C’est Chouyo qui m’a baptisée un jour tigresse, le temps passe et plus ça va, plus l’animal vient à moi. Les tigres, je les remarque sans les chasser, j’en trouve sans les chercher, on m’en offre parfois, ça n’est ni une obsession ni une collection et c’est bien comme ça. Et puis après tout, ça tombe pas si mal : un tigre n’est jamais rien d’autre qu’un gros neko tigré…

Sauf qu’aujourd’hui la tigresse rugit sa faiblesse. La tigresse ne sait plus quoi faire et se ronge les griffes, elle perd patience face aux caprices volages de sa machine corporelle. C’est comme si la météo de ses muscles collait avec celle, un peu poisseuse, de sa ville en ce moment : un genre de giboulée d’avril qui fait ce qui lui plait.
Un jour oui, un jour non, un jour en état de soulever des montagnes, et l’autre roulés en nœuds, les précieux auxiliaires de son métier sont devenus aléatoires et peu dignes de confiance. Ils l’empêchent parfois de dormir mais elle refuse de se mettre en colère contre ses muscles chéris, car voici enfin venu (car oui, il y a aussi beaucoup d’enthousiasme à la clef) le moment de l’année où elle en a le plus besoin. C’est juste qu’elle aimerait bien comprendre pourquoi les thérapeutes qui ont toujours su s’y prendre avec eux sont cette fois-ci moins efficaces.
Elle a beau avoir un côté rouleau compresseur, savoir que sa force est toujours d’arriver à avancer coûte que coûte, elle gère mal l’inconstance de son corps et les douches écossaises au moral qu’il lui impose. Sa confiance en elle vacille un brin à mesure que l’angoisse de ne pas réussir à gérer l’empilage opéra/musique de chambre/tournée de trois semaines pointe son museau.
Bref, la tigresse fronce tous ses soucis en tripotant ses moustaches et tourne en rond.
Je sens qu’elle n’est pas près d’arrêter de fumer, moi…

(oui, je suis pas drôle, tu as compris : ceci est un jour sans)