Douceur du jour

Le concept de douceur n’est pas universel et varie selon les besoins du moment : pour moi aujourd’hui, il s’agira donc de rire cynique, d’un brin de violence gratuite et d’art détourné. Et puis aussi de lenteur, de retour au nid, de calme solitaire, d’élaboration de plan de bataille pour le bureau. Je me lèche les pattes, nettoie derrière les oreilles, grattouille entre les griffes, et regarde autour de moi en plissant les yeux avec sérénité : je reprends mon souffle.

The elegant gentleman’s guide to knife fighting

Beau le lérot

Je sais bien que j’évolue dans un milieu où le spectacle donné est régi par tout un tas de codes de conduite (fais ton clap-clap ici et pas là, tiens-toi bien dans la salle, évite de venir au concert en bikini, etc etc) et que parfois je trouve un peu ridicule de brider à ce point la liberté d’expression et l’enthousiasme de notre audience. Je suis la première à penser que la musique classique pourrait être un peu dépoussiérée malgré mon grand respect pour les dinosaures en 3D.

Mais quand même faut pas pousser, public chéri mon amour. Je pense particulièrement à toi, être dont je n’ai pas réussi à distinguer le sexe. Toi qui hier, en entendant le premier thème du Boléro joué si superbement pianississimo à la flûte puis à la clarinette, n’as pas pu réfréner ta joie d’avoir déjà entendu cette mélodie quelque part.

Toi qui t’es mis à la fredonner en même temps que les musiciens histoire de dire « youpi, je connais ! ». Et à qui toute la salle a donc répondu un « chut » excédé, ruinant ainsi tous nos beaux efforts. Oui toi, j’espère maintenant que tu as compris la différence entre un concert et une émission de télé-poubelle. Même si ce n’est pas évident quand au plus fort des vibrations des fortissimo (i ?), il tombe sur l’orchestre des confettis restés coincés sur les projecteurs après le dernier concert de Patrick Sébastien/Garou/Gipsy Kings.

Quoi, ça se voit que je n’aime pas jouer dans les Espaces culturels et sportifs le dimanche au fin fond des préfectures ?

Quand les pupitres gardent les cages...

La daube artistico-soporifique du dimanche

Il est plutôt de bon ton et branchouille de s’extasier sur les somnifères la musique de Sigur Rós. J’ai essayé, je le jure, j’ai même un CD que j’ai acheté et tout, hein. Et bien rien n’y fait, la production de ce groupe islandais m’ennuie. Sauf quand elle me fait rire, ce qui est le cas aujourd’hui, grâce à une vidéo faisant partie d’un projet (ah, que vivent les so-called « projets » avec des grands P !) dont le nom est The Valtari Mystery Film Experiment. Certains voient dans ce film extatique (euphémisme) le magnifique corps nu talent de Shia LaBeouf – je ne me ferai jamais à ce nom – pour la danse.

Si on veut.

Moi qui, c’est bien connu, n’ai aucune sensibilité artistique d’aucune sorte, ai plutôt tendance à ne pas y voir autre chose que le corps nu – et encore, pas assez longtemps – de Shia LaBeouf qui change de couleur de boxer ou se met en collant voile à démarcation (!!) aussi vite que dans un Bollywood (mais au ralenti). Je vois surtout que ça danse vraiment très peu, que c’est esthétisant, froid et sensuel comme un morceau de mou pour chat. Je vois des barbus façon ZZ Top Jésus, des sucettes hallucinogènes et des poulpes. Et aussi des gens qui se mettent les doigts dans le nez et dans les yeux au ralenti. Je vois un couple qui a un problème de rapport avec les papillons, qui ne sait pas jouer à « je te tiens tu me tiens par la barbichette » proprement et qui a sali sa chambre d’hôtel.

Évidemment, on peut ne pas être d’accord avec mes gloussements peu indulgents, hein, c’est peut être la fréquentation de Wagner qui me rend méchante et rétrograde ? Mais voici donc Fjögur píanó, une berceuse énervante de lenteur qui ne va nulle part, rendue hilarante à mon goût par la réalisatrice Alma Har’el.

Sonic (la daube cachée du dimanche)

Je crois que j’ai besoin d’un peu de mignonnerie pour éclaircir ma météo personnelle.

Je mords facilement, je sens bien que le chocolat ne suffit plus, bref, la situation est grave. La preuve : hier soir j’ai appelé les flics pour faire taire une bande de jeunes (un samedi, quelle honte… je crois que je vieillis grandis et ça va pas s’arranger avec le temps, cette histoire). Bon, après, organiser le coin pour 15 fumeurs bourrés et braillards sur un balcon de 2 m² situé pile en face de mes fenêtres n’était pas très futé ; une tigresse convalescente en manque de repos et de sommeil, des fois ça griffe pire que Tatie Danielle.

Heureusement, venu d’on ne sait où tel un super héros du mignon, il y a un nouveau pensionnaire dans la cour, le genre qui te fait explorer ton catalogue de voyelles sur tous les tons, du ooooh attendri au iiiiiiiih  surexcité. Ouais, je sais, ça n’est qu’un hérisson, mais tu vois, en général je les vois plutôt écrasés au bord des routes que descendant mes escaliers. Pour des raisons d’esthétique sonore et de rime, j’ai décidé de le baptiser Gaston (sans aller vérifier son sexe) et de tenter de m’en occuper un peu, histoire qu’il se sente bien et qu’il bouffe nos saloperies de limaces dans la joie et l’allégresse.

Non, je n’écouterai pas la voix dans le téléphone qui m’a dit « il parait qu’ils adorent le lait » parce qu’au même moment Saint Wiki s’est interposé. À ton avis, est-ce que les hérissons achèteraient Wiskas ? Comme quoi, du hérisson au chaton…

Oui parce que quand même on est le jour de la daube.

La vidéo daubesque du jour est à mille lieues d’être chou, le mec fait peur, sa déco aussi,  il est rythmiquement pas synchronisé avec le titre de Joy Division et en plus, sacrilège, il tape sur des chats. Mais j’avoue (la dose de mignon est peut être encore un peu faible), le coup du cat spanking, moi, ça me rend hilare…