.

La daube dédicacée du dimanche

Des pensées spéciales aujourd’hui à Mdame Jo qui s’apprête à démarrer un nouveau bout de tranche de vie Outre Alpes côté sud, là-bas, au pays des délices (oh ciel, ça me fait penser que je n’ai pas avalé de Saintes Pâtes depuis au moins dix jours, le manque commence à se faire sentir, je me demande si, comme ce monsieur, je ne vais pas avoir besoin d’un nouveau couvre-chef pour compenser) et de la variété difficile… Je n’oublie pas non plus Funambuline qui voit ainsi s’éloigner une de ses compagnes d’apéro favorites, parce que je sais, pour l’avoir vécu, que c’est difficile.

Une tranche de Felicità en guise de vœux de bonheur ne saurait nuire, non ? (enfin si, à nos oreilles mais Viva Italia quand même, allez).

Mes années trente

Euh, alors non, quand même, je ne suis pas si vieille, hein. Mais c’est vrai qu’à force de venir chaque été en Savoie en famille, j’en oublie un peu le temps qui passe. Et pourtant… Ça fait trente ans que quand l’odeur de jambon fumé de l’usine Carbone Savoie de Notre Dame De Briançon me saute aux narines, je souris car je sais que je suis bientôt arrivée.

Ça fait trente ans que je regarde les fissures dans les murs de cette vieille ferme avec un genre de vénération admirative : ça tient toujours, et les trous que j’ai un jour colmatés par lassitude de voir le grenier à travers le plafond de la cuisine ne se sont pas agrandis.

Ça fait trente ans que pour la nuit j’éloigne mon lit des murs crépis version sado-maso par la mère-grand en son temps parce que je ne veux plus me réveiller avec les coudes en sang. Et puis que j’ai beau préférer les araignées aux limaces, celles d’ici sont un peu trop transgéniques et trop chez elles pour que je les laisse venir me chatouiller le museau la nuit (même si la féline chasseresse, qui s’est mise cette fois-ci à chasser le moucheron et le moustique avec ardeur, est là pour me défendre).

Ça fait trente ans que dans cette baraque on se demande qui de nous s’éclatera le crâne dans un encadrement de porte le premier. Eh oui, c’est ça aussi, les vieilles pierres : autres temps, autres tailles standards.

Ça fait trente ans qu’on se demande si, cette année le meilleur beaufort est à la Coopé ou chez le fromager.

Ça fait trente ans que j’arpente les chemins du coin en ouvrant l’oeil et les naseaux. Car j’aime beaucoup voir des animaux, certes. Mais j’aime aussi énormément me régaler d’une poêlée de girolles ou de cèpes et me dire que décidément, la gelée qu’on fait avec les framboises d’altitude est d’une saveur intense quasiment inégalable.

Ça fait trente ans que j’oublie de m’étirer après ma première balade de l’année et que le lendemain je me retrouve toute moulue du mollet.

Ça fait trente ans que je viens me perdre dans mon coin paumé et que j’aime ça, et qu’en arrivant ici je me jette systématiquement sur le balcon pour savourer cette vue sur le Mont Jovet et sur les glaciers de la Vanoise, là-bas au fond.

Et de tout ça, franchement, comment veux-tu que je m’en lasse ?