C’est lundi, c’est amnésie

J’ai tellement bien dormi (ceci est une antiphrase) que ça fait à peu près deux heures que j’essaye sans succès d’imprimer dans ma tête qu’on est lundi. Dans une nouvelle tentative désespérée d’éveiller un neurone, puis deux, lundi lundi j’écris ton nom. Montag Montag, ըրկուշապթի ըրկուշապթի, 月曜日月曜, mánudagur mánudagur voire même monday monday. Et ben ça marche pas. Tout ce que j’arrive à voir dans mon cerveau fixe, c’est Spock qui chante…

Mambo !

Tant qu’à devoir m’extirper de sous la couette à une heure aussi abomiffreuse… tant qu’à devoir dès potron-félin me peindre le museau en mode concert, et chanter devant mon miroir où vient d’apparaître un raton laveur tout flou et tout cerné :

I feel pretty,
Oh so pretty (…)
That I hardly can believe I’m real

(si si, je te jure, je chante ça tous les jours en enlevant mes bigoudis).

Oui, tant qu’à faire, j’aurais préféré jouer pour les deux concerts du jour une œuvre qui me donne plus envie de bouger mes fesses que de les serrer. Mais j’ai bien peur que si je crie “Mambo !” entre l’olive et l’anchois au milieu de ma musique de répondeur téléphonique des Quatre Saisons de Vivaldi, ça s’entende. Bernstein, mon Lenny, aujourd’hui tu me manques.

Sauce Tikka Dracula

Les cadeaux du frère sont souvent inattendus. Je me suis donc retrouvée en possession de ce mix méchamment tamoul maboul de chansons et bruitages tirés de films d’horreur Bollywoodesques (j’ai beaucoup ri). En bonne logique (pardon, j’ai encore insomnié), me voilà maintenant possédée par le démon du désir brûlant de voir un jour – mais au moins avec des sous-titres en anglais pour bien comprendre les cris et les couinements – un chef d’œuvre dont auquel j’ai trouvé une bien belle bande-annonce.

Toi aussi (roaar), croque un morceau saignant du Fils de Dracula.

Redrum

J’aime, j’adore, j’adule quand l’insomnie (une belle, je crois que j’ai eu le temps de rejouer intégralement le concert d’hier soir 12 fois) me vole ma seule longue nuit possible depuis des siècles, et m’empêche de retrouver vaguement figure humaine. C’est pas grave : si je trouve cinq minutes, je vais déménager intégralement ma chambre, dépecer des bébés hérissons et préparer ma tenue de défilé pour l’élection de Miss Samsonite Vampire (on y récompense les plus jolies valises violettes sous les yeux) tout en en repensant à la voix de Pierre Desproges me racontant des histoires de charmeurs de patates.

Sinon, vous, ça va ?

Casiokids – Det Haster ! (et avis aux âmes sensibles, je crois bien que des peluches ont été maltraitées pendant le tournage)

Ludwig Van Ciccone

Le baromètre de la niaiserie est formel : ça sent la fin de saison et la fatigue de fond. Ça sent aussi la dernière ligne droite en forme de grande tournée intercommunale interdépartementale du coin. Et puis j’ai mal dormi, hier soir pendant la répétition j’avais faim, faut que j’aille chez le coiffeur et le chat a vomi sur ma copie.

Je dis tout ça parce que je sens bien qu’il me faut des excuses piteuses et lamentables au raccourci que je m’apprête à faire, au sacrilège (à chacun d’en déterminer la victime selon ses goûts) que je suis sur le point de commettre.

On est bien d’accord qu’il ne s’agit pas d’une affaire de style, car même dans le final de sa 3ème Symphonie (qui est bien plus fou-fou que la magnifique Marche Funèbre de l’Adagio), on ne saurait qualifier Ludwig de sulfureux. Badin, éventuellement, allez (c’est les soldes, derniers jours et promotions sur des tas d’adjectifs sympas).

Mais on n’y peut rien, c’est comme ça, ça n’est qu’un constat : entre Ludwig Van et Madonna, il n’y a qu’une lettre.

Et ne vas pas dire que je suis vraiment très nulle au Scrabble (de toute façon c’est vrai et je m’en fous car je joue pour jouer, moi, madame) parce que tu ne vois pas le rapport. C’est pourtant évident (surtout pour ceux qui lisent de travers, suivez mon regard louche) : il n’y a qu’un T entre la 3ème symphonie, dite Eroica de Beethoven, et un tube qui figurait en 1992 sur un album (qui ne me fascine pas trop) de Madame Ciccone.

Après cette intervention minute totalement capillotractée et dispensable, je retourne essayer de me réveiller. Pardon, hein, et bonne journée quand même.

L’armée des ombres

De la zombitude des choses…

J’avais oublié que revenir jouer aux Chorégies d’Orange revenait à signer à ce point un pacte avec la nuit. Que ici pendant ce festival c’est elle qui décide de tout, et qu’elle te fait commencer tes journées au plus tôt à 18h30 pour les achever au plus tard vers 1h00 du matin, travail sur les éclairages oblige. Sur le papier, c’est un peu comme les machins que tu signes avec ton sang, ça a l’air sympa, tu te dis que ça te laisse la journée pour batifoler avec les cigales dans la piscine tout en descendant du muscat dans lequel tu trempes tes maquereaux grillés avec délectation. Fatale erreur 404 !

La vérité, c’est que la musique demande un peu plus d’investissement qu’un vautrage canapé et que nous autres saltimbanques, quand nous posons nos fesses devant notre pupitre, sommes soumis à une velléité de perfection qui puise violemment dans les réserves d’énergie. C’est toujours pire pendant un opéra parce que le chanteur est une espèce volage et inconstante, et que pour coller à son envie musicale du moment il faut avoir en permanence l’œil scotché au chef et des oreilles de 25 km de diamètre.

Et quand c’est l’Égypte qui déferle avec Aïda sur la scène du théâtre antique, ça signifie qu’il faut faire face à 3h de concentration aux sourcils froncés, dont il est impensable de sortir pour aller directement sous la couette. Conséquence inévitable : coucher chaque jour entre 2 et 4h00 du matin, lever pâteux en fin de matinée et décalage décalqué pour tout le monde. Notre maison est peuplée de plus ou moins zombies plus ou moins incapables de s’adapter vraiment à un sommeil de jour. Et comme le téléphone n’y sonne jamais pour nous sortir de notre torpeur (la petite maison dans la pinède est technologiquement coupée du monde moderne), le temps y passe mollement et chaudement tout en douceur et en glanderie aphasique.

D’où quelques dégâts collatéraux. Par exemple l’incapacité à mémoriser le fait que la plomberie a été arrangée par un facétieux qui a systématiquement mis l’eau froide à gauche et l’eau bouillante à droite. Ou que le mûrier devant la maison a une branche basse qui se jette facilement sur ton crâne quand tu vas chercher le café, le fourbe. Donc aujourd’hui, la larve que je suis a en plus mal aux cheveux, et ça n’est pas du tout ce qu’on croit, le comble !

Sinon, notre Aïda est diffusé ce soir sur France 2 (bande annonce de JT ici). Moi je ne suis pas du tout convaincue par le casting vocal, mais soyons fiers et égoïstes : les critiques (clic clic) trouvent que l’orchestre assure, si c’est pas l’essentiel !